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Marina Tsvetaeva

 

 

 

Marina Tsvetaeva naît le 26 septembre 1892 à Moscou. Très jeune, elle s'oppose passionnément à la Révolution de 1905 (et plus tard à celle d'octobre 1917) - comme d'autres femmes poètes russes - en lisant des poèmes contre-révolutionnaires. Son premier recueil, L'Album du soir, est édité alors qu'elle n'a que 18 ans.

Sergueï Efron, son mari, qu'elle épouse en 1912 et qui lui donnera trois enfants (dont une fille qui mourra en 20 pour malnutrition), est déporté un an après leur mariage.

En 1921, elle apprend par Boris Pasternak qu'il est vivant et réside à Prague. Pour Marina, c'est le début de dix-sept longues années d'exil, qui commencent par Berlin, puis Prague et Paris. Elle entretiendra avec Pasternak une correspondance passionnée (désolée de voir en 1923 qu'il choisira la vie en URSS de préférence à l'exil). Les années 20 voient les poèmes de Marina rencontrer la faveur du public. Elle rencontre des Russes de passage à Prague : Nina Berberova, Nabokov, Gorki, etc. Devant la montée du péril fasciste, elle continue sa lutte en écrivant un cycle de poèmes dédiées à la Tchécoslovaquie. En 1925, ses écrits contre l'émigration blanche fâchent le régime soviétique, qui la met au banc. À la fin de cette année, vivant dans la misère, se souciant fort peu des côtés matériels de l'existence mais épuisée par la vie difficile en Tchécoslovaquie, elle met le cap sur Paris en laissant son mari à Prague. Son dénuement est total. Coupée de ses sources vives - «  En Russie, je suis un poète sans livres, ici -un poète sans lecteurs » - elle n'en continue pas moins à vivre et à écrire à la vitesse de ses émotions, au rythme des forces qui la poussent à chérir les causes les plus désespérées.

En 1926, grâce à l'entremise de Pasternak, elle reçoit de Maria Rainer Rilke Les Élégies de Duino et Les Sonnets à Orphée. Une correspondance à trois naît, dans laquelle chacun admire l'autre. Rilke est reclus en Suisse, tuberculeux et à quelques semaines de sa mort. Pasternak est étouffé par le régime soviétique. Rilke qui avait su discerner dans ce poète isolé et mal connu l'une des toutes premières voix de notre époque, lui écrivit «  nous nous touchons comment ? Par des coups d'aile » à l'occasion de cette courte et magnifique correspondance.

Dans la Russie rouge, elle louait l'armée blanche; dans les milieux de l'émigration, elle défend Maïakovski. En 28, en rendant hommage à sa force poétique elle s'aliène les milieux de l'émigration. Même si elle écrit beaucoup pendant son exil, elle souffre d'être rarement publiée à cause de sa prise de position : « Ici [à Paris], je suis inutile, là-bas [en Russie], je suis impossible. » Son mari travaille avec la police secrète soviétique et participe à des attentats contre des opposants anti-staliniens, ce qu'elle semblait méconnaître. Sa fille regagnera l'URSS en 1937, bientôt suivie par son père qui échappera ainsi à la police française.

En 1939, n'y tenant plus, Marina et son fils rentrent en Union soviétique. Le malheur l'y attend : son mari est fusillé, sa fille déportée. Désespérée, abandonnée de tous, elle écrit : « Au créateur : grand temps / de rendre mon billet. / […] à ton monde insensé / Je ne dis que refus. » Marina Tsvetaeva, comme pour marquer un ultime refus, se pend le 31 août 1941. Elle a 49 ans. Son fils disparaîtra pendant la guerre et c'est grâce à sa fille revenue des camps que nous connaissons son oeuvre.

Son destin est extrême. Les thèmes tragiques qui jalonnent l'œuvre de Tsvetaeva sont dominés par un goût violent de la vie, du monde concret, des racines nationales, du refus des conformismes, des plis et des routines. Dans C'est moi qui souligne, Nina Berberova – qui admirait sa poésie - la présente ainsi : « Elle a cédé à la vieille tentation décadente de s'inventer des rôles ; elle était tour à tour le poète maudit et incompris, la mère et l'épouse, l'amante d'un jeune éphèbe, un personnage au passé glorieux, le barde d'une armée en déroute, une jeune disciple et une amie passionnée. [...] Mais elle n'arrivait pas à se dominer, à se façonner, à se connaître. Elle cultivait même cette méconnaissance de soi. Elle était vulnérable, impulsive, malheureuse, et, au milieu de son "nid" familial, restait solitaire. Elle ne cessait de s'enthousiasmer, de se désenchanter et de se tromper. »

Assoiffée de rencontres et de reconnaissance, elle aura en effet des liaisons extraconjugales (Sofia Parnok, Rodzévitch) et des amitiés passionnées (la jeune actrice Sonia Holliday, l'acteur Stakhovitch, le vieux prince André Volkonsk, Nicolaï Gronski). « Écoutez-moi ! Il faut m'aimer encore, du fait que je mourrai ». Vivre, c'était aimer, prendre tous les risques, être toujours en quête du Miracle de l'Autre. Une soif d'absolu qui s'incarne dans un terrifiant besoin d'amour. Toujours déçue, toujours blessée, toujours malheureuse... Sa démesure l'empêche de vivre. Passions tumultueuses, amours épistolaires, l'amour est, pour Tsvetaeva, le pendant de la création. Son tempérament indépendant, tumultueux et absolutiste ne la prédisposait ni à s'associer à l'aventure du communisme en URSS, ni à rejoindre clairement ses opposants, et elle fut cruellement mise à l'écart de tous les milieux littéraires de l'époque. On trouve chez elle, « si vivante et véritable », une attitude semblable à l'égard du langage, un sens aigu de la réalité physique du mot et des jeux de signification. «  Trop a toujours été la mesure de mon monde intérieur », disait-elle.

Une vie de passions, de déchirements et d'amitiés. Une vie qu'elle ne cessa de transfigurer dans ses poèmes. Une poésie à l'image d'un destin tragique. Un caractère instable, amer, d'écorchée vive qui écrit pour survivre à chaque désastre familial, sentimental ou matériel. «On oppose parfois la rupture et la discordance de ses vers à l'équilibre et l'harmonie de ceux de Pouchkine. Elle se soucie peu de formalisme, d'élégance. Elle doit crier. Mort et écriture sont pour elle indissolublement liées. Si la poésie est la vie, c'est au prix d'un sacrifice, dont sa table de travail est l'autel. Le sacrifice du compromis dans la langue, qui doit attaquer, briser, renverser. Le sacrifice d'une partie d'elle-même dont ne subsistent que l'écorchure, la désillusion. Il lui faut évacuer ce feu qu'elle porte en elle sous peine d'en être consumée. Écrire ou mourir, pas d'autre alternative.», écrit fort justement Christian Garcin dans Vidas.

Une écriture syncopée, un rythme et quels vers !

 

Bibliographie

Poésie

  • Poèmes. Éditions Gallimard, 1968.
  • Vœux de Nouvel An. Éditions L'Éphémère n°17, 1971.
  • Insomnie. Éditions Alidades n°1, 1982.
  • Le Poème de la montagne. Le poème de la fin. Éditions L'Âge d'Homme, 1984.
  • Tentative de jalousie & autres poèmes. Éditions La Découverte, 1986.
  • Le Ciel brûle. Éditions Les Cahiers des Brisants, 1987.
  • Les Arbres. Éditions Clémence Hiver, 1989.
  • Le Gars. Éditions Clémence Hiver, 1991 ; Des Femmes, 1992.
  • L'Offense lyrique. Éditions Fourbis, 1992.
  • Après la Russie. Éditions Rivages Poche, 1993.
  • Poèmes, introd. d'Adriadna Efron. Éditions du Globe, 1993.
  • Sans lui, avec Sophie Parnok. Éditions Fourbis, 1994.
  • Le Poème de l'air. Éditions Le Cri, 1994.
  • Le Ciel brûle suivi de Tentative de jalousie. Éditions Poésie Gallimard, 1999.

Théâtre

  • Ariane. Éditions L'Âge d'Homme, 1979.
  • Phèdre. Éditions Actes Sud, 1991.
  • Romantika (Le Valet de cœur, La Tempête de neige, La Fortune, L'Ange de pierre, Une aventure, Le Phénix). Éditions Gallimard, 1998.
  • Une aventure et Le Phénix. Éditions Clémence Hiver, 1999.

Récits et essais

  • Le Diable et autres récits. Éditions L'Âge d'Homme, 1979 / Le Livre de Poche Biblio, 1995.
  • Mon frère féminin. Éditions Mercure de France, 1979.
  • Le Conte de ma mère. Éditions Le Nouveau Commerce n° 65-66, 1988.
  • L'Art à la lumière de la conscience. Éditions Le Temps qu'il fait, 1987.
  • Indices terrestres. Éditions Clémence Hiver, 1987.
  • Mon Pouchkine suivi de Pouchkine et Pougatchov. Éditions Clémence Hiver, 1987.
  • Les Flagellantes. Éditions Clémence Hiver, 1989.
  • Averse de lumière. Éditions Clémence Hiver, 1989.
  • Le Poète et le Temps. Éditions Le Temps qu'il fait, 1989.
  • Le Poète et la Critique. Éditions Le Temps qu'il fait, 1989.
  • Histoire d'une dédicace. Éditions Le Temps qu'il fait, 1989.
  • Nathalie Gontcharova. Sa vie, son œuvre. Éditions Clémence Hiver, 1990.
  • Histoire de Sonetchka. Éditions Clémence Hiver, 1991.
  • De vie à vie; Ici-haut. Maximilian Volochine. Éditions Clémence Hiver, 1991.
  • Assurance sur la vie — Le Chinois. Éditions Clémence Hiver, 1991.
  • Des poètes : Maïakovski, Pasternak, Kouzmine, Volochine. Éditions Des Femmes, 1992.

Correspondance

 

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