Humeur 2015

 

 

 

 

 
Si je pouvais rencontrer le jeune homme que j’étais, j’aimerais qu’il puisse avoir envie de me serrer la main.
 
Gif, décembre 2015
 
 

 

 

en gerbes,
des rires trop vivants
pour un reste de force

(la nuit dilate la mémoire
jusqu’à la rendre infinie)

sans impatience
laisser se faire
le vide
pour s’ouvrir

 
Gif, novembre 2015
 

 

 

 

Seul le sens de la liberté et de l’oisiveté permet la joie de vivre intensément.

Lin Yutang

 
Gif, octobre 2015
 

 

 

 

Pour les uns, les livres sont des bornes ; pour les autres ce sont des échelles.


Remy de Gourmont

septembre 2015, 100e anniversaire de sa mort
 

 

 

Au pays de Robert Doisneau,
quatre tilleuls,
au cœur des champs
et vallons de son enfance,
se souviennent de son
imparfait de l'objectif.

 
Raizeux, août 2015
 

 

 

Dernière page Colette Fellous © Radio France

 
 

Cher Monsieur Baul,

Je déteste la banane, vraiment,
Pourtant elle m’a sauvée la vie, bébé,

Prématurée gavée à la banane à Abéché
Où je suis née en belle compagnie (jumelle)

Overdosée de banane mais vivante grâce à elle,
je ne peux vraiment plus la sentir…

Mais j’ai pris grand plaisir à vous écouter
Lors d’une dernière escapade nomade

Qui me fend le cœur tant je la savourais
D’un bel appétit

Merci Colette,
Merci Paul.

Gif, juillet 2015
 
 

 

 

 

Les gens le long de la plage
Se tournent tous et regardent du même côté
Ils tournent le dos à la terre
Et regardent la mer toute la journée
Ils ne peuvent pas regarder bien loin
Ils ne peuvent pas regarder bien profond
Mais ça ne les empêche jamais
De contempler quand même

Robert Frost

 
 

 

 

 
Je découvre que Paolo Rumiz, un de mes auteurs contemporains favoris en littérature de voyage, vient de faire paraître un ouvrage sur sa vie dans un phare. Aussitôt, le souvenir du phare d'Armen renaît (ici celui de la Vielle, au plus près de l'île de Sein). J'étais sur les traces de Jean-Pierre Abraham à qui je dois quelques-unes de mes plus belles lectures...
Gif, mai 2015
 
 
 
 
 

 

 

 
Le pouvoir sous-jacent de la littérature, sur mon comportement et mes réactions, est envahissant. Mes souvenirs vitaux sont éclairés par des lignes que je croyais oubliées. Elles surgissent au détour d’un air, d’une parole, d’une attitude, d’un geste, d'une lumière ou d'une photo, comme celle-ci prise dans une plantation au bord du Mississippi, qui me rappelle aussitôt les premières phrases de Lumière d'août de Faulkner : « Assise sur le bord de la route, les yeux fixés sur la charrette qui monte vers elle, Lena pense : "J'arrive de l'Alabama : un bon bout de route. A pied de l'Alabama jusqu'ici. Un bon bout de route." »
Laura plantation, La Vacherie, avril 2015
 
 
 
 
 

 

 

 
Il fondit sur les notes les plus réticentes depuis un point élevé du ciel, tel un martin-pêcheur attrapant un poisson d’argent. Ses attaques, tout comme la fin de ses phrases, furent d’une netteté incisive. La lisière de chaque note était fuselée ou bien étirée, au gré de ses exigences les plus profondes. Sa mélodie se cabrait, chatoyante ; un colibri virant avec aisance, voltigeant, immobile, battant des ailes, fendant l’air, volant en arrière. Sa voix se déploya au maximum, avec toute l’intensité d’un rapace, tout de précision acérée, sans le moindre effort ou le moindre tremblement. Ses ornements, onctueux et fluides, et les notes qu’il retenait résonnaient comme la mer prise au piège d’un coquillage.
 
 
 
 

 

 

On se dit : il faudrait pouvoir vivre à l'essai, et recommencer en profitant de l'expérience. Mais je me dis que s'il fallait recommencer, je ferais tout pareil, même en sachant ce que je sais.


Claude Roy in La Fleur du temps

Moi aussi.
 
 
 
 
 

 

 

Peintre, poète, lettré de la dynastie Tang, Mi Fou, nommé fonctionnaire à un nouveau poste en province, au lieu d'aller saluer le préfet le premier, va d'abord saluer un rocher sculpté par la nature. Il y perd son avancement, mais a mis les choses en place : avant le pouvoir, la beauté ; avant les fonctionnaires, la nature.

Milford Sound, NZ, février 2015
 
 
 
 
 

 

 

Qu'importe la couleur, soutenons !

Côte ouest de l'île du Sud, NZ, février 2015

 
 
 
 
 

 

 

Les scientifiques disent qu'une érosion de 60 millions d'années dans le sable aurait donné cette forme sphérique étrange. Semblables à des boulets de canon, ces petits rochers font 50 cm. Les plus gros atteignent facilement deux mètres et pèsent 7 tonnes. Mais je préfère la légende maori : Il y a plus d'un millier d'années, les navigateurs maoris ont rejoint la Nouvelle-Zélande en provenance de Hawaiki, la terre des ancêtres. Un canoë s'est retrouvé isolé lors d'une terrible tempête et s'est échoué sur la côte. Les restes du canoë et les survivants se sont changés en pierres, parfaitement lisses et arrondies.

Moeraki boulders, on the beach near Dunedin, NZ, février 2015

 
 
 
 
 

 

 

 

Francfort. Beaucoup de monde à la conférence (l'essai sur Márai). Il fait chaud, certains sont même assis par terre. Je ne sais pas si je suis capable de satisfaire leur curiosité. Un enfant au regard enthousiaste mais aux manières retenues m'apporte deux livres de Márai à dédicacer. Je lui explique que je ne peux pas signer le livre d'un autre. Il me comprend, mais paraît déçu. Je lui achète le dernier livre de moi qui se trouve encore sur le comptoir – le Journal de galère. Je le lui tends en l'assurant, un peu gêné, qu'il le comprendra mieux quand il sera grand. Je pense néanmoins que c'est maintenant qu'il le comprendrait — quoi qu'il comprenne. Il n'est pas nécessaire de comprendre les livres, l'inspiration qu'ils éveillent en nous, souvent simplement parce qu'on les prend en main et qu'on les lit, peut suffire. L'important n'est pas le livre, mais le lecteur. Si cet enfant lit le Journal de galère et s'interroge sur la signification des mots, il ne saisira pas la teneur du livre, mais s'envolera vers un endroit d'où il ne voudra plus redescendre dans le quotidien.


Extrait de L'Ultime Auberge d'Imre Kertész (1929-), Prix Nobel 2002

 
 
 
 
 

 

 

 
Claude Rouquet a pris la poudre d'escampette...
 
 
 
 
 

 

 

 

 

Tous ceux et toutes celles pour qui la défense des droits humains est indissociable d'une société où chaque individu peut vivre libre et digne se retrouvent orphelins, après l'attaque survenue ce mercredi 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo.
Depuis des décennies, Charlie Hebdo contribue à la liberté et à l'indépendance de la presse, une liberté qui n'est pas un luxe mais une nécessité absolue pour chacun d'entre nous. Ce journal contribue également à la diversité des opinions ; il nous a appris la dérision, parfois perçue comme offensante.
Les personnes qui ont été assassinées l'ont été parce qu'elles défendaient une de nos libertés fondamentales :  celle de s'exprimer librement, de défendre ses opinions dès lors qu'il ne s'agit pas d'incitation à la haine ou à la violence.
Amnesty International défend la liberté de la presse, la liberté d'expression, les journalistes qui sont attaqués, assassinés à travers le monde ; aujourd'hui, ce sont des journalistes qui nous étaient proches.
Cette proximité ne doit pas nous éloigner de nos valeurs et de nos engagements. À chaque fois que nous nous élevons contre des crimes odieux, nous demandons que toute la vérité soit faite et que les personnes ayant commis ces actes soient traduites devant la justice dans le respect de leurs droits fondamentaux.
Nous demandons la justice non la vengeance.
Nous demandons à ce que les mesures d'exception, les mesures de lutte contre le terrorisme qui seraient prises, respectent les libertés fondamentales, qu’elles soient proportionnées et non discriminatoires.
Les attaques contre les personnes, les biens et les lieux de culte ne peuvent en aucun cas être tolérées.
Elles ne pourraient être perçues comme légitimes. Il est de notre devoir de nous élever contre la barbarie, il est de notre devoir de refuser d'y répondre par la violence.
Aujourd'hui, nous pensons aux familles et aux proches des 12 victimes, à leur peine et à leur désespoir que nous partageons.
Je compte sur vous pour vous associer à l’élan de solidarité qui traverse la planète et notamment aux manifestations de soutien qui auront lieu dans les jours qui viennent partout en France. Je compte sur vous pour envoyer un message clair à ceux qui ont commis cet acte odieux : nos valeurs sont plus fortes que la terreur et, pour Charlie Hebdo, pour la liberté de la presse, pour l'humanité, nous continuerons de les défendre.


Geneviève Garrigos
Présidente d'Amnesty International France

 

 
 
 
 
 

 

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