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Entretien avec Claude Rouquet réalisé par Pascale Arguedas en décembre 2007

 

Claude bonjour !

Bonjour Pascale !

 

 

Depuis 1993, vous êtes l’éditeur d’une petite maison, L’Escampette. Que faisiez-vous avant et pour quelles raisons vous êtes-vous lancé dans cette folle et géniale aventure littéraire ?

  • 1964, Orléans : un brevet d’électrotechnicien suivi d’une exclusion du collège.
  • 1965, Paris : quelques lectures de poésie dans de très modestes cabarets. Un service militaire long, une révolution en dilettante, et beaucoup de lectures.
  • 1972-1992 : vingt ans dans le commerce de la chaussure, un licenciement économique et beaucoup de lectures.
  • 1993 : enfin raisonnable : création d’une maison d’édition.

 

Pourquoi ce nom, L’Escampette  ?

C’est un hommage à André Hardellet, compagnon d’escapades et de chemins creux.

 

 

L’Escampette fait partie de ces maisons de caractère, pleines de charme et de rêve, qui soignent leur ligne et leur présentation. Pourquoi portez-vous tant d’attention et de soin à l’objet livre que vous publiez  ?

Parce que je ne vois pas l’utilité de faire mal et vilain.

 

 

Votre catalogue est éclectique et original, d’une qualité littéraire indéniable. Vous présentez peu d’auteurs connus et de nombreux inconnus. Comment effectuez-vous vos choix ?

Je ne suis qu’un lecteur. Je ne perds pas de temps à expliquer mes engouements. J’aime ou je n’aime pas. Mon catalogue s’est construit comme ma bibliothèque. Les propositions arrivent, je dis oui, je dis non, le plus souvent non ! Je n’ai jamais sollicité un auteur. Deux ou trois fois, peut-être.

 

 

Combien de livres publiez-vous par an ?

De douze à quinze. Je préfèrerais plutôt douze, mais je suis un peu poussé...

 

 

Recevez-vous beaucoup de manuscrits ?

Oh la la ! Trop ! C’est la civilisation StarAc de TF1 : il suffit de paraître pour être, de chanter pour être chanteur et d’écrire pour être écrivain ! Quelle catastrophe ! Mais qu’ils lisent, tous ces gens, au lieu d’écrire. Bref, combien de manuscrits, trois par jour...

 

 

Êtes-vous seul à tenir les rênes de cette maison ?

Bien sûr.

 

 

Dans le brouhaha ambiant, elles ne font hélas pas grand bruit, ces petites maisons dénicheuses de talent. Pensez-vous que ce soit un problème de visibilité commerciale ou le mal est plus profond ?

Non, non ! C’est leur mission. Depuis toujours. Evidemment, la surproduction n’aide pas, la surproduction de faux livres : tous ces politiques, ces comédiens, ces journalistes, ces footballeurs, ces cuisiniers, ces bachy bouzouk qui noircissent (ou qui font noircir) du papier ! Le grand cirque ! Mais le vrai problème, le seul vrai problème, c’est la disparition des lecteurs, la fonte des neiges...

 

 

Quelles sont vos principales difficultés aujourd’hui ?

Trouver les lecteurs ! C’est tout !

 

 

D’où tirez-vous le plaisir pour continuer malgré tout ?

Lire un beau texte. Décider de le publier. Signer un contrat. Prendre, à la sortie de l’imprimerie, le livre dans sa main. Parler du livre avec un libraire, un critique, un bibliothécaire, un lecteur. C’est comme l’amour. Et l’amitié.

 

 

Êtes-vous prisonnier d’une espèce de devoir moral à publier des auteurs qui vous tiennent à cœur, et dont la presse parle peu ?

Je ne suis prisonnier de rien. La morale ? Seule compte la fidélité.

 

 

Est-ce que vos auteurs se moquent, comme vous, de ramer contre le vent où vous comptez des mécontents ?

Pas de mécontents. Parfois, un peu de découragement. Mais nous allons ensemble vers les mêmes oasis, loin des sunlights. L’important est de construire une œuvre, même modeste, même minuscule. Le succès, c’est quoi au juste ? Qui a eu le Goncourt il y a 7 ans ? Et 12 ? Et 30 ?

 

 

Tissez-vous des liens d’amitié avec les auteurs que vous publiez ?

Pour moi, cette question ne se pose pas. Je n’imagine pas possible ce métier sans amitié.

 

 

Quel est le nerf de votre guerre littéraire ?

Pas de guerre. Seulement de l’indifférence aux fausses valeurs. Et de l’estime pour la sincérité, même si elle est au service d’autres goûts que les miens.

 

 

Merci Claude, et bon vent !

Chère Pascalou, 50 lecteurs comme vous, et nous sommes sauvés !

 

 

Entretien réalisé en décembre 2007.

Claude Rouquet, né en 1946, est mort du cancer le 13 janvier 2015.

 

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