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La Véranda


Éditions Corti. Collection "Domaine français".

 

 

Si l’écriture est le reflet d’une personnalité, j’aime à penser que Robert Alexis est un doux rêveur mélancolique, attiré par les transgressions des limites, les temps et les lieux qui se confondent dans un flou artistique propice à la fuite onirique, celle qui permet l’approche d’une paix intérieure et la tranquillité de l’âme. Discret Lyonnais, désirant rester à l’abri des curieux, il s’efface dans une langueur et une tiédeur cotonneuses où ses mots précis et vaporeux et son style léché s’installent au cœur d’un indicible et troublant vague à l’âme. Après La Robe, qui surprit et ravit plus d’un lecteur par son originalité, il fouraille à nouveau le même terreau littéraire pour écrire une histoire fascinante qui voyage entre l’Autriche, la Roumanie et la Turquie, entre l’amour, l’amitié, la vie et la mort, entre le mystère des lieux, des temps et des cœurs. L’effet de surprise passé, étant moins déroutés car nous reconnaissons tout de suite sa griffe, son univers ne manque pas moins d’intérêt.

Un vieil homme, nomade, effectue un dernier voyage en train. Sa vie errante arrive à sa fin. Il neige. Il se souvient. Célibataire de moins de cinquante ans, sans enfant, riche héritier oisif au sein d’une Autriche en pleine effervescence, il dépensait sa fortune et son temps en une recherche itinérante et dans l’enchevêtrement d’actes confus, souhaitant donner un sens à sa vie empreinte d’un étrange pressentiment. Hanté par une appréhension où le rêve rejoint la réalité, le hasard et l’une de ses fulgurances le menèrent à percer les mystères d’une grande bâtisse bourgeoise et de ses habitants respirant la grande tradition ancestrale autrichienne. Comme le dit Hegel qu’il cite, « nous vivons des retours en arrière ». Robert Alexis en fait la matière première de ce récit. Alliant le plaisir léger de la flânerie au besoin de fuir le présent afin de retrouver peut-être le foyer d’une enfance enfouie, il baigne son histoire dans des lieux hors du temps, comme si une gaze de rêves glissait dans la douce tiédeur des limbes éternels. Cette faculté de s’abstraire du présent lui ouvre les chemins de la fascination où se déploient la fantasmagorie et son cortège d’infractions lourdes de silences, de suppositions, de désirs, de forces antagoniques et d’épais silences qui engourdissent, permettant au lecteur d’apprécier la splendeur des paliers. Son écriture est dense, descriptive, sensuelle, pleine de charme au passé simple et nous plonge dans un monde suranné, ambigu, tissé d’ambiances et de personnages brumeux. Nous ne sommes plus surpris depuis La Robe, mais toujours séduits. Oui, séduits.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Robert Alexis.

 

 

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