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Oé Kenzaburô

 

 

 

Kenzaburô Oé est né en 1935 dans une petite ville japonaise de l'île de Shikoku. Pris dans la ferveur et la propagande de la Deuxième Guerre mondiale comme la plupart des garçons de son âge, il était prêt à mourir pour son pays et son empereur. Cependant, la guerre finie, se rendant compte que son grand héros n’était finalement qu’un être humain, une grande désillusion naquit, influençant sa vie et son écriture.

À 17 ans, il fut obligé de quitter son village pour aller étudier à l’université de Tokyo, où il apprit le japonais, car, dans son village, on parlait un dialecte.

Il suivit des études de littérature française, qui l'ont mené à rédiger une thèse sur Sartre. Ses premiers textes datent des années 50, et il s’affirme rapidement comme l’un des écrivains japonais les plus importants de l’après-guerre. Hiroshima reste son sujet de prédilection.

Il reçoit en 1958 le prix Akutagawa (l’équivalent du prix Goncourt français) pour Gibier d’élevage.

En 1964, la naissance d'un fils anormal bouleverse sa vie comme son univers romanesque. À deux doigts d’abandonner cet enfant, sa femme et lui changeront d’avis en visitant le mémorial des morts d’Hiroshima. Il s’inspire de ce drame dans un livre déchirant, Une Affaire personnelle, récit des trois jours qui ont suivi la naissance de cet enfant.

Paraît en 1967 Le Jeu du siècle, avec en toile de fond le Japon entre les années 1860 et 1960. Les livres suivants sont moins durs, plus fantaisistes. Une existence tranquille est la chronique humoristique et tendre de trois enfants que leurs parents laissent au Japon le temps d’un séjour aux Etats-Unis.

Dans les années 1980, il s’intéresse à la littérature latino-américaine, séjourne au Mexique et enseigne à l’université. En 1994, il reçoit le prix Nobel de littérature. Bien que certaines mauvaises langues aient estimé qu'il avait gagné ce prix uniquement en tant que représentant du Japon, la plupart s’accordent à reconnaître son mérite. Il est intéressant de noter que juste après avoir reçu le prix Nobel, Oé a refusé d'accepter l'Ordre du mérite culturel - un des honneurs les plus élevés du Japon - en raison de sa méfiance vis-à-vis du gouvernement japonais.

En 1995, un an après avoir reçu le prix Nobel, il décide de ne plus écrire. Selon lui, ses romans avaient pour but de donner la parole à son fils, qui maintenant avait su prendre sa place dans la société en tant que compositeur à succès au Japon et aux États-Unis.

Kenzaburo Oé rejette le système de valeurs de la société existante et reflète les interrogations et les inquiétudes de la génération de l’après-guerre. Cet écrivain original a écrit ses livres en se demandant ce qui justifiait l'explosion d'une bombe atomique sur le Japon? Et il a osé évoquer cette période où son pays était l'allié du nazisme, où il y avait des camps de concentration en Mandchourie, où l'on pratiquait sur les détenus chinois des opérations in vivo dignes du docteur Mengele, où il y avait un racisme anticoréen qui faisait largement penser au racisme antisémite déferlant sur l'Europe.

Il a sondé l'envers du discours officiel. Certains osent même dire que si l'on veut comprendre la mentalité japonaise d'aujourd'hui, c'est lui qu'il faut lire ! Il incarne la prise de conscience d’un pays emporté dans une fuite en avant.

 

Bibliographie
Dites-nous comment survivre à notre folie. Éd. originale Gallimard, 1982/ Folio 1996.
Le Jeu du siècle. Éd. originale Gallimard 1985/ Folio 2000.
Une Affaire personnelle. Éd. Stock, 1985/1998.
M.T et l’Histoire des merveilles de la forêt. Éd. Gallimard, 1989.
Lettres aux années de nostalgie. Éd. Gallimard, 1993.
Une Existence tranquille. Éd. originale Gallimard, 1995/ Folio 1997.
Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants. Éd. Gallimard, 1996.
Notes de Hiroshima. Éd. Gallimard, 1996.
Une famille en voie de guérison. Éd. Gallimard, 1998.
Le Jeu du siècle. Éd. Gallimard Folio, 2000.
Moi, d’un Japon ambigu. Éd. Gallimard, 2001.
Gibier d’élevage. Éd. Gallimard Folio, 2002.
Les Nostalgies de Oe et autres entretiens. Éd. Paragdime, 2004.


 

 

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