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Entretien avec André Bucher réalisé par Pascale Arguedas en juin 2005 à Paris
André bonjour !
photo © Jacques Leenhardt Bonjour Pascale !
Vous avez eu un parcours littéraire singulier. Expliquez-nous votre vision de la littérature. J’ai toujours lu, toujours écrit de petits trucs. Entre 18 et 22 ans j’ai même eu deux trois recueils de poèmes qui ont été publiés. C’était dans les années 64-66. Mais j’avais d’autres poèmes à vivre avant de me mettre à embaumer les anciens, donc j’ai dit : allez on laisse tomber ! J’avais cette idée que, je la crois judicieuse, avec le temps, qu’on le veuille ou non, on écrit « à la manière de », on a du mal à se dégager des influences quand on a entre 18 et même 30 ans. L’idée que je développe souvent est qu’on fonctionne comme un ordinateur. On émet et on reçoit des impulsions qu’on ne sait pas forcément où ranger, comment classer, comment nommer. Tout ça forme un standard plus ou moins saturé qu’on appelle ensuite la création. La création est la petite musique qu’on va mettre sur les choses, ces émissions qui rebondissent dans la tête, dans l’esprit. Et vous, vous êtes l’instrument de ces connections, de cette chimie plus ou moins volontaire. Et tout à coup, parce que vous prenez conscience de cette chimie, vous y apportez votre petite musique, votre petite correction. J’ai pensé aussi qu’avec le temps, j’aurai emmagasiné plus de vécu, un minimum de recul sur ce vécu, et que le temps viendrait pour le reconnaître. Cela s’est produit en 88.
Votre écriture est sensible, sincère, toujours sur la crête de l’émotion. Est-ce un travail acharné ? Ça ne coule pas de source. Quand on essaie d’associer à la fois une rythmique, un ton avec une sensibilité, on est toujours sur le fil. Car on sait très bien, c’est comme dans la vie, qu’il n’en faut pas beaucoup pour que de sensible on passe à sensiblerie. La marge est toujours très étroite entre deux qualificatifs où tout à coup la frontière devient extensible à l’infini. Quand on se met à rapprocher ces deux qualificatifs, ils sont carrément à l’opposé. Sensible et sensiblerie, finalement, sont à des années lumière. Et pourtant...
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