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Entretien avec Andreï Kourkov réalisé par Carole Garcia en mai 2005 à Pau à l'occasion de la sortie du Dernier Amour du président.

 

photo © Carole Garcia

 

 

 

Vous êtes scénariste, auteur-compositeur, écrivain pour la jeunesse. Vous avez été gardien de prison, vous devenez écrivain en 1991, en même temps que votre pays devenait indépendant… Vous nous rappelez un peu vos débuts ?

Oui, j'ai commencé par publier des romans russes pour les enfants, des petites histoires comme des blagues. Après la chute de l'Union soviétique, c'était bien sûr le K.O., la crise économique, toutes les maisons d'édition qui appartenaient à l'état ne fonctionnaient plus. J'ai essayé de trouver un éditeur étranger. J'ai contacté les plus grandes maisons d'édition, en Angleterre, en Allemagne. Pour mon livre, Le Pingouin, écrit en Russe, j'ai fait la même chose, Un jour, j'ai reçu une réponse d'une maison d'édition d'Angleterre qui me disait ceci: « Cher Monsieur Kourkov, Nous sommes désolés, mais nous publions seulement de la littérature de qualité… » Un éditeur de Zurich, m'a faxé un contrat, et en deux semaines, je suis devenu un auteur de l'ex - URSS, inscrit dans les best-sellers, un écrivain professionnel comme le héros du dernier roman ou par hasard il devient président d'Ukraine…

 

 

Quelle a été la réaction en Ukraine à la sortie du livre ?

Le silence. Il y a eu trois ou quatre critiques : on a parlé de la vie privée du héros mais pas des thèmes politiques.

 

 

Comment avez-vous pris le fait de ne pas être invité au salon du livre à Paris consacré cette année aux lettres russes ?

Comme normal. C'était mieux de ne pas être invité qu'être invité dans la délégation officielle de cette façon là. Parce que je les ai observés au salon, les écrivains invités ; ils se déplaçaient comme les pionniers, le mouvement de jeunesse communiste.

 

 

L'une des trois périodes du roman se passe dans les années 80 en Union soviétique. Est- ce que cela signifie pour vous qu'il faut absolument connaître le passé soviétique de l'Ukraine pour comprendre le pays aujourd'hui ?

Oui bien sûr. C'est mieux de connaître cette histoire pour comprendre la différence entre la mentalité soviétique, la vie soviétique, et la vie occidentale. Parce que la vie en Union soviétique n'était jamais normale.

 

 

L'humour employé dans toutes vos oeuvres, est-ce une arme, du désespoir, la seule manière de témoigner sur la vérité de votre pays ?

Non, c'est un médicament qui aide à survivre dans les temps difficiles. Je trouverai toujours des raisons de rire pour l'histoire et l'avenir de la Russie et de l'Ukraine, car nous sommes encore confrontés à des situations drôles et absurdes.

 

Vous agrémentez votre roman de remarques, directes ou indirectes, sur les questions de l'identité ukrainienne.

C'est de l'humour. Enfin, juste qu'en 2000, je n'ai pas été accepté dans mon pays en tant qu'Ukrainien. Pendant dix ans, on a essayé de me forcer à écrire en Ukrainien. Je le parle couramment, je peux écrire en ukrainien, mais ce n'est pas ma langue maternelle. Mais comme je suis le seul écrivain d'Ukraine qui soit traduit dans le monde entier, que j'aide beaucoup de jeunes ukrainiens, y compris ukrainophones, ils doivent me tolérer.

 

Aviez-vous vu venir cette révolution ?

Non.

 

 

Vous a-t-elle surpris ?

Oui, tout en restant très optimiste. Les relations entre la Russie et l'Ukraine ne sont pas faciles, mais je ne pouvais quand même pas la prévoir. J'y ai participé.

 

 

Comment ?

J'ai fait des reportages pour les radios, pour la France (Télérama), le Canada et l'Angleterre. J'ai organisé des débats dans des libraires. Nous avons rassemblé et mobilisé près de cent quatre vingt écrivains !

 

 

Dans votre roman les relations entre la Russie et l'Ukraine sont toujours aussi compliquées et il y a toujours cette tendance de la Russie à vouloir « manger » l'Ukraine. Vous pensez que cela ne va pas changer ?

Je crois que cela va rester comme ça ; peut-être que ça va empirer (sourire). C'est, en ce moment, la renaissance de la monarchie de Russie. Poutine essaie de rassembler les terres soviétiques dans un bloc. Les Russes ne veulent pas que les anciennes républiques soviétiques aient une politique extérieure propre.

 

 

Vous étiez sur place, à Kiev, pendant la révolution orange. Quel regard portez-vous maintenant sur le mouvement ? Le considérez-vous comme le début de quelque chose de nouveau en Ukraine ?

Ce fut la naissance de la société civile, 70 ou 80% des gens qui ont participé étaient des jeunes. Il s'agit de la nouvelle génération complètement européenne. Ce sont des jeunes qui sont nés après 1983. Ils n'ont pas d'expérience soviétique, ils n'ont pas de peur génétique du KGB. C'est là, la différence.

 

 

Vous avez quand même eu un don de devin incroyable ! Avec ce président qui vire à l'orange, avec l'apparition de taches de rousseur qui le défigurent, à la suite d'un empoisonnement…

Hormis les accidents de voiture, il était impossible de prendre la kalachnikov, cela donnait une mauvaise image pour l'Europe. Il me restait donc la maladie ou l'empoisonnement. En Russie il y a deux ans, un journaliste a été empoisonné car il enquêtait sur les secrets militaires. Voilà pourquoi, l'empoisonnement était plus plausible.

 

 

En parlant d'avenir, vous écrivez : « je ressusciterai le passé et je penserai à l'avenir. » Alors quel est cet avenir ?

La vie est belle, mais je ne suis pas sûr que l'Ukraine fera son entrée dans l'Europe unifiée et je ne pense pas que l'Europe unifiée existera quand l'Ukraine sera prête. Je vous invite en Ukraine pour voir. C'est un pays hospitalier, avec des gens heureux qui ont survécus à beaucoup de choses tragiques.

 

 

Lire le dossier sur Andreï Kourkov.

Entretien réalisé en mai 2005 à Pau.

 

 

 

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