
Le Pont sur la Drina

Éditions Belfond et Livre de poche, traduit du serbe par Pascale Delpech.
Un pont par-dessus les haines, les empires, les religions, les rivalités.
En 1945, Ivo Andric raconta, à travers ce roman, quatre siècles d'histoire de sa ville natale de Bosnie. Le personnage central est un pont construit par les Ottomans et qui marque la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. Une chronique historique qui rapporte les événements qui se sont passés sur ce pont de Visegrad, depuis sa construction en 1516 jusqu'à sa partielle destruction en 1914. Car c'est sur ce pont reliant les deux rives de la Drina que se concentre la vie des habitants, chrétiens orthodoxes, juifs et musulmans. C'est là que l'on palabre, s'affronte, joue aux cartes, écoute les proclamations des maîtres successifs du pays. Chef-d'oeuvre de cet auteur qui se vit attribuer le prix Nobel de littérature en 1961, le seul à avoir été attribué à un écrivain Yougoslave.
Un pont qui unit deux mondes séparés par une rivière. C'est l'Europe miniature, l'Europe complexe de tous les conflits et de toutes les contradictions. Une Europe bariolée où malgré toutes les forces contraires, des peuples ont su vivre ensemble. Ivo Andric s'est s'inspiré de la tradition orale et des légendes, des conversations et des rencontres à la fraîche sur le sofâ, des crues et des inondations, des cortèges de fête et des exodes, des guerres et des épidémies. Enchevêtrement de coutumes et de religions dans le destin d'une petite ville où les générations se succèdent, se haïssent, sans laisser de traces, auprès d'une rivière qui coule, indifférente au vacarme de l'Histoire, près d'un pont immuable sur lequel le temps glisse sans l'effleurer et qui résiste au temps qui passe. C'est toute l'histoire et la vie de cette province reculée de la Turquie que le romancier fait défiler avec une imagination et un sens du pittoresque qui n'a jamais rien de folklorique. L'écriture est celle d'un conteur oriental. Elle coule comme la Drina, avec de grands moments épiques, un subtil mélange de violence et d'humour, des personnages très vrais. L'atmosphère est nostalgique, voire pathétique. Une histoire humaine très riche et profonde, une réflexion sur la vie de communautés apparentées, voisines, et pourtant jamais confondues. Un livre fort.
L'auteur
Né Croate, patriote bosniaque, écrivant en serbo-croate, diplomate et homme politique au service de la Yougoslavie, Ivo Andric (1892 - 1975) a construit, parallèlement à ses activités d'homme d'Etat, une immense oeuvre littéraire. celle-ci est l'amplification et l'approfondissement d'une volonté enragée de ne pas laisser les barrières nationales, idéologiques ou autres, brouiller son regard. Ivo Andric est un symbole des mélanges identitaires de cet espace yougoslave. Il s'installa après la Seconde Guerre mondiale à Belgrade où il se déclara Serbe.
Pascale Arguedas