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Entretien avec Fabienne Raphoz (et Bertrand Fillaudeau) des éditions José Corti réalisé par Pascale Arguedas en mars 2009

 

 

Fabienne et Bertrand bonjour !

Fabienne Raphoz et Bertrand Fillaudeau

photo © Olivier Roller

 

 

Bonjour Pascale !

 

Les éditions José Corti jouissent d’une réputation prestigieuse. Alliant beauté et rareté, valeur et fragilité, elles s’inscrivent dans la fidélité et l’intransigeance. La rose des vents qui orne chacune des publications est là pour le rappeler. Fondées en 1938 par José Corti, décédé en 1984, Bertrand Fillaudeau puis son épouse Fabienne Raphoz ont repris le flambeau. À l’heure où de nombreux éditeurs s’adonnent au commerce sibyllin du livre, j’eus envie de pousser la porte, au cœur de Paris, face au jardin du Luxembourg, du 11 Rue de Médicis. Premiers pas émouvants dans une librairie à l’ancienne, plafonds hauts, étagères en bois, calme apaisant où le temps s’écoule sans violence. Fabienne Raphoz, absorbée dans la lecture d’un manuscrit, m’accueille tout sourire. Dans cette librairie qui ne vend que des ouvrages maison, c’est l’éditeur en personne qui vous reçoit. Charmant, vraiment !

 

 

Fabienne, vous êtes éditeur et libraire. Pourquoi maintenir cette relation physique avec vos lecteurs ? Est-ce si important de garder le contact car il se fait au détriment d’un travail éditorial sans cesse dérangé (sourire).

Parlons d’abord des avantages de cette double fonction de libraire et d’éditeur. En premier lieu, sans jeu de mots, la librairie nous assure un contact permanent avec une certaine réalité, c’est pour le lecteur anonyme que nous travaillons et ce lecteur, qui s’incarne, nous renvoie un écho direct de notre travail. Ensuite, le lieu même de la maison d’édition, dont l’histoire forte se perpétue, est un symbole  visible de permanence et de résistance tranquilles à la brutalité de certaines mutations de l’économie de marché qui entravent la pensée et le bon déroulement d’un métier fragile et précieux, qui ne peut avoir de sens qu’au long cours. Enfin, le chiffre d’affaires dégagé par la librairie correspond à notre résultat. Si nous n’avions pas cet apport, nous ferions faillite ; pour le dire autrement, nous sommes, vous vous en doutez, notre premier client. Mais ces avantages ont un prix : nous sommes sans cesse dérangés dans les travaux que nous avons prévus par un événement extérieur qui n’était, par définition, pas attendu. Bertrand Fillaudeau a une faculté en or, il sait dire en deux mots ce que j’ai tendance à développer en cent ; le dérangement, vous l’avez compris, vient presque autant du plaisir que j’ai (parfois) à partager mes passions que de la personne qui pousse la porte à l’improviste pour vanter les qualités exceptionnelles du manuscrit apporté, nous donner un cours sur l’histoire de la maison, ou connaître le meilleur itinéraire pour aller jusqu’à l’Odéon. Pour me défendre de moi-même, le bureau du 60, rue Monsieur le Prince, ou celui de Haute-Savoie sont précieux : pas d’appels téléphoniques, pas de courriers électroniques ni de visites (autres que sollicitées), les lundi et mardi de chaque semaine et les deux mois d’été.

 

 

 

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