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Antonio Machado

 

 

 

Antonio Machado est un des deux plus grands poètes espagnols du XXe siècle, avec Federico Garcia Lorca. Victime du franquisme et exilé lui aussi, son oeuvre interroge constamment les grands mystères de la vie humaine. Méditation sur les énigmes de l'homme et du monde, de l'essentialité et de la temporalité : « L'inquiétude, l'angoisse, les craintes, la résignation, l'espérance, l'impatience que le poète chante sont des signes du temps et, en même temps, des révélations de l'être dans la conscience humaine. » Il se fit le chantre de l'Andalousie et de la Castille à travers des recueils où se mêlent thèmes décadents et inspiration folklorique.

Antonio Machado Ruiz est né à Séville une nuit de juillet 1875 dans le célèbre palais de las Duenas. Issu d'une famille d'intellectuels libéraux et progressifs, il est le fils cadet d'Antonio Machado Alvarez, célèbre folkloriste devenu un grand poète moderniste.

Ses huit premières années s'écoulent à Séville. Il en gardera un souvenir ébloui. En 1883, sa famille s'installe à Madrid. Son enfance et son adolescence sont donc madrilènes. Élevé à l'Institution libre d'enseignement, dont l'esprit libéral marquera profondément sa formation, il garde une vive affection et une profonde gratitude envers ses maîtres. Cette institution jouera un rôle fondamental dans sa vie, lui inculquant des valeurs morales : ouverture aux cultures étrangères, amour profond de la nature, sensibilité aux arts – musique, dessin, théâtre – tolérance, respect du travail, un mode de vie assez austère, un idéal réformiste et patriotique, le rejet de tout dogmatisme, une ouverture au dialogue, une soif de vérité et d'égalité entre les hommes et une culture sociale et politique ayant comme intention de renouveler les mentalités pour favoriser un nouveau futur en Espagne. Cet enseignement se retrouve dans toute son œuvre et sa vie.

En 1893, Antonio a dix-sept ans et perd son père. Décès prématuré à 46 ans dont il restera profondément marqué malgré l'affection et les soins attentifs prodigués par sa mère et son oncle. Il s'intéresse aux courses de taureaux, au théâtre, aux acteurs. Sous un pseudonyme il publie, seul ou avec son frère Manuel, des articles satiriques ou humoristiques dans une petite revue La Caricatura.

En 1898, il fréquente des cafés bohèmes et littéraires, écrit ses premières poésies. Cette année sera doublement significative. D'une part, c'est son entrée dans la poésie par la voie du symbolisme et du modernisme. D'autre part, sans le savoir, cette année provoquera l'éclosion de nouvelles valeurs morales et esthétiques auxquelles, plus tard, Machado adhèrera de manière irrésistible.

En 1899 avec Manuel, il séjourne quelques mois à Paris. C'est le temps de l'affaire Dreyfus en politique, du symbolisme en poésie, de l'impressionnisme en peinture, du scepticisme élégant en critique. Il connaît personnellement Oscar Wilde et Jean Moréas. Anatole France était alors la grande figure littéraire, la grande autorité consacrée.

En 1902, second séjour à Paris. Antonio fait la connaissance de Rubén Darío. À son retour à Madrid, il se liera d'amitié avec Juan Ramón Jiménez et à la fin de l'année, il publie son premier recueil Soledades (Solitudes), daté en fait de 1903. « Dans ces années, Rubén Darío, combattu jusqu'à l'outrage par la critique à la mode, était l'idole d'une minorité restreinte. Moi aussi j'admirais l'auteur de Proses profanes, le maître incomparable de la forme et de la sensation, qui nous révéla plus tard la profondeur de son âme dans Chants de vie et d'espérance. Mais moi j'ai prétendu – et croyez bien que je ne me targue pas de ce succès mais d'intentions – suivre un chemin bien différent. Je pensais que l'élément poétique n'était pas le mot pour sa valeur phonique, ni la couleur, ni la ligne, ni un ensemble de sensations, mais une profonde palpitation de l'esprit ; ce que met l'âme, si elle met quelque chose, avec sa propre voix, en réponse animée au contact du monde. »

Au cours des années suivantes, il collabore assidûment à la revue Helios, l'une des plus importantes revues modernistes en Espagne, dirigée par Juan Ramón Jiménez. En 1907, Antonio Machado obtient une chaire de langue française à Soria. Installé en septembre dans une pension de famille, il y fait la connaissance de Leonor Izquierda Cuevas, qui deviendra sa femme le 30 juillet 1909. Ses poèmes traduisent alors la joie et le bonheur de vivre avec celle qu'il aime passionnément.

En 1911, profitant d'une bourse d'études, il accompagne avec sa femme, son frère Manuel qui a obtenu un poste de traducteur à Paris, et suit les cours de Bergson au Collège de France. Le 14 juillet, Leonor déclare brutalement une tuberculose, maladie qui l'emportera le 1er août. Antonio est écrasé de douleur et, rentré en Espagne, demande sa mutation. « Mon cœur attend /aussi, vers la lumière et vers la vie, /un nouveau miracle du printemps. » Désormais, il va se consacrer à traduire au moyen de l'écriture poétique l'inquiétude intérieure d'un esprit entièrement voué à la réflexion philosophique qu'il livrera dans des ouvrages en poésie et en prose intitulés Champs de Castille, Les Complémentaires, Juan de Mairena, Abel Martin. Antonio Machado est nommé à Baeza, une petite ville d'Andalousie. Il s'y installe avec sa mère et y demeure sept ans. Il entreprend des études de philosophie, sanctionnées quelques années plus tard par un titre de l'Université de Madrid.

En 1917, publication de la première édition des Poésies complètes. «En valeur absolue, mon œuvre doit en avoir bien peu, en admettant qu'elle en ait ; mais je crois – et c'est en cela que consiste sa valeur relative – avoir contribué avec elle, et en même temps que d'autres poètes de ma génération, à l'émondage de branches superflues dans l'arbre de la lyrique espagnole, et avoir travaillé avec un amour sincère pour de futurs et plus robustes printemps.» Pendant l'été il reçoit la visite d'un groupe d'étudiants de l'Université de Grenade dont Federico García Lorca.

En fin 1919, il est muté à Ségovie où il résidera jusqu'en 1931. Il participe à la fondation de l'Université populaire de Ségovie et partage son temps entre ses activités professionnelles et ses escapades à Madrid où, dans les cercles littéraires, il rencontre l'intelligentsia espagnole de l'époque et collabore avec son frère Manuel à la rédaction de nombreuses pièces de théâtre, comédies et tragi-comédies qui seront jouées avec succès jusqu'en 31.

En 1927, Antonio Machado est élu membre de la Royale Académie de la langue. 1928 est l'année des premières lettres d'amour à la femme qu'il désignera du nom de Guiomar dans ses lettres et ses poésies .

Le 14 avril 1931, proclamation de la Seconde République. En 1934-35, Machado collabore régulièrement aux journaux El Diario de Madrid et El Sol. En 36, le début de la guerre civile le surprend à Madrid. Il prend parti dès le début pour la cause de la République. En août, Lorca est assassiné. Machado meurtri et inconsolable lui consacre un poème.

1937, publication de La Guerra, recueil de vers et de proses déjà publié antérieurement, illustré par son frère José. Antonio écrit dans tous les numéros de la revue républicaine Hora de Espana. En juillet il assiste au deuxième Congrès international d'intellectuels antifascistes pour la défense de la culture. En 1938, il s'installe avec sa famille à Barcelone. Républicain de toujours, Machado se retrouve naturellement dans le camp des opposants à Franco et met sa plume au service du peuple dans Hora de Espana et aussi dans La Vanguardia. Fin décembre, les armées nationalistes assiègent Barcelone et divisent l'Espagne en deux camps fratricides. La tierra de Alvargonzález y Canciones del alto Duero sont édités avec des illustrations de José Machado. « Chaque fois que j'ai affaire à des hommes de la campagne, je pense à toutes les choses qu'ils savent et que nous ignorons et combien il leur importe peu de connaître tout ce que nous savons. »

La guerre le sépare de Doña Guiomar, qui part pour le Portugal, et à mesure de l'avance des troupes factieuses, il abandonne Madrid pour Valence, puis Barcelone. Lorca fusillé, il ne s'en remet pas. Unamuno qu'il admirait, n'est plus non plus. Il accuse une grande fatigue physique et morale. Les fascistes gagnent du terrain. Il lui faut se résoudre à quitter Barcelone, cette fois pour l'étranger. La mort dans l'âme, le voici sur le chemin de l'exode, accompagné par sa mère octogénaire, son frère José, la femme de celui-ci et quelques amis. Dans la cohue, il perd une valise contenant des travaux inédits. Le groupe est épuisé. Il fait froid. Un ami explique au Commandant du poste de Perthus qui est Machado. Le gradé réussit à leur procurer une voiture qui, péniblement, conduit les quatre rescapés jusqu'à Cerbère. Ils se voient contraints de passer la nuit dans un wagon où règne une température glaciale. Le lendemain, ils descendent à Collioure, où un employé des chemins de fer les aiguille vers l'hôtel Quintana.

«Tout passe et tout demeure, mais notre affaire est de passer, de passer en traçant des chemins, des chemins sur la mer.» Arrivé le 2 février, il y mourra le 22 février 1939. Sa mère le suivra dans la mort trois jours après. Dans l'intervalle, M. Baills, commandant du poste de Perthus, a reconnu en Machado le grand poète qu'il avait eu l'occasion - à l'époque, déjà - d'étudier en classe d'espagnol. La nouvelle s'était répandue, et on lui fit un enterrement digne. Son frère trouva dans une des poches de son pardessus un bout de papier chiffonné sur lequel il avait écrit ce que l'on considère comme son dernier vers: Esto días azules y este sol de la infancia…

« La poésie est parole dans le temps », Machado n'a cessé de l'affirmer.

 

Hélas, une infime partie de son œuvre est traduite en français, raison pour laquelle, peut-être, il est autant célébré que méconnu :

 

Biographie traduite en kotava.


 

 

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