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A l'orient de tout de François Cheng. Éditions Gallimard, collection "Poésie", 2005.

 

 

Extrait :

DOUBLE CHANT - Un jour, les pierres l’arbre en nous a parlé

Frayeur bue
Douleur tue

Se livrer à la foudre
Est-ce déjà trahir

Toute fêlure semence
Toute fracture naissance

Frayeur bue
Douleur tue

Eternel premier cri

 

 

 

Avoir tout dit
            et ne plus rien dire
Accéder enfin au chant
            par le pur silence
T’ouvrant là
            sans retenue
A l’appel d’un geai
Aux cris des cigales
Au pin jailli de toi
            te brisant les entrailles

Sous le ciel uni
Qu’effleure seul
            un nuage

 

 

 

CANTOS TOSCANS

D’un instant à l’autre, l’éclair va passer,
La campagne est pleine
De frayeur, d’attente.
Une tourterelle rappelle

Les anciens oracles.

 

 

 

Le tragique ne doit pas nous détourner
De notre vocation d’ici, de dire
Ce que le souffle de vie a promis,
Et ce que nous-mêmes nous promettons.
Branche gorgée de sève, ou fracassée,
Fruit gonflé de lait, ou éventré,

Rires et pleurs renouent l’invisible fil.

 

 

 

LE LONG D’UN AMOUR

Un seul regard reprend tous les regards
Un seul mot libère tous les échos
Un seul geste rompt l’unique fièvre
Un seul geste rouvre toutes les veines

Nul sang n’est perdu nulle chair vaine

 

 

 

Lorsque nous nous parlons
Le rêve est à portée
Lorsque nous nous taisons
Le rêve demeure intact

Apprenons à cueillir
Tout instant qui advient :
Sente gorgée de soleil
Grisée de lune, clairière…

 

 

 

QUE DIRA NOTRE NUIT

Car ce qui a été vécu
            Sera rêvé
Et ce qui a été rêvé
            Revécu

Nous n’aurons pas trop de nuits

Pour brûler les branches tombées
            A notre insu
Pour engranger l’odeur durable
            Des fumées

 

 

 

LE LIVRE DU VIDE MEDIAN

La beauté est une rencontre

Mais nous ramassons le caillou
            Sur le chemin
Le tenant à peine dans la main
Puis sans y penser
            Le jetons plus loin

Pendant que le couchant
Effleurant le mont
S’attarde un bref instant
Puis sans se retourner
            Va son chemin

 

 

 

A l’orient de tout, là où se souvient
La mer, l’orage a dispersé écailles
Des dragons, carapaces de tortues
Nous nous prosternons vers le pur silence
Régnant par-delà la terre exilée
A l’heure du soir, à l’orient de tout

Où se lève le vent de l’unique mémoire


 

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