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Jules Renard

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« Je ne sais pas si j'ai du goût, mais j'ai le dégoût très sûr. »

Jules Renard

 

 

Pierre-Jules Renard, né le 22 février 1864 à Châlons-du-Maine en Mayenne, est le dernier des trois enfants de François Renard, entrepreneur en bâtiment et d’Anna-Rosa Colin, fille d’un quincailler. La famille emménage en 1866 dans la Nièvre, à Chitry-les-Mines, d’où le père est originaire et dont il deviendra le maire.

« "Je ne tiens pas tant que ça au bonheur." Jules Renard sera servi. Frappée d'une embolie, sa mère tombe dans un puits et s'y noie alors qu'il est encore en grenouillère. Il ne cessera de porter son enfance comme une croix. »* Jules fait ses études à Nevers et arrive à Paris à dix-sept ans. Le baccalauréat en poche, il renonce à préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure pour débuter une carrière de lettres. Il cherche une situation, lit, écrit, fréquente cafés littéraires et salons. En 1885, il fait son service militaire à Bourges et publie à compte d’auteur l’année suivante une plaquette de vers, Les Roses, probablement grâce au soutien financier de Danièle Davyle, pensionnaire de la Comédie-Française avec qui il eut une liaison de plusieurs années. Il publie quelques articles, occupe des emplois modestes et sa situation financière est très difficile. "Si l'argent ne fait pas le bonheur, rendez-le !", écrivait-il.

En 1887, le romancier Auguste Lion en fait le précepteur de ses enfants, mais aussi son nègre. Le couple Galbrun l’invite en août à Barfleur, dans la Manche. Ils seront les Vernet de L’Écornifleur. Jules Renard commence à travailler au roman Les Cloportes qui paraitra à titre posthume. Il note cette année-là les premières lignes de son Journal. À vingt-quatre ans, il épouse Marie Morneau, dix-sept ans. Jeune fille riche, elle est la Marinette à qui est dédié L’Écornifleur. « Il connaît un rarissime bonheur conjugal, élément de stabilité et de raison dans un paysage environnant semé d'adultères. Son ironie ne se dessèche jamais, elle contribue à brûler les mauvaises herbes. Le tir est tendu, fourni, ciblé. Il n'y a qu'à se baisser pour ramasser: "Je sais nager juste assez pour me retenir de sauver les autres." »* Le couple s’installe dans l’appartement de la mère de son épouse. Une cohabitation difficile débute. L’année suivante, naît leur enfant, Jean-François Renard et Jules devient  le principal actionnaire de la revue du Mercure de France fondée par Valette.

Nous sommes en 1890-1891 et sa carrière est lancée : il publie des articles de critique et divers textes dans Le Mercure de France. « L'épiderme à vif, Jules "le hérisson" créait tout le temps, notait sans relâche, consignait au plus juste. il taillait, limait, ajustait. Toujours à froid, tel un La Bruyère des taillis. Pas de délayage. Une littérature de crabe où les aphorismes ressemblent à des têtes de Jivaro. Dans l'art de se restreindre, Jules Renard passe pour le meilleur, il excelle dans le timbre-poste. Il se regarde par-dessous lui-même avec tant d'acuité qu'il se dépasse. »* Il passe l’été avec sa femme et son fils à Barfleur où il commence la rédaction de L’Écornifleur. En octobre paraît Sourires pincés, recueil de textes publiés au Mercure qui rencontre un grand succès critique. Renard se lie avec Lucien Descaves, Courteline, Allais, Schwob, Rostand, Tristan Bernard. Il entre au comité de lecture du Théâtre d’Art, fondé par Paul Fort, et collabore à divers journaux.

L’Écornifleur paraît en février 1892 chez Ollendorff grâce à l’intervention de Schwob et reçoit un bon accueil critique. En mars, naît Julie-Marie Renard. Son père, Jules, collabore au Journal, à L’Écho de Paris, au Figaro. Il fait la connaissance de Verlaine et de Claudel, gagne en notoriété, fréquente les dîners du Paris littéraire. En 1893 paraissent chez Ollendorff Coquecigrues et la Lanterne sourde, qui sont, tout comme Sourires pincés, des recueils de chroniques parisiennes ou villageoises. La famille s’installe en 1894 à Maison-Laffitte et paraissent Vigneron dans sa vigne au Mercure de France et Poil de carotte chez Flammarion. Jules Renard rencontre Toulouse Lautrec et entame une collaboration avec La Revue blanche des frères Natanson. En 1895, Jules Renard loue une maison à Chaumot, La Gloriette. Il fréquente de plus en plus le théâtre et sa pièce, La Demande, écrite avec Georges Docquois, est jouée à l’Odéon. En 1896 paraissent les Histoires naturelles et La Maîtresse. Jules partage désormais sa vie entre Paris et la campagne nivernaise qui fournit la matière de ses romans et recueils de textes.

La première de sa pièce Le Plaisir de rompre, avec Jeanne Granier, remporte un vif succès en 1897. Le père de Jules Renard, gravement malade, se tue d’un coup de fusil. Très marqué par ce geste, l’écrivain note dans son journal, le 26 juin : «  Je serais un coupable et un sot si je ne savais pas dégager de cette mort la leçon qu’elle nous donne. » Il passe l’été à Chaumot, où il chasse beaucoup et règle des questions de succession. En février 1898, Zola est condamné suite à la publication de J’accuse en une de L’Aurore. Renard prend le parti des dreyfusards et publie en mai les Bucoliques chez Ollendorff. L’année suivante, vingt-deux magnifiques Histoires naturelles (Papillon : Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur.) paraissent chez Henry Floury avec des illustrations de Toulouse-Lautrec ainsi que sa pièce, Le Pain de ménage, chez Ollendorf, tandis que Tristan Bernard lui dédie ses Mémoires d’un jeune homme rangé. La première triomphante de Poil de carotte a lieu en mars 1900 et en mai, Jules Renard est élu conseiller municipal de Chaumot. Après une longue campagne, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. Il forme avec Capus, Bernard et Lucien Guitry, le groupe des « Mousquetaires », qui se réunissent à déjeuner une ou deux fois par semaine chez ce dernier.

En 1902, Le Plaisir de rompre est joué à la Comédie française et Renard débute une collaboration à L’Écho de Clamecy où il publie des articles qui reflètent ses convictions laïques et républicaines. Deux ans plus tard, il publie un récit dans le premier numéro de L’Humanité. Il devient maire de Chitry et commence à se lasser de Paris, fréquente en 1905 de plus en plus de socialistes, notamment Jaurès et Blum. En 1906, il passe les deux tiers de l’année à Chitry. Maire très actif, il multiplie les discours et conférences et s’investit dans diverses campagnes électorales. Il publie Huit jours à la campagne chez Jules Rouff. Ravel met en musique ses Histoires naturelles en 1907. Renard, indifférent, n’accompagne pas sa femme et sa fille à la première. Il passe moins de temps dans la Nièvre, accaparé par une chronique de critique dramatique au Messidor, qu’il a acceptée suite à des ennuis d’argent. Puis il est élu le 1er novembre à l’académie Goncourt au fauteuil de Huysmans, ce qui lui permet d’abandonner sa rubrique au Messidor.

En 1908, Jules Renard est réélu maire de Chitry. Il publie des textes dans Paris-Journal et paraît Ragotte, qui conte la vie de ses domestiques. En 1909, il souffre de malaises cardiaques. Sa femme tombe également malade. Sa pièce La Bigote, très antireligieuse, suscite de vives réactions. Renard revend ses parts du Mercure après la parution d’un article dans lequel il est attaqué par Rachilde. Il se sent très las physiquement. En 1910, son état de santé se dégrade très rapidement. « Crise ultime. Souffle précipité. Le soufflet comme cassé. "La mort approche, on sent le poisson!" »* Il meurt à quarante-six ans,  le 22 mai, rue du Rocher. Son enterrement civil a lieu le 24 à Chitry. «Jules Renard garde aujourd'hui sa stature de grand contemporain capital parce que, de son temps, il a su être petit de manière exemplaire. »*


Sources :
- préface de L'Écornifleur.
-
* Patrice Delbourg in Les Jongleurs de Mots : De François Villon à Raymond Devos.

 

Bibliographie

  • 1886 : Les Roses, Paul Sevin, Paris.
  • 1888 : Crime de village, Grande correspondance, Paris.
  • 1890 : Sourires pincés, Alphonse Lemerre, Paris.
  • 1892 : L'Écornifleur, Ollendorff, Paris.
  • 1893 : Coquecigrues et La Lanterne sourde, Ollendorff, Paris.
  • 1894 : Le Vigneron dans sa vigne, Mercure de France, Paris ; Poil de Carotte, Flammarion, Paris.
  • 1896 : Histoires naturelles, Flammarion, Paris ; La Maîtresse, Simonis Empis, Paris.
  • 1898 : Le Plaisir de rompre, Ollendorff, Paris ; Bucoliques, Ollendorff, Paris.
  • 1899 : Le Pain de ménage, Ollendorff, Paris.
  • 1900 : Poil de Carotte, Ollendorff, Paris.
  • 1904 : Comédies, Ollendorff, Paris.1906 : Huit jours à la campagne, Jules Rouff, Paris.
  • 1907 : Les Philippe précédés de Patrie!, Pelletan, Paris.
  • 1908 : Mots d'écrit, Les Cahiers Nivernais, Nevers ;  Nos Frères farouches, Ragotte, Fayard, Paris.
  • 1910 : La Bigote, Ollendorff, Paris.
  • 1910 – posthume : Causeries ; Les Cahiers Nivernais et du Centre, Nevers
  • 1913 - posthume : L'Œil clair, N.R.F., Paris.
  • 1919 – posthume : Les Cloportes, Crès, Paris.
  • 1925 à 1927 - posthume : Le Journal et la Correspondance, Bernouard, Paris.

 

 


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