Humeur 2018

 

 

 

Ce n’est pas que j’aime les fleurs à en mourir,
je crains seulement qu’en fanant elles ne précipitent
ma vieillesse
des branches épanouies confusément elles tombent,
si facilement
aux tendres boutons je demande de s’ouvrir
tout doucement

Tu Fu

 
Auvers-sur-Oise, août 2018

 

 

 

Il paraît qu'un hérisson
Monta sur un paillasson
Et descendit assez vite
Avec cet air qu'on évite
Quand on veut n'avouer pas
Qu'on vient de faire un faux pas
Mais lui, sans fanfaronnade,
S'écrie à la cantonnade
"Ce n'est pas pour les rieurs
Qu'est fait le droit à l'erreur !"

Eugène Guillevic

 
Gif, juillet 2018

 

 

 
Marcher dans le bleu, le radieux, aller droit devant pour le plaisir, le goût du ciel, les odeurs sur les talus, les grands émois et le corps qui chavire. Vertige du ralentissement du monde autour.
 
Cassis, juin 2018

 

 

 

Chaque poème
a sa dose d’ombre
de refus
Pourtant le poème
est tourné vers l’ouvert

Eugène Guillevic

 

Marseille, mai 2018

 

 

 

C'était une journée ronde, abandonnée au plaisir du spectateur, on y sentait la paresse de ceux qui sont comblés. C'était un ciel de victoire contemplative qui avait la force et la profondeur des mers. 

Pokljuka, avril 2018

 

 

 

La nuit seule renferme les deux grands secrets du bonheur :
le plaisir et l'oubli.

 

Le narrateur de cette fable a perdu un mot ou plutôt un nom.

"Un de ces fantômes que le temps efface forcément, différent pour chacun, mais qui semblablement creuse pour tous dans le tissu des apparences l'un de ces trous donnant sur le vide qui avale tout. Une fenêtre ouvrant sur rien mais dans le cadre aveuglant de laquelle on distingue le signe de la main que quelqu'un qui s'en va vous adresse et auquel on se dit que répondre, peut-être, n'est pas tout à fait vain.

J'en arrivais à penser de l'oubli qu'il n'est pas le contraire du souvenir mais qu'il en constitue peut être la condition. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Seul l'oubli conservait sauf le souvenir, le mettait à l'abri des mensonges dont la mémoire le menace lorsqu'elle métamorphose le passé en toutes petites histoires.

Il en allait du souvenir comme il en va du rêve. C'est pourquoi l'on ne peut jamais se saisir de l'un que sous la forme que l'autre lui donne. Ce que l'on se rappelle prend l'apparence d'un songe que l'on a fait dans son sommeil. Ce dont on rêve paraît semblable au souvenir que l'on croit conserver d'un événement que l'on a authentiquement vécu. Il n'y a pas moyen d'en faire un récit autrement qu'en exprimant au présent avec les mots impropres et insuffisants du jour ce qui appartient d'abord à la nuit et qui en a conservé la marque.

On rêve qu'on se rappelle.

On se rappelle ce que l'on a rêvé.

Plus on se raconte à soi-même  ce qui fut, plus on l'invente à son insu. Avec l'oubli disparaît le souvenir. Bientôt, il ne reste plus rien. Ni de l'un ni de l'autre. Se rappeler, on n'y parvient pas. En conséquence, le mieux que l'on puisse faire, que l'on doive espérer, à quoi il faille ne pas renoncer, consiste sans doute à ne pas oublier que l'on a oublié.

Chacun a ses fantômes.

Toute tête : une maison hantée.

Avec chaque nuit qui revient, des spectres sortent de l'ombre où ils se tiennent. Ils reprennent le fil de leur existence ancienne. Sans même paraître avertis de leur condition. Comptant bien sur la complicité des vivants dont ils visitent le sommeil afin qu'ils ne leur apportent pas un démenti inutile et cruel. Ils ne savent rien de leur disparition. Nul ne les en a jamais informés. Ils se figurent que rien n'a changé depuis. Imperturbablement, ils vaquent à leurs occupations d'avant, répètent les paroles qu'ils ont prononcées du temps où leur bouche n'était pas encore remplie d'ombre et de terre. Ils rejouent pour l'éternité les mêmes scènes dans l'obscurité. Le film de leur vie tourne en boucle et se projette sur un écran  tout blanc aux airs le linceul où ce sont toujours les mêmes images d'hier qui défilent.

Du moins tant qu'il se trouve quelqu'un pour se souvenir d'eux.

Je veux dire : tant qu'il se trouve quelqu'un pour se rappeler les avoir oubliés.

Ou bien : ils font semblant. Ils feignent de ne pas savoir ce qui leur est arrivé. De manière à ce que les vivants puissent se convaincre qu'ils l'ignorent. Interprétant leur rôle afin que le rideau ne tombe pas pour de bon sur la scène où ils reviennent, que n'arrive pas le moment de la dernière réplique, l'heure d'éteindre les dernières lumières et de se résoudre à la nuit."

Philippe Forest, L'Oubli

 
Bled, Slovénie, mars 2018

 

 

 

 

Tenue rétro d'un cycliste parisien

Pantalon cuir, bouffant aux cuisses, serré sur le galbe du mollet, fermé par une boutonnière latérale épousant une paire de bottines. Veste et casquette en tweed. Sacoche cuir en bandoulière. Casque audio sans fil. Vélo électrique.

Paris, février 2018

 

 

 

 

Dans le silence froid de l’hiver, sur la terre nue et sans odeur, le ciel n’est pas pesant comme de l’ardoise. Seule une brume bleutée flotte sur les troncs, donne un ton sépia aux racines du rêve.

Gif, janvier 2018

 

 

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