|
Entretien avec Marina Vlady réalisé par Carole Garcia en juin 2004 à Pau
Une rencontre avec Marina Vlady, la chance d'un moment privilégié.
photo © Erling Mandelmann
« Il ne faut pas s'arrêter de s'indigner, de s'intéresser aux autres, de tendre la main, d'être à l'écoute. Je refuse la peur, la haine. Tout ce qui fait qu'on ne sourit plus aux autres. » Marina Vlady
C'est à l'occasion de la quinzaine du cinéma russe, organisée en partenariat avec l'Association Béarn-Russie, que l'actrice, Marina Vlady, est venue à Pau au cinéma d'art et d'essais, le Méliès, pour la projection D'un amour de Tchekhov de Sergueï Youtkevitch.
Tchekhov, fait partie de vos auteurs favoris, je crois ? C'est l'un de mes maîtres. Petite fille, avec mes sœurs, notre rêve était de jouer, Les Trois sœurs de Tchekhov. Il était l'un de mes auteurs préférés dès la petite enfance. J'ai eu la chance de jouer cette pièce à Paris, toute une saison à la fin des années soixante. Puis également La Cerisaie, deux fois dans des mises en scène différentes.
Ce roman est autobiographique ? Non. J'ai, en fait, intégré tous les personnages de La Cerisaie (pièce de Tchekhov de 1904), qui devient Ma cerisaie et je me suis intégrée à leur famille. Les deux seuls personnages réels sont, en fait, ma mère, et mon grand-père Evguéni Envald, qui était vraiment un général de l'Armée Blanche. Ce n'est pourtant pas du tout une autobiographie. C'est, en partie, une biographie de ma mère évidemment. Mais c'est surtout le portrait d'une génération de gens qui ont connu cette période, de la fin du siècle dernier jusqu'en 1970, en fait au moment où commence ma vie en Union soviétique. Mon père était, comme Tolstoï, favorable à la distribution des terres. Ma mère a été élevée dans une cerisaie près de Koursk ; la réalité a rejoint la fiction de Tchekhov. En jouant sa pièce, je me suis rendue compte que tous ces personnages étaient décrits comme ma mère me racontait sa famille, son père, son théâtre. Il avait le meilleur « théâtre aux armées » tsaristes bien sûr, c'était un homme très croyant, quelqu'un qui était vraiment le prototype du personnage d'ancien régime... mais avec ce grain de folie qui caractérise mes personnages. Comme je le décris dans le roman, Militza, ma mère, déploie, à la veille de 1917, son jupon rouge à l'une des fenêtres de l'institut Smolny, en soutien aux défilés d'étudiants et d'ouvriers. C'était une femme qui avait une liberté de pensée remarquable, et qui était très féministe. Ces gens, mon père, ma mère, à travers tout ce qu'ils ont subi, s'en sont sortis grâce à l'art. Ce livre n'est pas seulement un livre sur les grands bouleversements de ce siècle, sur la Révolution , la guerre civile, c'est aussi un livre sur le théâtre, sur le spectacle, sur cet épanouissement total que j'ai pu ressentir moi-même.
Quelle est votre véritable passion ? L'écriture, le cinéma ou le théâtre ? En fait, ma passion principale est d'écrire et aussi de jouer la comédie dans des pièces de théâtre. C'est une constante depuis la toute petite enfance. Une passion familiale. Surtout, celle de la scène. Naturellement , le cinéma a été un très large détour. Quand on est une jeune première et qu'une carrière brillante s'annonce au cinéma, on quitte les planches. Quatre-vingts films pour tous les goûts. Les grands personnages comme La Princesse de Clèves ou La Sorcière qui ont fait rêver les filles. Puis la télé avec La Chambre des dames . Finalement, j'ai touché plusieurs générations que je retrouve dans les signatures de mes livres.
Quels sont vos projets et notamment dans le domaine littéraire ? Je prépare un livre sur le cinéma : 24 images seconde.
Marina Vlady, vous retrouverons-nous à Pau, l'an prochain ? Peut-être sur scène dans une pièce retraçant le duel entre Diane de Poitiers et Catherine de Médicis autour du Roi mourant.
Bibliographie de Marina Vlady
Interview réalisée en juin 2004 par Carole Garcia : « Je tiens à remercier particulièrement Marie-Jo Delhomme et Chantal Marion sans qui cet entretien n'aurait pas eu lieu. »
©
2002-2020 - Pascale Arguedas |