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Soie


Éditions Gallimard, collection "Folio", traduction de l'italien par Françoise Brun.

 

 

Un court roman d'amour d'une centaine de pages, au charme irrésistible et au style léger.

Au 19e siècle, un jeune Français, Hervé Joncour, un jeune Français de 32 ans au caractère entreprenant, vit de son commerce de la soie. Des quatre coins du monde, il achète des vers à soie qu'il revend aux fabricants d'étoffes, jusqu'au jour où une épidémie de pébrine contamine les œufs des précieux insectes. Un seul pays possède encore des germes sains: le Japon. Voyageur en quête d'œufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village Lavilledieu, d'effectuer une expédition « jusqu'au bout du monde ». Or, en 1861, la fin du monde, c'est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Donc la loi nippone interdit ce commerce. Sans trop s'impliquer, Hervé Joncour traversera calmement la planète pour aller au Japon à quatre reprises entre les années 1860 et 1870. Ses quatre voyages sont longs et dangereux : ils passent par le Transsibérien, puis le cheval de steppe, puis le bateau de contrebandiers. C'est ainsi qu'il alimente en vers les mûriers et les filatures de son coin de Provence. De ce Japon somptueux, Hervé rapporte un souvenir impérissable, celui d'une jeune beauté occidentale avec laquelle il n'échangera jamais un mot dont il ne connaîtra même pas le nom. Cette jeune femme mystérieuse l'envoûte complètement et le hante même lorsqu'il est de retour auprès de son épouse. Une femme dont les yeux « n'avaient pas une forme orientale, et dont le visage était celui d'une jeune fille ». Pourtant, il reçoit d'Ostende, au retour de son quatrième voyage, un billet sulfureux rédigé en japonais sans en connaître véritablement l'expéditeur. De son coté, sa femme Hélène sent son époux différent, le couple change et ne tient plus qu'à un fil… de soie. Cependant c’est elle qui lui offrira la plus belle preuve d’amour !

Plus que le mortel ennui d'une vie répétitive, c'est une indifférence, une absence de résistance à la vie que Baricco suggère en ouvrant son roman par quelques phrases laconiques, purement énonciatives. Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue et qui, pourtant, parle de lui. L'auteur dit de son héros : « C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre ». À la fin du roman se sont écoulées plusieurs années, qui ont paru tel un battement de cils que raconte en douceur une voix neutre, qui a fait défiler sous nos yeux, les séquences successives de cette vie impalpable traversée par l'ombre subtile des personnages. C'est vraiment un très beau roman, reposant ! Un ouvrage tout en douceur, comme de la soie. Tout coule. Les répétitions nous font apprécier la lenteur de cette vie peu commune. Une écriture feutrée, lente, en demi-teintes. Une histoire pleine de finesse, qui tisse habilement cruauté, souffrance, amour et quête de l'impossible. Une invitation à un voyage plein de non-dits et de mystères…

Pascale Arguedas

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