Échos de lecture et dernières chroniques

 

 

 

 

Fin 2013

 

2013 s'achève

j'ai lu ou relu de belles oeuvres, chroniqué quelques-unes, donné un écho à quelques autres

j'ai été lue par des passants du monde entier qui m'ont fait beaucoup voyager, certains sur un atlas pour pointer leur provenance :

France, États Unis, Belgique, Canada, Maroc, Viêt Nam, Suisse, Algérie, Tunisie, Sénégal, Espagne, Allemagne, Royaume Uni, Italie, Liban, Pays-Bas, Côte D'Ivoire, Luxembourg, Islande, Fédération de Russie, Roumanie, Pologne, Brésil, Australie, Chine, Portugal, Gabon, Grèce, Égypte, Autriche, Turquie, Mexique, Suède, Ukraine, Djibouti, Madagascar, Haïti, Burkina Faso, Inde, Irlande, Argentine, Cameroun, Île Maurice, Japon, République Tchèque, Bénin, Émirats Arabes Unis, Colombie, Monaco, Israël, Thaïlande, Iraq, République de Moldova, République Islamique d'Iran, Arabie Saoudite, Togo, Norvège, Hong-Kong, Mali, Serbie, Hongrie, Danemark, République de Corée, Niger, Afrique du Sud, République démocratique du Congo, Finlande, Chili, Taiwan, Guinée, Bulgarie, Indonésie, Pérou, Singapour, Slovénie, Croatie, Lituanie, Albanie, Andorre, Malaisie, République bolivarienne du Venezuela, Arménie, Géorgie, Mauritanie, Qatar, Slovaquie, Équateur, République Dominicaine, Congo, Bosnie-Herzégovine, Kenya, Nouvelle Zélande, Bélarusse, Koweït, Cambodge, El Salvador, Nigéria, Ghana, Nicaragua, Uruguay, Bahreïn, État plurinational de Bolivie, Vanuatu, Jordanie, Rwanda, Burundi, Saint-Martin (Partie Française), Costa Rica, Philippines, Soudan, Territoires palestiniens, République Arabe Syrienne, Comores, Estonie, Guatemala, Panama, Malawi, Kirghizistan, Sri Lanka, Ex république Yougoslave de Macédoine, Porto Rico, Bangladesh, Seychelles, Cap-Vert, République Démocratique Populaire du Laos, République Centrafricaine, Jamaïque, Lettonie, Mozambique, Paraguay, Libye, Éthiopie, Liechtenstein, Trinité & Tobago, Yémen, Angola, Azerbaïdjan, Barbade, Chypre, Honduras, Ouzbékistan, Saint-Martin (Partie Néerlandaise), Belize, Cuba, Malte, République unie de Tanzanie, Zambie, Fidji, Gambie, Tchad, Guinée Équatoriale, Myanmar, Turkménistan, Antigua et Barbuda, Antilles Néerlandaises, Aruba, Dominique, Mongolie, Pakistan, Zimbabwe, Tadjikistan, Saint Vincent et les Grenadines, Monténégro, Soudan du sud (source Statistiques Xiti)

je les en remercie

Pascale Arguedas

 

 

Echo

 

"Combien de fois mourir de son vivant, quelle place faire à la mort en soi pour écrire ? Quelque chose se termine. Voilà ce qu'il m'est possible de dire sans trahir ma méditation devant la ville ni le sentiment diffus d'une autre réalité tout aussi présente à cet instant que je ne peux qualifier qu'en termes d'oubli et d'enfouissement. Quelque chose se termine. Cette chose, je veux essayer de la raconter, sachant que Shanghai n'aura de cesse de me harceler parce qu'elle est belle et capricieuse, et que la réalité chinoise voudra me faire taire en me faisant écrire un texte qui la concernera, elle, exclusivement. Elle, et ses étés morcelés par la chaleur, brouillés de gyrophares, et ses crissements de pneus, et son odeur de gomme cramée, et sa foule corvéable, un ensemble qui bouge et qui transpire devant les cinémas, un ensemble à peine vêtu à la terrasse des cafés, dans les vitrines, prêt à être consommé, corps et marchandises, elle, la Chine dans l'œil des hommes, dans le miroir des femmes, elle et son soleil aveugle, et son peuple aveugle, et ses lois aveugles, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois-cent-soixante-cinq jours par an, dans la brûlure des lampes, des chutes, des coups et des insultes, Shanghai en petite robe courte, aux longues jambes nues, aux mains gantées fumant une cigarette à l'angle de la rue. Elle, la ville, et ses accidentés à genoux, assis, hébétés dans le caniveau, la bouche ouverte, le souffle coupé, la gorge tranchée, prostituée, allongée, avachie, offerte, écartelée, pudique, modeste, soumise, digne et morte au bout du compte, engloutie dans le noir étincelant de son trop-plein de vanité. Elle voudrait que je ne voie qu'elle. Je parie malgré tout sur le fait qu'il me sera possible de lui faire faux bond ; qu'il existe une histoire parallèle à la ville. Elle débute là où m'apparaît mon impuissance à trouver les mots justes devant Shanghai, non parce que j'en suis incapable, mais parce que je scinde mes forces pour explorer deux mondes à la fois. Pourtant je sais aussi que tout ce qui me sera donné d'écrire passera par cette odeur de brûlé, par ce bruit de collision, sera toujours, aussi, d'abord, l'histoire des victimes qui se comptent ici par milliers et millions. Quelque chose se termine et renaît de ses cendres. Cette chose se tient comme le diable à la croisée des chemins, quelque part entre Shanghai et un lointain souvenir d'enfance.

[...]

La littérature est possible parce qu'elle est périssable. Son agonie, plus lente que la nôtre, nous donne le sentiment de l'éternité. La littérature nous accorde un sursis. Ce qu'on écrit dépasse ce qu'on est."

Béton armé de Philippe Rahmy, éd. La Table Ronde 2013.

 


Livre lu : Madame Della Seta aussi était juive de Rosetta Loy, traduit de l'italien par Françoise Brun, éd. Rivages 1998.


Chronique

 

C'est cyclique et fréquent chez moi, cette envie de relire de vieux bouquins qui ornent mes étagères. J'en ai peu, un millier peut-être, c'est peu pour une vieille lectrice boulimique…(lire la suite en cliquant ici).

 


Livre lu : Avoir un corps de Brigitte Giraud, éd. Stock 2013.


Echo

 

Le poids des coutumes ancestrales est lourd en Afrique. Au Burkina, pas moins qu'ailleurs et c'est sur un ton frais et vivant que... (lire la suite en cliquant ici).

 


Livre lu : Kililana song de Benjamin Flao, éd. Futuropolis 2012.


Chronique

 

Antonio Tabucchi signe un ouvrage aux apparences de polar, en s'emparant d'une sale affaire inspirée d'un fait divers réel, le détourne à sa manière pour nous offrir un roman militant et une belle réflexion philosophique (lire la suite en cliquant ici).

 


Livre lu : Cette vie de Karel Schoeman, traduit de l'afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, éd. Phébus 2009.


Echo

 

Très beau récit qui s'adresse à tous, aux plus jeunes comme aux aînés, aux connaisseurs comme aux ignorants, car cette histoire pleine de courage au cœur du drame de la Shoah se lit d'un trait (lire la suite en cliquant ici).

 


Livre lu : Le Goût des mots de Françoise Héritier, éd. Odile Jacob 2013 .


Chronique

 

C'est à travers l'humour, son principal instrument d'investigation, que Julio Cortázar, excellent conteur de l'étrange, nous offre ce livre à l'effervescente vocation de jeu (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson, éd. Zulma 2013.


Echo

Helga Weissová, peintre tchèque âgée de 84 ans, avait neuf ans en 1938 quand les nazis ont envahi Prague où elle est née, a vécu et vit encore. (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Noir Toscan d'Anna Luisa Pignatelli, traduit de l'italien par Alain Adaken, éd. La Différence 2009 ; Lune de loups de Julio Llamazares, traduit de l'espagnol par Raphaël Carrasco, éd. Verdier Poche 2009.


Chronique

 

Cette novella, d'inspiration autobiographique parue en 1942 en Italie, est un bijou de sensibilité, de pudeur, de tendresse, un voyage de toute beauté ! (lire la suite en cliquant ici).

 


Livre lu : L'Autre Vérité, Journal d'une étrangère d'Alda Merini, traduit de l'italien par Franck Merger, éd. de la revue Conférence 2010.


Echo

 

« Qu'est-ce qu'un poète au fond, si c'est vraiment un poète ? Je l'ai déjà dit ailleurs : c'est un enfant qui s'étonne des choses qui lui arrivent, une fois qu'il est devenu adulte. Il reste donc, dans l'intimité de sa nature, beaucoup, trop de sa prime enfance, de sa préhistoire et de celle du monde. Tout cela est pour lui source de faiblesses et d'égarements infinis. Bien qu'il soit devenu adulte par ailleurs, qu'il ait, dans les cas les plus heureux, développé même un caractère, un poète souffre toujours d'attachements excessifs à son passé, qui lui rendent la vie plus difficile qu'aux autres hommes, lesquels n'en ont pas ou se comportent comme s'ils les avaient surmontés. En d'autres termes, un poète est toujours, plus ou moins, un "enfant terrible" ; on ne sait jamais ce qu'il peut faire ou dire : dire surtout. Or, les "enfants terribles" sont des êtres un peu gênants, bien que – je le reconnais volontiers – ils puissent parfois, comme le font justement les poètes, rafraîchir chez les autres le sens de la vie. Et en disant "enfants terribles", je ne fais pas allusion seulement aux poètes dits "maudits", qui étant les plus vulnérables sont aussi les plus innocents, mais j'ai en tête aussi des noms vénérables et vénérés, tellement et si justement vénérés que je ne puis, en ce lieu et dans ces circonstances, les citer.»

Umberto Saba, Discours de thèse prononcé à l'université de Rome en 1953. Extrait de Femmes de Trieste, traduit de l'italien par René de Ceccatty, éd. Corti 1997.

 


Livres lus : Le Temps d'ici de Marilyse Leroux, éd. Rhubarbe 2013 ; La Vie en crue de Jean-Claude Garrigues, éd. Quadrature 2013 ; Grand absent de Laurent Graff, éd. Le Dilettante 2014.


Chronique

 

Tous les auditeurs sensibles aux émotions chantées par Jacques Higelin, auteur-compositeur-interprète septuagénaire, n'ont pas manqué en avril 2013 la sortie de son dernier album Beau repaire. Six mois plus tard, voici l'heureuse occasion de l'évoquer encore grâce à ce très bel objet livre-CD ou quatorze écrivains...(lire la suite en cliquant ici).

 


Echo

"Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger, de les goûter doucement ou voracement selon notre nature propre, de profiter de tout ce qu'ils contiennent, d'en faire notre chair spirituelle et notre âme, de vivre. Vivre n'a donc pas d'autre sens que ça. Tout ce que nous propose la civilisation, tout ce qu'elle nous apporte, tout ce qu'elle nous apportera, n'est rien si nous ne comprenons pas qu'il est plus émouvant pour chacun de nous de vivre un jour que de réussir en avion le raid sans escale Paris-Paris autour du monde."

Jean Giono, Rondeur des jours


Livres lus : Je ne suis pas un cadeau d'Alain Bertrand, éd. Finitude 2010 ; Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle, éd. Payot 2013 ; Ursin et Ursulin de Zbyněk Černík, traduit du tchèque par Xavier Calmiche, éd. MeMo 2013 ; Brouillard de Jean-Claude Pirotte, éd. Le Cherche-Midi 2013 ; Canada de Richard Ford, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, éd. de l'Olivier 2013.


Chronique

 

Celui qui n'a pas lu Élisa et La Confession d'hiver de Jacques Chauviré a beaucoup de chance. C'est ce que je disais avant d'avoir lu La Terre et la guerre, Prix Mémorable des libraires Initiales 2008. En fait, tout Chauviré est à découvrir au même titre que ses amis en littérature : Jean Reverzy (qui fut son condisciple et écrivit notamment Le Passage), Claude Roy et Albert Camus. (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Libre comme une maison en flammes - Oeuvre poétique 1935-1976 de Jean Malrieu, éd. Le Cherche Midi 2004 ; Le Ciel est partout de Jandy Nelson, traduit de l'américain par Nathalie Peronny, éd. Gallimard, collection "Scripto" 2010 ; Petite Poucette de Michel Serres, éd. Le Pommier 2012.


Echo : Un grand livre primé !

C'est donc La Fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement de Svetlana Alexievitch, prix Renaudot essai 2013, qui met en lumière une oeuvre personnelle engagée, une oeuvre littéraire à lire et relire. Sans concession et depuis des décennies, Svetlana Alexievitch croise brillamment les fers avec l'Histoire russe.

 


Chronique

 

Compagnie k — grand livre américain de littérature de guerre, au même titre et dans la veine d'À propos de courage de Tim O’Brien, également édité chez Gallmeister — est enfin traduit en français. En préface William March nous confie : (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Rempart de Jacques Audiberti, éd. Gallimard 1953 ; Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger, éd. Gallimard 1979 ; Finir de Monique Jouvancy, éd. La Chambre d'échos 2009 ; Petit Traité de l'abandon d'Alexandre Jollien, éd. Seuil 2012.


Echo

 

Bonne nouvelle ! Dans le cadre des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, les éditions Belfond rééditent enfin Derrière la colline de Xavier Hanotte (en librairie le 23 janvier 2014). Un texte majeur devenu introuvable, que j'ai présenté souvent en public et fait beaucoup acheter en bibliothèque et médiathèque afin qu'il soit précieusement conservé dans les fonds littéraires.

 


Livres lus : Le Passage de Jean Reverzy, éd. Points 1981 ; Julien Gracq – Qui êtes-vous ? de Jean Carrière, éd. La Manufacture 1986 ; La Jeune Fille en bleu de Jean-Paul Goux, éd. Champ Vallon 1996.


Chronique

 

Premier roman de Milan Kundera achevé en 1965, traduit et paru en français en 1968, juste après l'invasion russe de la Tchécoslovaquie. Il fut accueilli en France comme... (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Marcher, une philosophie de Frédéric Gros, éd. Carnets Nord 2009 ; Vous ne connaîtrez ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin, éd. Philippe Rey 2013.


Echo

 

Profession : invalide

La proportion d’auteurs qu’un complexe d’inadaptation conduit à se sentir rejeté sur les marges de la société a toujours été très forte. Et lorsque la brume se dissipe au-dessus de la question récurrente "Pourquoi écrivez-vous ?", j’aperçois avec netteté, en guise de réponse, une sensation d’imposture qui ne m’a jamais quitté, en conséquence de quoi les droits d’auteur de mes livres représentent une manière de "pension d’invalidité".

Éric Faye, Somnambule dans Istambul

 


Livres lus : Somnambule dans Istambul d'Éric Faye, éd. Stock 2013 ; Les Complémentaires de Jens Christian Grondhal, traduit du danois par Alain Gnaedig, éd. Gallimard 2013.


Chronique

 

« J'ai lu sans m'interrompre les soixante-dix-neuf pages de texte du petit livre et j'ai recommencé au début sitôt terminé ma lecture... » (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Attente en automne de Charles Juliet, éd. P.O.L. 1999 ; L'Embardée de Jean-Paul Goux, éd. Actes Sud 2005 ; Ne t'inquiète pas pour moi d'Alice Kuipers, traduit de l'anglais par Valérie Le Pouhinec, éd. Livre de Poche 2011.


Echo

 

« L'Université de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans une prison en 1980. (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Là-haut, tout est calme de Gerbrand Bakker, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, éd. Gallimard 2009 ; La Mer, le matin de Margaret Mazzantini, traduit de l'italien par Delphine Gachet, éd. Robert Laffont 2011.


Chronique

 

Les Hautes falaises, publié en 2009, est le deuxième opus de la trilogie Les Quartiers d'hiver (suivant L'Embardée, précédant Le Séjour à Chenecé). Livre d'adresse et... (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Quatre lettres d'amour de Niall Williams, traduit de l'anglais (Irlande) par Josée Kamoun, éd. Flammarion 1998 ; Sept ans de Peter Stamm, traduit de l'allemand (Suisse) par Nicole Roethel, éd. Bourgois 2010 ; Le Beau Voyage de Springer & Zidrou, éd. Dargaud 2013.


Echo

 

Adulte ? Jamais. Jamais : comme l'existence
Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,
De jour splendide en jour splendide.
Je ne peux que rester fidèle
À la merveilleuse monotonie du mystère.
Voilà pourquoi, dans le bonheur,
Je ne me suis jamais abandonné. Voilà
Pourquoi dans l'angoisse de mes fautes
Je n'ai jamais atteint un remords véritable.
Égal, toujours égal à l'inexprimé,
À l'origine de ce que je suis.

 

« Réunissant des poèmes inédits en français tirés de ses plus grands recueils (tels que Poésie en forme de rose) et des poèmes issus de manuscrits retrouvés, cette anthologie de référence forme le reflet objectif de l'oeuvre poétique de Pasolini. Un ouvrage-somme pour mieux comprendre cet artiste protéiforme qui luttait contre l'hypocrisie, les bien-pensants, la société consumériste, l'académisme et contre lui-même. »

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Adulte ou jamais ? de Pier Paolo Pasolini, traduit de l'italien par René de Ceccatty, éd. Points "Poésie" 2013.

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Livres lus : Affûts de Charles Juliet, éd. P.O.L 1990 ; Jusqu'à Sakhaline - d'après un récit d'Anton Tchékhov de Berrou & Rabaté, éd. Futuropolis 2009 ; Cette âme perdue de Jean-Claude Pirotte, éd. Le Castor Astral 2011 ; En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle, éd. J'ai lu 2013 ; Un été avec Montaigne d'Antoine Compagnon, éd. des Equateurs 2013.


Chronique

 

« Si une fenêtre est une ouverture qui permet d’assurer l’aération et la lumière... elle permet aussi d’assurer la vue… » (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Lettre à D. - Histoire d'un amour d'André Gorz, éd. Galilée 2006 ; Franz Liszt de Frédéric Martinez, éd. Folio "biographies" 2011 ; Une forêt cachée, 150 portraits d'écrivains oubliés d'Eric Dussert, éd. La table ronde 2013.


Echo

 

« Il y a vingt ans que Maren a quitté la maison forte. Aujourd'hui son père, qu'elle n'a pas revu depuis, veut lui parler. Sur la route du retour aux lieux anciens, Maren se souvient et s'interroge. » (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : La Traductrice d'Efim Etkind, traduit du russe par Sophie Benech, éd. Interférences 2012 ; Le Cordon ombilical de Jean Cocteau, éd. Allia 2013.


Chronique

 

Considéré par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes de poissons et de crustacés, Théodore Monod (1902-2000) était aussi un écologiste chrétien, antimilitariste et engagé... (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Petites poésies pour jours de pluie et de soleil d'Edmond Jabès, éd. Gallimard Jeunesse 2001 ; Petit Prince Pouf d'Agnès Desarthe et Claude Ponti, éd. L'école des loisirs 2002.


Echo

 

« Embringué dans le siècle, immergé dans la vie, l’auteur saisit au vol sensations, sentiments, énervements, enthousiasmes, répulsions. » (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Accords de Charles Juliet, éd. L'Échoppe 1987 ; L'Opulence de la nuit de Charles Juliet, éd. P.O.L. 2006.


Chronique

 

Décidément le spiritisme du grand Totor inspire les créateurs de fiction en cette rentrée 2013 ! (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Alger sans Mozart de Canesi & Rahmani, éd. Naïve 2012 ; Le Loup des mers (BD librement adaptée du roman de Jack London) par Riff Reb's, éd. Soleil, collection "Noctambule" 2012 .


Echo

 

« Alors qu'il semble enfin devoir connaître le succès, Pedro, un jeune comédien haïtien en tournée à l'étranger, se jette du douzième étage d'un immeuble. » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : La Rumeur de Venise de Germano Zullo & Albertine, éd. La Joie de lire 2008 ; Les Oiseaux de Germano Zullo & Albertine, éd. La Joie de lire 2010.


Echo

 

« Un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales : le culte du bonheur. Soyez heureux ! » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Philosophie sentimentale de Frédéric Schiffter, éd. Flammarion 2010 ; Le Détour de Gerbrand Bakker, traduit du néerlandais par Bertand Abraham, éd. Gallimard 2013.


Chronique

 

Une jeune femme promet à un Seigneur de retenir son nom, en échange d'un bien qu'il lui offre et lui permettra d'épouser l'homme qu'elle aime. (lire la suite en cliquant ici)...

 


Livres lus : Le Long Séjour de Régine Detambel, éd. Julliard 1991 ; Je suis à l'est ! de Josef Schovanec, éd. Plon 2012 ; Les Âmes baltes de Jan Brokken, traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, éd. Denoël 2013.


Echo

 

"Sur les pentes d'une vallée plus perdue que d'autres, des hommes, femmes, enfants habitent tant bien que mal les saisons qui passent. » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Transatlantic de Colum McCann, traduit de l'anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, éd. Belfond 2013 ; Comment j'ai appris à lire d'Agnès Desarthe, éd. Stock 2013.


Echo

 

Après quelques nouvelles remarquées en 2003, Hugo Boris voit les portes de la littérature s’ouvrir. Il n’a que 25 ans lorsqu’il signe chez Belfond un roman... (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Mendiants de R.L. Stevenson, traduit de l'anglais par Marie Picard, éd. Sillage 2006 ; Estive de Blaise Hofmann, éd. Zoé 2007 ; Le Papillon et la Lumière de Patrick Chamoiseau, éd. Folio 2013.


Chronique

 

Ebenezer Le Page, paysan-pêcheur de Guernesey où il pince ses tomates, n'a guère quitté son lopin de terre pendant quatre-vingt ans (de 1880 à 1960). (lire la suite en cliquant ici)...

 


Livres lus : Un verger au Pakistan de Peter Hobbs, traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Julie Sibony, éd. Bourgois 2013 ; Princesse Bari de Hwang Sok-yong, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, éd. Philippe Picquier 2013.


Echo

 

Au fil des ans je relis tranquillement l'œuvre superbe de Jean Raspail et m'étonne de constater qu'aujourd'hui plus personne n'en parle. Attend-on qu'il meure pour s'en souvenir ? Comble d'une ironie glaçante, devinez qui a écrit le bouleversant Qui se souvient des hommes… Les éditions Robert Laffont nous proposent de très belles heures de lectures avec une fidélité que le temps ne trahit pas : depuis 50 ans et Le Camp des Saints, elles publient les livres de ce grand écrivain. Cet engagement auteur-éditeur fait chaud au cœur par ces temps barbares de zapping effréné qui engendre une littérature kleenex. Jean Raspail n'est pas le seul privilégié, je pense aussi à Jean Carrière et à son terrible épervier, et à d'autres... dont la lecture laisse une trace indélébile dans la mémoire des lecteurs. Et si vous faisiez votre rentrée littéraire en glissant un Raspail, sacrément d'actualité par ses thèmes, dans votre panier (certains existent en format poche) ? Je n'y gagnerai rien, rassurez-vous, et vous beaucoup.

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Le Camp des Saints de Jean Raspail, éd. Robert Laffont 2012.

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Livres lus : Les Vieux, ça ne devrait jamais devenir vieux de Pierre Sansot, éd. Payot 1995 ; Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de Kenzaburo Ôé, traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty, éd. Gallimard "L'Imaginaire" 2012.


Chronique

 

Virgil Tănase est décidément l'un de nos meilleurs biographes contemporains (lire la suite en cliquant ici)!

 


Livres lus : Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry, éd. Folio 1972 ; Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, éd. Gallimard 1992 ; Je pars à l'entracte de Nicolas d'Estienne d'Orves, éd. Nil 2011.


Echo

 

« Il n'est rien de plus juste que le bonheur, rien qui prenne plus fidèlement la forme de notre âme, rien qui remplisse plus exactement les lieux que la sagesse lui a ouverts. Mais il n'est rien qui manque encore de voix autant que lui. » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Climats d'André Maurois, éd. LDP 2008 ; Quatrains et autres poèmes de Khalillullah Khalili, traduit du persan (Afghanistan) par Anita Bayandorian et Jean-Paul Kowaliski, éd. L'Inventaire 2012.


Chronique

 

Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Écrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. (lire la suite en cliquant ici).

 


Livres lus : Au commencement la nuit était musique d'Alissa Walser, traduit de l'allemand par Juliette Aubert, éd. Actes Sud 2011 ; Marée basse Marée haute de J.-B. Pontalis, éd. Gallimard 2013 ; Je connais des îles lointaines (Poésies complètes) de Louis Brauquier, éd. La Table Ronde (La petite Vermillon) 2013 ; Vaguedivague de Pablo Neruda, traduit de l'espagnol (Chili) par Guy Suarès, éd. Poésie Gallimard 2013.


Echo

 

L'heure des fesse-mathieux a sonné, on dirait : le peu d'échos élogieux sur ce monument littéraire m'incite encore à prendre une plume généreuse à l'encontre de son auteur... (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : La Claudication des jours de Georges Bonnet, éd. L'Escampette 2013 ; Une faiblesse de Carlotta Delmont de Fanny Chiarello, éd. de l'Olivier 2013 ; California dream d'Ismet Prcic, traduit de l'anglais (États-Unis) par Karine Reignier-Guerre, éd. Les Escales 2012 ; L'Homme-joie de Christian Bobin, éd. L'Iconoclaste 2012 ; Le Citadin de Jacques Réda, éd. Gallimard 1998.


Echo

« Pourquoi écrit-on ? Il arrive souvent qu'un lecteur — d'ordinaire un jeune homme — demande à un écrivain, en toute simplicité, pourquoi il a écrit tel livre, pourquoi... » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Mon vieux et moi de Pierre Gagnon, éd. Autrement 2010 ; Kosaburo, 1945 de Nicole Roland, éd. Actes Sud 2011 ; Le Correcteur de Ricardo Menéndez Salmón, traduit de l'espagnol par Delphine Valentin, éd. Jacqueline Chambon 2011.


Echo

 

Revenir à John Fante (1909-1983) sans jamais prendre le risque d'être déçu ! Touchant, on le relit souvent. Il délivre tant d'émotions, souvenez-vous de Demande à la poussière... Porte-parole de voix secrètes qui le hantaient, John Fante (1909-1983) les porte encore jusqu'à nous avec maestria dans ce livre écrit en 1977. La famille, la religion, la politique, la justice, les femmes, la culpabilité, le péché, l'ambition, le désir de connaître la gloire en tant qu'écrivain — tous les grands thèmes des livres de John Fante sont mis en abîme par le théâtre des diverses voix intimes de son héros. Décors hauts en couleur, répertoire varié, acteurs prestigieux. Ça crie et ça geint, ça grince et ça s'exalte, ça murmure, ça roucoule et ça pleure, presque tout le temps ça parle, mais parfois ça s'interrompt. Alors le choeur des voix fait silence, tout se tait, et l'on n'entend plus que le bruit du sang qui bat dans les veines. Tendres, picaresques, parfois bravaches, Les Compagnons attachants de John Fante méritent votre (re)lecture.

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Les Compagnons de la grappe de John Fante, traduit de l'américain par Brice Matthieussent, éd. 10/18 2002.

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Livres lus : Les Ignorants d'Etienne Davodeau, éd. Futuropolis, 2011 ; Le Centaure dans le jardin de Moacyr Scliar, traduit du portugais (Brésil) par Philippe Poncet, éd. Folies d'encre 2012 ; Kongo de Tom Tirabasco et Christian Perrissin, éd. Futuropolis, 2013.


Echo

 

Orénoque-Amazone 1948-1950, livre phare de la littérature anthropologique, est un texte nourri de poésie. Il est original et saisissant de beauté, non "pas tant une beauté pittoresque, de couleur locale, d'imprévu, qu'une beauté morale", comme le précisait Claude Roy. Magnifique récit d'une première expédition pacifiste à la rencontre des indiens Yanomi et double voyage dans l'Amazonie d'hier et d'aujourd'hui. Pour lecteur curieux des origines, d'écologie, d'humanité. Et dans le même mouvement, je vous incite à relire le roman bouleversant de Jean Raspail, Qui se souvient des Hommes..., sur la disparition des Alakalufs, peuple indien de Patagonie. Terrifiante cruauté de la part des civilisations conquérantes (incarnées ici par Magellan et ses marins), dramatique emprise qui se terminera par l'extinction de tout un peuple. Texte formidablement humain, beauté magique d'une vaine mais certaine liberté, personnifiée par le denrier Alakaluf.

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Orénoque-Amazone 1948-1950 d'Alain Gheerbrant, éd. Folio "essais" 1993. Qui se souvient des Hommes... de Jean Raspail, éd. J'ai lu, 2001

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Livres lus : Ana non d'Augustin Gomez-Arcos, éd. Stock 1977 ; La Naissance du jour de Colette, éd. Flammarion, 1984 ; Ce bel aujourd'hui de Jacques Lacarrière, éd. JC Lattès, 1989 ; Les Enfants pillards de Jean Cayrol, éd, Seuil, collection Points 1989 ; Randos autour du monde de Jonathan Tartour, éd. Lonely Planet 2011 ; Guide de poche des oiseaux de France, éd. Point2, 2012 ; Enculer la camarde de Lambert Schlechter, éd. Phi, 2013.


Echo

Le tweet est au texte ce que l'haïku est à la poésie :
une expression trop succincte pour vous satisfaire pleinement
mais qui rend toutes les autres bavardes.

« Dans tous les groupes linguistiques, une convention implicite veut que le passé soit derrière nous et le futur devant nous. Il en est ainsi partout, dans tous les peuples et toutes les langues, sauf chez les Aymaras*. Ils pointent du doigt vers l'avant au moment d'évoquer le passé et à l'inverse montrent l'espace derrière eux pour dire qu'ils traitent du futur. Leur représentation du temps est « radicalement différente de la métaphore spatiale communément trouvée dans les langages étudiés jusqu'ici » relèvent Rafael Núñeza Et Eve Sweettserb, chercheurs de l'université de Californie qui ont consacré des années à l'analyse de ce mystère. L'explication de cette exception repose sur la métaphore utilisée pour représenter le temps qui passe et la personne qui observe le temps. Dans certains groupes linguistiques, la personne chemine le long d'un axe qui représente le temps et transforme le futur en passé au fur et à mesure de sa progression. Dans d'autres groupes, la personne est immobile et c'est le temps qui défile. Chez les Aymaras, ce n'est ni l'un ni l'autre : la métaphore ignore le mouvement ; la personne ne bouge pas, et le temps pas davantage. Chez les Aymaras, le schéma est statique, comme chez les internautes.

Ce parallèle a des racines profondes : la grammaire Aymara impose de distinguer, plus que dans tout autre langage, entre celui qui parle avec une connaissance directe, personnelle de ce dont il témoigne et celui qui rapporte seulement ce qu'il tient d'un tiers. Voilà pourquoi l'Aymara place le passé devant lui et en parle avec une parole pleine, parce qu'il le connaît pour l'avoir vécu, comme l'internaute qui voit plein écran face à lui, les pages et les flux qui tous relèvent du passé puisqu'une connexion n'affiche que ce qui existe déjà sur le réseau. Et de même qu'un Aymara parle autrement du futur, qu'il lui tourne même le dos, puisqu'il n'en a pas la connaissance directe, l'internaute ne peut se déterminer ou agir face à des pages futures : tout ce qui se trouve en ligne relève du passé.

L'engagement, sur Internet, procède d'un effet rétro, d'un écho à ce qui est déjà publié. En regard du temps, le schéma est exclusivement tourné vers le passé et un passé qui confine au vertige puisque, sauf interruption du serveur qui l'héberge, une page ne disparaît jamais d'Internet. C'est ce qui provoque l'évocation récurrente de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges lorsqu'il s'agit de décrire le sort de l'humain face aux milliards de pages qui s'accumulent sur le réseau. Conteur, critique, romancier, Borges a ajouté à sa vocation d'artiste une pratique professionnelle en tant que directeur de la bibliothèque nationale de Buenos Aires. Sa mort a beau être antérieure à l'apparition d'Internet, des ouvrages comme Cy-Borges ou Borges 2.0 s'acharnent à trouver et trouvent au bout du compte dans ses écrits les prolégomènes du réseau. Comme l'invention de l'encyclopédie collaborative Wikipedia dans son conte Tlön, Uqbar, Orbis Tertius ou d'un index à la Google au service d'une bibliothèque numérique, virtuelle, inépuisable, à la dimension de la terre entière, anticipée dans un autre conte, La Bibliothèque de Babel. »

*

Intéressant essai qui analyse les comportements humains à l'ère de la connexion permanente (en contrepartie, utilisation de métadonnées qui vont encore plus loin que Big Brother!). Cette notion de temps — rapprochée au numérique — m'interroge doublement car elle m'avait déjà profondément marquée lors de mon séjour dans l'île de Taquile, sur le lac Titicaca.

* L’aymara désigne à la fois un peuple originaire de la région du lac Titicaca ainsi qu'une langue vernaculaire. L'aymara compte environ deux millions de locuteurs, essentiellement en Bolivie. Les variétés d'aymara forment une sous-famille linguistique avec les variétés de quechua. Selon Rodolfo Cerrón-Palomino, un des principaux spécialistes de ces deux langues, ce n'est pas le quechua, mais bien l'aymara qui était la langue officielle de l'empire inca, contrairement à une opinion répandue.

*

La condition numérique de Jean-François Fogel et Bruno Patino, p.59-61, éd. Grasset 2013.

*


Livres lus : Choix de poésie d'Anna de Noailles, éd. Grasset, 1979 ; Ermites dans la taïga de Vassili Peskov, traduit du russe par Yves Gauthier, éd. Babel, 2006 ; Des nouvelles d'Agafia de Vassili Peskov, traduit du russe par Yves Gauthier, éd. Actes Sud, 2009 ; Le Garçon incassable de Florence Seyvos, éd. de l'Olivier, 2013.


Echo

 

Lorsqu'une bibliothécaire me présente un ouvrage, dont je n'ai jamais entendu parler, qu'elle met au-dessus du panier, qu'elle me chuchote qu'elle est en train de le relire et n'accepte pas qu'il ne soit plus emprunté, qu'elle cherche le lecteur à qui le confier et qu'elle me désigne avec un sourire complice, je suis heureuse et me sens honorée. (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Les Jours perdus de Jérôme d'Astier, éd. Verdier, 1995 ; L'Armée furieuse de Fred Vargas, éd. Viviane Hamy, 2011 ; Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou, éd. Seuil 2013 ; Les Haïkus du peintre d'éventail de Hubert Haddad, éd. Zulma, 2013.


Echo

 

« On écrit des lettres comme on ouvre les fenêtres d'une chambre, pour en chasser l'air de la nuit et pour mendier de l'estime. Peut-être la littérature n'est-elle, en fin de compte, que la forme publique de cette perversion, une lettre soumise à plusieurs personnes à la fois. » (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : La Pension des nonnes, Mari-Barbola, Bords d'eaux, Querencia, Coeur de père de Pierre Veilletet, éd. Arléa 2013 ; Les Poissons ne ferment pas les yeux d'Erri de Luca, traduit de l'italien par Danièle Valin, éd. Gallimard 2013 ; Poèmes et Poésies de Philippe Soupault, éd. Grasset, "Les Cahiers rouges" 2013 ; Millefeuille de Leslie Kaplan, éd. POL 2012 ; Enfances de Sempé, éd. Denoël 2011 ; Enlèvement avec rançon d'Yves Ravey, éd. de Minuit 2010 ; Temps large - Anthologie 1948-1995 de François-René Daillie, éd. L'Escampette 1996.


Echo

 

Faut-il être sauvage pour opposer une refus vital d'obtempérer à des normes lorsqu'elles n'ont aucun sens à vos yeux, lorsque vous éprouvez un dédain amusé devant des fats qui, l'air triste et le regard de circonstance, se prétendent appelés dès leur venue au monde ? (lire la suite en cliquant ici)

 


Livres lus : Du bon usage de la lenteur de Pierre Sansot, éd. Rivages Poche 2000 ; Tout est rien de Giacomo Leopardi, traduit de l'italien par Eva Cantanavenera et Bertrand Schefer, éd. Allia 1998.


Echo

Il n'est pas vrai que l'oisiveté est la mère de tous les vices.
Elle est très absorbante et exige une application constante.

 

C'est la journée des surprises heureuses : je viens d'emprunter en bibliothèque 4 livres de Jean-Paul Kauffmann que je voulais lire depuis longtemps et je tombe en arrêt sur — devant le présentoir des livres conseillés — mon roman… ça fait drôlement plaisir !

Bercée par le bourdonnement soyeux que la pluie répand sur la nature, j'ai plongé tête la première et jusque tard dans la nuit dans La Maison du retour, aimantée par ce livre d'une sobre profondeur, écrit par un homme qui sait considérer avec distance, sans gravité excessive, les choses, les hommes et lui-même.

Jean-Paul Kauffmann, journaliste pris en otage au Liban avec Michel Seurat (mort en détention) dans les années 1985-88, raconte qu'à sa libération il choisit de s'installer dans les Landes. On l'écoute nous conter ses recherches, l'achat, l'installation. Le livre évoque principalement le temps des travaux car il a acheté une vieille maison pleine de charme mais inhabitable en l'état. Kauffmann y campe, seul, si l'on excepte, car ils parlent peu, les deux landais d'origine portugaise qui rénovent l'habitation.

C'est un livre entre parenthèse, un livre sur le retour à la vie, plein d'odeurs, de visions, de sons, de descriptions sensuelles, de recherche de sens, d'envie, d'allant, de lumière, de réflexion : " L'histoire n'est pas une chose abstraite venue de l'extérieur pour dominer les hommes, elle vient d'eux, de leur être profond. L'amateur est le contraire du fanatique. D'un côté la tolérance, le consentement à la vie, de l'autre la paranoïa, le narcissisme. (…) Je n'attends rien. Je réapprends le monde en épelant comme un enfant : nuages, arbres, ciel, vent… C'est si agréable d'ânonner ces noms et de savourer leur pouvoir. Je suis dans un état de confiance absolue avec cette maison et cet airial. Il est bien connu que l'homme seul n'a pas de désirs, il n'a que des besoins."

La présence émolliente de la forêt landaise, la torpeur de l'été, une qualité de silence et de vacuité, le temps qui desserre son carcan, tout l'invite à une sorte de reconstitution. Il a une façon de comprendre la nature qui me touche ainsi que le sens du féérique, le don de sympathie, l'art de choisir le détail expressif pour dire le contraste des saisons avec l'incohérence des hommes.

Cet homme seul, ex-otage, interpelle son entourage car peu comprennent son besoin de solitude après trois années d'enfermement.

Moi si. Et ce dialogue, je le comprends au-delà des mots car je le partage, vraiment :

- Je ne cherche pas l'isolement mais la solitude.
- Tu joues sur les mots.
- Ce n'est pas la même chose. Je vis ici à l'écart, mais je ne refuse pas pour autant la compagnie (la famille, les amis, les voisins passent). J'ai seulement besoin de paix, de recueillement. Le dehors m'intéresse de moins en moins.

*

Jean-Paul Kauffmann, La Maison du retour, éd. Nil 2007.

*


Livres lus : Dame en rouge sur fond gris de Miguel Delibes, traduit de l'espagnol par Dominique Blanc, éd. Verdier 1998 ; La Poussière du monde de Jacques Lacarrière, éd. Nil 1997 ; Le Mur invisible de Marlen Haushofer, traduit de l'allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon, éd. Babel 1992 ; Clair de femme de Romain Gary, éd. Folio 1982 ; Ce que je crois de Jean Rostand, éd. Grasset 1965.


Echo

Le bonheur sauve qui peut

Il faut aimer le bonheur malgré lui,
pardonner au bonheur de n'être pas durable,
goûter à pleine bouche à ses fruits empoisonnés.
Le bonheur est une notion commune
dont la recherche est un début de connaissance.
Ceux qui fuient le bonheur de peur qu'il ne se sauve
sont comme ceux qui se tuent par crainte de mourir.
Le bonheur sauve qui peut.
R.E.

 

Après une période de ressource physique et mentale en pleine nature je n'aspire qu'à prolonger cet état de sérénité et de bien-être... c'est pourquoi je lis principalement en ce moment des essais philosophiques.

Beaucoup d'apprentis philosophes se lancent hélas dans des élucubrations stériles, ressassées et alambiquées, en un baragouin qui entrelace des phrases ordinaires avec des mots à rallonge, glissant un peu de chinois et beaucoup de citations pour faire croire à leur sage et savante hauteur. Seuls les esprits engourdis ou non avertis accepteront de tomber dans le piège du pessimisme radotant de ces gâte-sauces qui n'est autre qu'une réaction panique à la prescience du pire. Parler de soi en versant de l'érudition absconse dans l'émotion est un mélange des genres qui n'est pas toujours une idée neuve et qui ne sert pas toujours la philosophie.

Je replonge donc dans des écrits qui ont un sens pour moi, qui m'aident à vivre, à cerner des subtilités, à rire de mes paradoxes et incompréhension, à tenter de comprendre pourquoi j'ai toujours préféré me tourner vers le bonheur, pourquoi cet acquiescement à la vie, pourquoi ce parti pris d'optimisme si ce n'est une manière de lutter contre la fatalité ? Je pense qu'avoir vécu longtemps au cœur de la souffrance des hommes, par le truchement d'un métier entièrement tourné vers le soulagement et la guérison — avec évidemment sa part d'ombre, son immense pendant d'agonies et de morts — m'a très tôt fait prendre conscience de la chance de savoir vivre en jouisseur plutôt qu'en victime, puisque le concept même de vivre et mourir est absurde, vivre en joueur fou plutôt qu'en défaitiste. J'aime cet allant et cette modestie traduisant le bonheur d'être vivant.

Entre douceur d'être et douleur de penser, seule la fugue dans l'harmonie mérite le voyage. La rêverie y participe grandement car rêver est une éducation du regard par les yeux de l'âme. J'en suis donc venue à penser, par coïncidence d'êtres croisés ou fantaisie de la providence, que pour être généreux il était nécessaire d'être heureux.


Livres en cours de relecture : Quelque part dans l'inachevé... de Vladimir Jankélévitch ; Le Mythe de Sisyphe d'Albert Camus ; L'Art d'être heureux d'Arthur Schopenhauer ; La Sérénité intérieure de Plutarque ; La Vie heureuse de Sénèque ; Le Tao & Anthologie chinoise ; Traversée des ombres de J.-B. Pontalis ; Le Philosophe de service et autres textes de Raphaël Enthoven ; Connais-toi toi-même… et fais ce que tu aimes de Lucien Jerphagnon ; L'Utilité de l'inutile. Manifeste de Nuccio Ordine, traduit de l'italien par Luc et Patrick Hersant, éd. Les Belles Lettres 2013.

Echo

 

En lisant La Procrastination du philosophe américain John Perry, un essai amusant que je conseille à tous les procrastinateurs, je me suis posée une question non évoquée dans ce recueil : peut-on le devenir ou est-ce inné ?

En effet, ayant toujours eu tendance à une maniaquerie perfectionniste — jamais ô grand jamais je n'ai appartenu à cette catégorie de personnes qui repoussent l'échéance d'une tâche "urgente" par paresse, ceci étant certainement dû, en partie, à l'éducation militaire que j'ai subie — je me suis toujours acquittée, avec une quasi précision de métronome, des devoirs que mes différents métiers m'imposaient. Question de principe.

Or, en vieillissant, je me rends compte d'un glissement, d'une certaine tendance à ne plus me précipiter sur les corvées pour m'en débarrasser, espérant que par magie la liste sans fin des obligations disparaisse, noyée dans le temps. J'imagine d'une part que le fait d'avoir œuvrer deux décennies dans un milieu (médical) où l'urgence a un sens et ne peut être détournée sous un prétexte fallacieux, et d'autre part qu'avoir exercer dans d'autres secteurs d'activité (principalement tournés vers les chiffres et les lettres) où j'ai pu sonder l'inanité et la vacuité de ce mot — pourtant brandi plusieurs fois par jour par des êtres sûrs de leur importance — ont changé mon comportement. Contrairement aux vrais procrastinateurs qu'évoque John Perry, je ne me leurre derrière aucun subterfuge en dressant des listes que je bifferais d'un trait rouge pour me donner du courage. Je ne fais que, sciemment, reporter des obligations "urgentes".

C'est avec un plaisir évident que je me retrouve en totale osmose avec Mark Twain : "Ne jamais remettre au lendemain ce que l'on pourrait faire le surlendemain." Entre importance de vivre et urgence des autres, il n'y a souvent qu'un pas à franchir : je viens de perdre mon temps sous la pluie en remplaçant un arbre, qui faisait trop d'ombre et prenait trop de place, par des fleurs, colorées et vivaces. Je suis dans les temps, le printemps cette année étant le plus grand proscrastinateur que je connaisse !

*

La Procrastination de John Perry, traduit de l'anglais (États-Unis) par Myriam Dennehy, éd. Autrement 2012.

*


Livres lus : Les Dimanches de Jean Dézert suivi de L'Horizon chimérique & Contes de Jean de La Ville de Mirmont, éd. La Table Ronde 2013 ; Carnet intime (BD) de Zep, éd. Gallimard 2011 ; Claude Gueux de Victor Hugo, éd. Magnard 2003 ; Un jardin pour mémoire de Jacques Lacarrière, éd. Nil 1999 ; Maison des autres de Silvio D'Arzo, traduit de l'italien par Bernard Simeone, éd. Verdier 1997.


Echo

Indignation

 

« Pourquoi l'indignation est-elle si consensuelle ? Pourquoi, de toutes les valeurs, de toutes les attitudes, l'indignation est-elle à peu près la seule qu'on ne conteste jamais ?

Parce que l'indignation n'est pas une valeur, mais une réaction. Elle ne relève pas de la réflexion, mais du réflexe. Elle est, à cet égard, compatible avec tous les discours, toutes les opinions : on peut s'indigner des violences policières comme de l'agression d'un CRS, des attentats du Hamas comme des bombardements israéliens… L'indignation est comme l'ultra levure : elle a sa place dans tous les gâteaux. Simultanément plastique et stable, l'indignation s'adapte à tous les combats, dignifie toutes les luttes, embellit tous les dogmes. Quelles que soient vos certitudes, il y a toujours l'indignation qui leur convient. C'est commode.

Parce que l'indignation est une myopie délibérée, une cécité volontaire qui refuse d'aller au-delà du spectacle qui l'indigne : jugeant avant de comprendre, séparant les faits des mécanismes qui leur ont donné le jour, l'indignation permet à chacun d'émettre un avis qu'aucun raisonnement n'invalide. C'est évident : comment remettre en cause un discours qui ne s'occupe que des effets ? Autant contester l'incontestable. Quel cœur de pierre n'est pas indigné par l'injustice, la société du spectacle, le racisme, la misère et la faim ? Comment argumenter face à celui qui, disqualifiant a priori la situation qu'il désigne, s'épargne la peine d'en penser l'émergence ? C'est le tour de force de l'indignation : elle s'appuie sur les faits tout en se rendant hermétique à toute réfutation. L'indignation ne prend aucun risque : quel qu'en soit le motif, s'indigner, c'est avoir raison.

On présente souvent l'indignation comme un antidote à l'égoïsme alors qu'elle en est le digestif et le paravent et que, à l'image du père qui lutine sa fille tout en s'indignant de la condition des femmes, l'indignation offre à l'incurie l'écrin d'une bonne conscience qui autorise toutes les infamies. Dès lors, autre avantage : l'indignation est indéfiniment renouvelable. N'ayant, face au réel, que la ressource de l'anathème et de la déploration, puisant dans l'hiatus entre le monde comme il est et le monde comme il devrait être la matière de sa rage, le phénomène publicitaire de l'indignation se trouve toujours une raison d'être. Peu importe que l'indignation, toute morale, culmine dans l'impuissance : l'essentiel est de s'indigner, ce qui n'engage à rien. Debout, les indignés de la Terre, c'est l'heure de lever le poing sans vous salir les mains! L'indignation est un art de ramper la tête haute, qui a besoin de causes comme la charité a besoin de pauvres : son propos n'est pas de changer le monde, mais d'y trouver l'occasion et s'en plaindre. Avec l'indignation, l'honneur est sauf – tout comme l'ordre établi. Bien qu'elle se donne l'air de porter le monde sur les épaules, l'indignation est irresponsable de tout. Seule compte la tranquillité vindicative qu'elle garantit à celui qui s'indigne.

Enfin, et pour toutes ces raisons, l'indignation a ceci de génial qu'étant l'affect rousseauiste par excellence elle donne le sentiment d'être iconoclaste tout en appartenant à la majorité. Elle consiste à hurler avec la meute tout en persuadant l'indigné qu'il est son seul maître. Elle a l'air de la révolte, mais c'est un sédatif. Dormez, braves gens, faites comme tout le monde, indignez-vous ! »

*

Je suis heureuse d'enfin lire ce que je pense de ce phénomène... oui, toutes ces indignations, pétitions, buzz ("Le Buzz est le cri de ralliement d'une colonie pavlovienne qui réduit un phénomène à son trognon en le diluant dans l'intérêt transitoire qu'il inspire.") et autres moyens d'avoir la conscience tranquille sans rien faire m'ont toujours dérangées. Changer le monde, je n'y crois pas, par contre, au quotidien, dans un entourage proche et choisi, concourir fraternellement à changer celui de ceux qui en souffrent ou le subissent, est beaucoup plus intéressant. Je crois aux attentions et pratiques de l'ombre (car elles sont réelles et n'ont besoin d'aucun audimat pour exister) pas au brouhaha d'une meute moutonnière. Mettre en pratique des théories, même de façon partielle, a déjà le mérite de l'action (battement d'ailes du papillon...).

*

Raphaël Enthoven, Matière première, éd. Gallimard 2013, p. 24-27

*


Livres lus : L'Étranger (BD) de Jacques Ferrandez, éd. Gallimard 2013 ; L'Ombre douce de Hoai Huong Nguyen, éd. Viviane Hamy 2013 ; Requiem pour un père de Josef Winkler, traduit de l'allemand (Autriche) par Bernard Banoun, éd. Verdier 2012 ; Les Heures silencieuses de Gaëlle Josse, éd. Autrement 2011 ; Tous les enfants sauf un de Philippe Forest, éd. Folio 2008.


Echo

Il n'y a rien de plus beau qu'une clé, tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre.
Maurice Maeterlinck

 

S'il y a bien une chose en laquelle je crois c'est la rencontre heureuse de la vie et de la littérature !

J'ai relu en janvier — afin de préparer ma randonnée de mai — Voyage avec un âne dans les Cévennes*, puisque j'allais emprunter en partie son chemin ; également, la belle flânerie cévenole En remontant les ruisseaux*, évoqués dans un précédent billet.

En février, parce que j'ai le désir ardent de lire tranquillement toute la bibliographie de Romain Gary, j'emprunte au hasard dans une bibliothèque ses Cerfs-volants*, roman où l'écrivain évoque une folle et merveilleuse histoire d'amour franco-polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi Chambon-sur-Lignon, village des... Cévennes !

En mars, grâce au bouche-à-oreille, j'achète un merveilleux premier roman, Les Mêmes étoiles* et je découvre par surprise qu'il se déroule en Lozère pas loin des Cévennes, l'auteur faisant même allusion à la fille du receveur des postes de Langogne, d'où nous partirons !

Par curiosité et sous le conseil avisé d'une bibliothécaire, je réfléchis ensuite sur Aurais-je été résistant ou bourreau ?*, un essai captivant qui évoque entre autre Chambon-sur-Lignon (encore!) où pendant les quatre années que dura la Seconde Guerre mondiale, sous l'égide du pasteur André Trocmé, de sa femme Magda et avec l'aide de toute la population, ce village protestant a sauvé de la déportation plusieurs milliers d'adultes et d'enfants juifs.

Je vais donc avancer dans une région d'Histoire et je n'en savais rien avant d'ouvrir ces bouquins qui n'avaient, à prime abord, aucun lien avec elle ni entre eux. Quelle succession d'heureuses coïncidences !

Il me faut à présent tout savoir. Bayard fait référence à un livre ancien que je m'empresse d'acheter, puis de lire en avril avant de partir : Le Sang des innocents* écrit par un professeur américain de philosophie et d'humanité qui s'est rendu sur les lieux trente ans après la Libération pour comprendre l'histoire qui reliait ces deux types d'individus (les tueurs et les sauveteurs) entre eux et à leur époque. L'enquête révèle le courage exceptionnel de ce petit village huguenot qui, par la force de ses convictions morales, par sa richesse spirituelle et son abnégation, osa affronter l'invincibilité du mal et de la force brute, osa lui résister par un refus non seulement éthique mais actif et non violent. L'auteur montre comment le bien a pris racine, s'est manifesté puis propagé au village, par le truchement de personnalités très différentes, habitées d'une même conscience, d'une morale de combat exigente, d'une générosité et d'une bonté évidentes. Cette solidarité, cette résistance publique (non politique) sortent presque d'un conte et pourtant elles furent réalité.

On m'a souvent demandé comment je choisissais mes lectures, en voici un exemple. En suivant les envies du moment, les conseils avisés d'amis, les ponts proposés dans mes lectures, en fouillant fidèlement le fonds des biblis, en écoutant surtout ma petite voix qui, loin du brouhaha, encourage l'archéologue dans l'âme que je suis à cultiver sans cesse un terreau propice à l'inattendu, privilégiant la beauté et la rencontre de l'inconnu. Je vais probablement continuer avec l'économiste & écrivain José Luis Sampedro, dont j'avais adoré à sa sortie en 1994 son magnifique roman, Le Sourire étrusque. Ce farouche indigné espagnol a cassé sa pipe la semaine dernière à 96 ans, il prônait une économie plus humaine et solidaire.

Lire est un travail d'innocent, passionnément vivant !


Livres lus : Voyage avec un âne dans les Cévennes, Robert Louis Stevenson, traduit de l'anglais (Écosse) par Léon Bocquet, éd. Flammarion 1993 ; En remontant les ruisseaux, Jean Rodier, éd. L'Escampette 2010 ; Cerfs-volants, Romain Gary, éd. Folio 1983 ; Les Mêmes étoiles, Bernard Pignero, éd. Gallimard 1998 ; Aurais-je été résistant ou bourreau ?, Pierre Bayard, éd. de Minuit 2013 ; Le Sourire étrusque, José Luis Sampedro, traduit de l'espagnol par Françoise Duscha-Calandre, éd. Métailié, collection "Suites" 2012.


Echo


Au fond du temps verdoie un merveilleux silence.
Jean Follain

 

Ô joie ! Le printemps arrive sur la pointe des branches. Je vais me mettre au vert, comme un cheval, et laisser tous mes harnais à l’écurie. En petite et précieuse compagnie, je vais emprunter le chemin cévenol de Stevenson. Modestine* ne portera pas nos sacs mais Vicking — un adorable flat coat retriever qui a l'habitude de nos escapades à la gris-nuit et dans la transparence heureuse des premières aubes claires — sera notre fidèle éclaireur. Portée par la force et le désir de la beauté, je me sens toujours revigorée au contact de la nature, stimulée par le lien avec les êtres naturels. Je me régénère par le sauvage, notion qui renvoie à l’origine primitive, où la vie n’est pas apprivoisée et affadie, notion qui suggère une sauvagerie sans cruauté, sans férocité destructrice. La marche dans la nature est aussi et surtout une activité mentale et sensuelle, contemplative et régénérative, elle a sur moi une vertu sanatoire. J'aime la marche pour sa connaissance diffuse (le fameux Gai Savoir), j'y savoure l'abandon sans relâchement car la pensée s'absente, pas son éveil paradoxal. Sachant qu'il n'y a pas de retour à la Nature possible — quand elle est supposée vierge ou originelle — je suis entière dans l'attention d'un animal en maraude, en quête de sensations intenses et fugitives que la joie, de démasquer puis d'admirer l'euphonie cachée des paysages, procure.

Chaque échappée étant aussi belle avant, pendant, qu'après, j'ai commencé le voyage en me plongeant dans l'atmosphère enchantée du Haut Gévaudan de Jean Rodier**. Lentement, mot à mot, en osmose, je provisionne sensations, vertige, descriptions sensuelles, en accord majeur avec une petite musique qui enchante oreille et cœur, nourrit le corps au plus intime car perfuse une sève généreuse, celle d'un écrivain qui se donne pleinement : « Il me semble parfois — mais peut-être suis-je fatigué, vieillissant — que le chaos, par petites touches ou grands soubresauts, contamine le monde, que la pensée partout se heurte à des apories, que le grand prédateur n'a plus qu'à exercer sa domination sur la manière dont il va disparaître. Ne reste plus alors qu'à se tourner vers les belles choses, l'amour, les grues qui strient le ciel et font résonner l'étendue, les vastes plaines ondulantes, l'océan, l'alouette ivre d'être, la curiosité de l'écureuil, la forêt odorante, les lacs, les montagnes que l'homme n'a pas abîmées, la floraison de l'aubépine, les vestiges du bocage, les chemins creux, l'ardeur des chevaux, quelques musiques, quelques livres, une bouteille de bon vin, du chocolat, un fromage de chèvre et un pain de seigle… ou aller au bord de sa rivière des rivières du Haut Gévaudan, de ce ruisseau, dans ce vallon, dans ce matin quand la rosée s'évapore, que la terre se réchauffe… Les premiers grillons chantent, la brise agite la feuille des saules, des truitelles gobent dans un plat, une buse crie. Dans l'esprit tout embarrassé, tout encombré, le tumulte s'apaise, les miasmes se dispersent, les impuretés, les sédiments se déposent sur le sable piqueté de mica, la constriction des pensées est dénouée par le vent, tout passe et tout est toujours là, la mémoire est mémoire du granit, bientôt c'est le ruisseau tout entier qui coulera dans l'esprit avec ses clapotis, sa faune, l'odeur de ses rives, le reflet des arbres, des nuages, des montagnes. »

En remontant les ruisseaux, petit livre blanc au titre couleur terre de sienne, est un ravissant vagabondage sur l'Aubrac et la Margeride. Il est porté par une sérénité sans faille, une solide allégresse intérieure. J'y respire une impression de fraîcheur et de campagne vierge, un air pur, vivifiant et léger, une odeur composite de paix, de justesse et de belle littérature. La folie des truites en pleine montaison dans le scintillement du courant, l'odeur entêtante des narcisses, les jeux de l'amour de quelques hermines entrevues en apnée, le jaune chaud des nappes de pissenlits, les chevaux qui somnolent dans la dernière douceur y côtoient Élien, Orwell, Plutarque, Bachelard, Lucrèce, Whitman, Gracq, Thoreau et Pessoa, magnifiquement ressuscités. Leurs ombres tutélaires planent sur le rouge cuit des tuiles, les lourdes lauzes luisantes de rosée et les ruisseaux plus ou moins gros où Jean Rodier partage avec plaisir sa pratique de « la pêche à rôder ». L'aventure littéraire n'a donc rien de spectaculaire, elle est à la fois solitude, horizon, humilité, modestie, plénitude. Elle éclaire sans briller, accélère le cœur, embaume l'âme, donne des picotements dans les jambes, restitue une vigueur explosive que l'on porte en soi. Je me surprends à devenir gloutonne, dévorant les pages, remontant les kilomètres de beauté promise. Je me calme, me refreine, fais marche arrière. J'ai le temps et veux continuer de faire bon usage de la lenteur. J'inspire et reviens en amont du cours de cette lecture, sur le « chemin vers une harmonie entre l'activité humaine et l'activité animale, minérale, végétale, aquatique… dans le renoncement à tout dominer, asservir, retailler, redresser… » Ma mise au vert n'a plus qu'à patienter l'agrandissement des jours qui autoriseront le départ en mai. Dans l'attente, cette poudre d'escampette a illuminé mes nuits comme une nouvelle lune, déposant en moi une particule de joie, que j'espère contagieuse.

* Modestine : surnom de l'ânesse qui accompagna Stevenson en 1878 de Monastier à Saint-Jean-du-Gard. On peut encore lire aujourd'hui leur journal de route intitulé Voyage avec un âne dans les Cévennes.

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** En remontant les ruisseaux de Jean Rodier, éd. L'Escampette 2010.

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Livres lus : Yellow Birds de Kevin Powers, traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson, éd. Stock 2013 ; Mon dernier livre - 1940 de Marina Tsvetaeva, traduit du russe par Véronique Lossky, éd. Cerf 2012 ; Ici ça va de Thomas Vinau, éd. Alma 2012 ; Barcelone, Itinéraires et bifurcations de Mercè Ibarz, éd. Autrement 2012 ; Polina (BD) de Bastien Vivès, éd. Casterman 2011 ; Ascension de Ludwig Hohl, traduit de l'allemand par Luc de Goustine, éd. Attila 2007 ; Cœur élégie rouge de James Sacré, éd. André dimanche 2001 ; Adieu ma chère Pillule de Giacomo Leopardi, éd. Allia 1999 ; Le Dieu des poètes de Bernard Noël, éd. Paupières de Terre 1991 ; La Peste d'Albert Camus, éd. Folio 1972.


Echo

Livres de lecture

Notre identité, c’est notre façon de voir et de rencontrer le monde :
notre capacité ou notre incapacité de le comprendre, de l’aimer,
de l’affronter et de le changer.

Claudio Magris, Alphabets

 

En silence et gourmandise, je me délecte depuis une douzaine de mois des Alphabets de Claudio Magris parus au printemps 2012 chez L'Arpenteur. Un recueil d'essais de 550 pages, dans la lignée du très bel Utopie et désenchantement (2001), écrit par un humble érudit qui partage ses coups de cœur de lecture en se livrant à une méditation littéraire, éthique et civique. Des Alphabets qui nous apprennent à lire le monde et les autres. Un livre de chevet qu'il fait bon conserver afin d'y revenir durant des années. Je ne pouvais taire ma lecture de cet ouvrage génial dont le premier chapitre s'intitule « Livres de lecture » signé par un grand de la littérature européenne. Cet italien humaniste est une source infinie de réflexions, de lectures et d'écriture (une de ses lectures est à l'origine de mes Bouts de ciel entre les doigts), à commencer par celles de ses livres. Voici un passage de « Livres de lecture » que j'offre aux amateurs de littérature :

« J'ai toujours pensé que la littérature, dans son essence, est un récit oral et anonyme ; il vaudrait mieux que les auteurs n'existent pas ou du moins ne soient pas identifiés, qu'ils soient toujours morts ou contraints à l'ncognito et à la clandestinité. [...] Aujourd'hui, une histoire de la littérature tend à être une histoire "de l'activité littéraire", c'est-à-dire qu'elle se propose de tenir compte de tout le processus, de plus en plus vaste et complexe, de la production expressive. Comme cette dernière n'a parfois qu'un rapport si vague, si général et si distendu avec l'art qu'on a du mal à la distinguer de tout le reste, l'histoire littéraire, particulièrement dans ces dernières années, a exacerbé cette solide et concrète conception historico-sociale jusqu'au ridicule, dissolvant ainsi toute spécificité du texte littéraire en un sociologisme indifférencié qui met sur le même plan Leopardi et les spots publicitaires en arguant qu'il s'agit indubitablement dans les deux cas de faits expressifs, avec pour résultat de noyer et de perdre dans ce flux indistinct toute individualité. » Claudio Magris, Corriere della Sera, 2005.

La lecture de ces passionnants Alphabets me prend du temps car je les abandonne souvent le temps d'une lecture proposée, avant d'y revenir. J'ai donc replongé dans les écrits de Giacomo Leopardi (1798-1837), notamment dans ses Pensées parues chez Allia en 1994 — Allia a un catalogue formidable, fouillez-le. Elles sont tellement lucides, justes, profondes ces Pensées de Giacomo tirées de son merveilleux Zibaldone... Un passage d'actualité, sur le comportement en société :

« Je me suis longtemps refusé à tenir pour vrai ce que je vais dire, car compte tenu de la singularité de ma nature et du fait que l'on tend toujours à juger les autres d'après soi-même, je n'ai jamais été porté à haïr les hommes, mais au contraire à les aimer. C'est l'expérience qui, non sans résistance de ma part, a fini par me convaincre ; mais je suis sûr que les lecteurs rompus au commerce des hommes, reconnaitront la justesse de mes propos ; tous les autres les trouveront excessifs, jusqu'au jour où l'expérience, s'ils ont jamais l'occasion de faire réellement l'expérience de la société humaine, leur ouvrira les yeux à leur tour.

J'affirme que le monde n'est que l'association des coquins contre les gens de bien, des plus vils contre les plus nobles. Lorsque plusieurs coquins se rencontrent pour la première fois, ils se reconnaissent sans peine, comme par intuition, et entre eux les liens se nouent aussitôt ; si d'aventure leurs intérêts s'opposent à leur alliance, ils n'en conservent pas moins une vive sympathie les uns pour les autres et se vouent une mutuelle considération. Quand un coquin passe un contrat ou engage une affaire avec un individu de son espèce, il agit le plus souvent loyalement sans songer à le tromper ; a-t-il en revanche à traiter avec des honnêtes gens, il leur manque nécessairement de parole et, s'il y trouve avantage, s'efforce de les perdre. Il lui importe peu que ses victimes aient assez de cœur pour se venger, puisqu'il espère toujours, comme cela se vérifie presque à coup sûr, triompher de leur courage par la ruse. J'ai vu plus d'une fois des hommes d'une couardise extrême, ayant à choisir entre un coquin plus couard encore et un honnête homme plein de courage, embrasser par lâcheté le parti du coquin ; mieux, c'est ce qui arrive régulièrement aux gens du commun placés en pareille situation, car les voies de l'homme de bien sont simples et communes et celles du scélérat multiples et obscures. Or, comme chacun sait, l'inconnu effraie davantage que le connu et l'on échappe aisément à la vengeance des gens de cœur, car la peur et la lâcheté suffisent pour s'en préserver. Mais ni la peur, ni la lâcheté ne peuvent garantir des persécutions secrètes, des guet-apens, ni même des coups attendus qui proviennent d'un ennemi sans scrupules. Si généralement, dans la vie courante, le véritable courage intimide fort peu, c'est qu'étant dénué de toute imposture, il n'est entouré d'aucun de ces menaçants apprêts qui rendent les choses réellement terrifiantes ; et souvent on ne le prend même pas au sérieux. Les coquins au contraire se font craindre parce qu'à force d'imposture ils se voient bien souvent prêter du courage.

Rares sont les coquins qui restent pauvres, car pour ne citer qu'un exemple, si un homme de bien tombe dans la misère, nul ne vient le secourir et nombreux même sont ceux qui s'en réjouissent ; mais si c'est à un scélérat que cela arrive, toute la ville se lève pour l'aider. On peut aisément deviner la raison : nous sommes naturellement affligés par les misères de ceux dont nous partageons la vie et le sort parce qu'elles nous semblent autant de menaces pour nous-mêmes ; et lorsque nous le pouvons, nous y portons volontiers remède, car l'indifférence équivaudrait, nous le savons bien, à accepter d'être traité sur le même pied quand viendra notre tour. Or les coquins, qui sont au monde les plus nombreux et les plus riches, considèrent chacun de leurs pareils, même s'ils ne le reconnaissent pas directement, comme un frère et un ami, et ils se sentent tenus de le secourir dans les revers, du fait de cette espèce d'alliance que j'évoquai plus haut. Il leur paraît également scandaleux qu'un homme connu comme un des leurs soit vu dans la misère ; car le monde, qui honore toujours en paroles la vertu, et l'opprobre qui en rejaillirait sur eux tous ne manquerait pas de leur nuire. Aussi, pour éviter ce scandale, ils se donnent tant de peine que l'on trouve peu de scélérats, à moins qu'il ne s'agisse de gens de rien, qui, frappés d'infortune, ne se relèvent d'une façon ou d'une autre.

En revanche, les gens de bien et les hommes de cœur, qui se distinguent de la masse, sont tenus par elle pour des êtres d'une autre espèce ; non seulement on ne les regarde pas comme des frères et des amis, mais on les excepte volontiers du droit commun, et comme on le voit sans cesse, on les persécute plus ou moins sévèrement selon le degré de scélératesse ou d'ignominie de l'époque où il leur est échu de vivre. En effet, de même que, dans l'organisme, la nature tend toujours à se purger des humeurs et des principes incompatibles avec les constituants du corps, de même, dans les grands complexes humains, la nature ordonne que quiconque diffère grandement de l'ensemble, surtout si cette différence marque en même temps une opposition, soit anéanti ou expulsé par tous les moyens. Ce sont toujours les meilleurs et les plus nobles qui sont les plus détestés, car ils sont sincères et appellent les choses par leur nom. C'est là une faute impardonnable pour le genre humain qui ne hait jamais tant celui qui fait le mal, ni le mal lui-même, que celui qui lui donne son  vrai nom. Si bien que souvent le criminel obtient richesse, honneur et puissance, tandis que celui qui stigmatise ses agissements est envoyé au gibet ; les hommes sont en effet toujours prêts à supporter les pires tourments venant des autres ou du ciel, pourvu qu'en paroles on ait soin de les épargner. »


Livres lus : Sentinelles de Cécile Wajsbrot, éd. Christian Bourgois 2013 ; Sept jours sur le fleuve de Henry David Thoreau, traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Gillyboeuf, éd. Fayard 2012 ; Le Rapetissement de Treehorn de Florence Parry Heide & Edward Gorey, éd. Attila 2009 ; La Confession d'hiver de Jacques Chauviré, éd. Le Temps qu'il fait 2007 ; Palermo solo de Philippe Fusaro, éd. La Fosse aux ours 2007 ; On se les gèle, anthologie japonaise de haïkus d’hiver, éd. Moundarren 1990 ; Albert Camus, soleil et ombre de Roger Grenier, éd. Gallimard 1987 ; Lettres de Katherine Mansfield, éd. Stock 1985.


Echo

 

Je suis bien entourée, et des gens bien ne courant pas les rues, je partage cette lettre d'Elena Zayas, une amie traductrice avec qui j'ai travaillé en 2006 (interview, animation de rencontres en médiathèque) autour des romans de l'écrivain cubain Leonardo Padura qu'elle avait traduit.

Le livre dont elle parle dans la lettre ci-dessous, qu'elle a entièrement constitué, traduit, et pour lequel elle se bat est : Laura à la Havane de Angel Santiesteban, éditions L'atinoir.

« Angel Santiesteban. Je l'ai rencontré à La Havane en 2006. Je désirais le connaître car j'avais déjà lu un de ses livres, que j'avais trouvé vraiment original et fort, sur la guerre d'Angola (je faisais des recherches sur ce sujet à l'époque). Il m'a alors donné son dernier recueil et j'ai tellement été emballée que je lui ai promis de faire mon possible pour le faire publier en France. J'y suis arrivée... enfin, cet hiver. Ce sont des textes très forts comme tu verras. J'ai choisi dans ses divers livres des nouvelles très différentes dont certaines n'ont pas encore été publiées, pour donner un rapide aperçu de ses qualités littéraires. Le plus terrible c'est qu'il a déjà connu la prison, tout jeune condamné, pour avoir aidé sa sœur à tenter de sortir de Cuba. (Sa sœur a fait 12 ans de prison puis à sa sortie, elle a recommencé une tentative, réussie cette fois-là). Angel n'a jamais voulu partir bien qu'il se soit rendu à l'étranger. Angel est un opposant féroce du régime et depuis le 28 février il est en prison condamné pour violation du domicile de son ex-femme, certainement manipulée. Je fais ce que je peux pour aider Jacques Aubergy, l'éditeur de Marseille, à diffuser ce livre, ce qui est d'autant plus important dans le contexte actuel pour Angel. Alors, si ses nouvelles t'intéressent, tu peux peut-être en parler autour de toi. »

J'en parle donc autour de moi car j'ai lu ce recueil que je trouve aussi remarquable. L'écriture est concise, le style vif et alerte, les registres variés, je partage l'avis de Karla Suárez en préface. N'hésitez pas à l'acheter, le lire, le faire lire si vous le trouvez intéressant. Ce serait un bel acte de résistance et de soutien pour tous ces écrivains que les traducteurs, libraires et petits éditeurs se décarcassent à promouvoir, croyant librement au pouvoir de leurs écrits et à celui, prescripteur, de leurs lecteurs.


Livres lus : Géronimo a mal au dos de Guy Goffette, éd. Gallimard 2013 ; Marcher & Une promenade en hiver de Henry David Thoreau, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicole Mallet, éd. Le Mot et Le Reste 2013 ; La Meilleure façon de s’aimer d’Akli Tadjer, éd. JC Lattès 2012 ; Wilderness de Lance Weller, traduit de l’américain par François Happe, éd. Gallmeister 2012 ; Job - Roman d’un homme simple de Joseph Roth, traduit de l’allemand par Stéphane Pesnel, éd. Seuil 2012.


Echo

L'écriture comme un couteau

Là où la vie emmure, l'intelligence perce une issue.
Marcel Proust

 

En lisant par curiosité ce livre d'entretien* mené par Frédéric-Yves Jeannet en 2002 — je dis « par curiosité » car je ne suis pas une grande lectrice d'Annie Ernaux mais j'aime lire les entretiens d'écrivains — je suis tombée sur ces phrases qui me parlent :

« Les lieux communs et les idées reçues à propos de la littérature sont très fatigants, parce que ceux qui les émettent se croient généralement supérieurs et les assènent avec une certitude qui ferait rire dans d'autres domaines (c'est moi qui souligne). C'est le bouleversement, la sensation d'ouverture, d'élargissement, qui fait pour moi la littérature. »

Après y avoir longuement réfléchi, après avoir lu ad nauseam sur la toile des échanges vifs au ras des pâquerettes de pseudo-intellectuels, après avoir entendu de passionnants débats lors de mes animations publiques avec de nombreux écrivains sur ce thème, je partage l'avis d'Annie Ernaux. Quelle meilleure définition pourrait-on donner ?

Elle écrit plus loin : « Il faut aussi rappeler qu'au XIXe siècle, c'est la poésie qui est considérée comme "la littérature", non le roman. À un moment donné, sans qu'on sache toujours pourquoi, tel livre devient un objet esthétique, tel genre devient littéraire… »

C'est également important de le rappeler aujourd'hui où le roman est quasiment le seul genre littéraire qui intéresse les marchands de papier et les colonnes de la presse. J'en lis, bien sûr, mais je lis plus de poésie, d'essais, de correspondance, de journal, d'OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) que de roman. Suis-je la seule ? Probablement pas. Suis-je représentative du lectorat français. Probablement pas non plus. N'en demeure pas moins une véritable interrogation littéraire…

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* L'écriture comme un couteau d'Annie Ernaux & Frédéric-Yves Jeannet, éd. Folio 2011.

*


Livres lus : Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse, éd. Autrement 2012 ; Une comédie humaine de William Saroyan, traduit de l’anglais (USA) par Yvonne Brun, éd. Phébus « Libretto » 2012 ; Comment j’ai fait mon dictionnaire d’Émile Littré, éd. du Sonneur 2010 ; Uruguay de Jules Supervielle, éd. des Équateurs 2007 ; L’Aliéniste de J-M. Machado de Assis, traduit du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, éd. Métailié 2005 ; Souvenirs d’enfance et de jeunesse de John Muir, traduit de l’anglais (Écosse) par André Fayot, éd. Corti 2004 ; Le Chevalier silence de Jacques Roubaud, éd. Gallimard 1997 ; Agostino d’Alberto Moravia, traduit de l’italien par Marie Canavaggia, éditions Flammarion 1983.


 

 

 

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