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Je vais bien, ne t'en fais pas


Éditions Le Dilettante et Pocket.

 

 

Je vais bien, ne t’en fais pas. Et pourtant on s’en fait, car cette histoire est douloureuse. Claire est très belle, très fragile, un peu mystérieuse, un peu décalée. Très douce, un air un peu triste sous le sourire. Elle est caissière au Shopi - un supermarché parisien - son bac G3 remisé au tiroir depuis que son frère Loïc est parti, il y a deux ans. Il en avait dix-huit à peine, elle vingt. Et pourtant c’était lui le grand. Elle ne peut pas vivre sans lui. Il a osé partir sans la prévenir. Elle ne comprend pas, ne s’y fait pas. Une dispute avec le père, pendant qu’elle était en vacances, aurait suffi à le faire fuir ? Elle préfère mourir s’il ne revient pas, ou aller le chercher.

Ce premier roman pudique d’Olivier Adam dérange, puis bouleverse. L’univers empreint de grisaille, qu’il peint à petites touches humides et courts chapitres, est le décor d’une vie minable, au bord extrême du monde. Ce mal d’amour, ce mal-être et tous ces maux d’une société sale, raciste, compétitive, avilie, qui exclue la beauté des âmes et des choses, nous plonge dans un malaise profond. Le regard sincère de l’auteur, à la fois évident et plein d’empathie, de distance et d’effacement aussi, donne le sentiment de toucher quelque chose de juste sur l’incompréhension des hommes, sur leurs solitudes et leurs destins. « Mais c’est ainsi, un père et son fils ne savent pas se dire qu’ils s’aiment. » Le frère parti avec tous les mots, les leurs, la déchirure est vivace sous l’épaisse couche de silence et de secrets. Chacun vivote malgré tout avec ses mensonges et ses souvenirs, tous en panne, mais avançant d’un petit pas bancal, plein d’amour maladroit. C’est Paris fade et son Shopi qui déroule des codes barre sur le tapis mécanique d’une anorexique ; c’est la campagne de grand-mère et quelques hirondelles ; c’est Portbail, ses nationales et ses enseignes. C’est Barbara, Brel ou Manu Chao, le scrabble du troisième âge, les soirées de joints et les sauteries sans lendemain. C’est une chute terrifiante, à la fin… C’est aussi en bémol ce style (trop) simple, abusant des procédés itératifs et des pronoms impersonnels, mais Olivier Adam éclaire déjà en diagonale ses personnages désemparés, fuyants, absents, les dessinant en ombres chinoises comme il nous a habitué ensuite à le faire, d’une lumière floue, parfois crue et précise, souvent gracieuse et vive. Je vais bien, ne t’en fais pas est une histoire simple, inexorable, un beau roman. « Ce qui reste gravé, c’est la tendresse. Une sensation presque physique. » On ferme le livre bouleversé.

 

Adaptation en septembre 2006 au cinéma par Philippe Lioret (Olivier Adam a co-écrit le scénario avec le réalisateur). Le film a reçu le prix TV5 Monde 2006 et fut primé aux Césars en 2007. Sortie du DVD en 2007. J’avais aimé le livre et j’ai aimé le film. Mélanie Laurent a beaucoup de charme. Kad Merad un sourire lumineux, splendide et l’histoire est toujours aussi douce, bien que douloureuse.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Olivier Adam.