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Fenêtres sur rue


Éditions Soleil, collection "Noctambule".

 

 

« Si une fenêtre est une ouverture qui permet d’assurer l’aération et la lumière... elle permet aussi d’assurer la vue… vue sur d’autres fenêtres derrière lesquelles se déroulent des histoires de couples, des histoires d’amour, de séparation, de tromperie, et pourquoi pas des histoires de meurtre. C’est un travail à plein temps de regarder à la fenêtre, de surveiller, de guetter... D’ailleurs, retournons-y... il ne faudrait pas rater quelque chose… » nous annonce Pascal Rabaté en ouverture de cet album original particulièrement réussi, qui rappelle Le Jacquot de Monsieur Hulot de David Merveille. Car les figures tutélaires de Tati et d’Hitchcock, auxquelles Rabaté rend un hommage brillant et ludique, planent sur ce théâtre de papier avec Fenêtres sur rue.

Une pièce sans paroles en dix matinées, dix soirées, un décor et une vingtaine d'acteurs. Des récits accordéon qui s’amorcent d’un côté, se bouclent de l’autre et inversement. Un plan fixe montrant un bout de rue, quatre étroites façades et une dizaine de fenêtres articulés autour d’un bistrot de quartier (Le Penalty). Une laverie automatique et des pièces où le quotidien, diurne puis nocturne, se déroule sous nos yeux de voyeurs.

Un couple d'amoureux, une famille, un meurtrier, des policiers, un peintre de nu et son modèle, les clients de la laverie et du troquet, des peintres en bâtiment qui montent un échafaudage et repeignent la façade, un célibataire devant la télé (qui regardent des films de…), sans oublier ceux de la rue : deux chiens, des promeneurs de chiens, des fumeurs, des saoulards, des gamins, des passants qui croisent parfois l'ombre de sir Alfred ou la silhouette dégingandée de Monsieur Hulot à vélo.

Des clins d'œil à Fenêtres sur cour et à Jour de fête, il y en a à foison. C'est du tonnerre ! Et le plus beau réside peut-être dans les détails que l'on perçoit si l'on est attentif. La lumière, le vent, l'atmosphère… et la dernière planche, de nuit… On peut être dérouté à la première lecture par cet accordéon mais très vite on devient captif et on ne cessera de le relire, dans un sens, l'autre, croisant les scènes de jour, de nuit.

À la fois ludique et poétique comme Tati, inquiétant et dramatique comme Hitchkock, cet album est un délicieux jeu de piste plein d'amour, de tendresse, où s'expriment des banalités très humaines (dont la bassesse, voire la cruauté) dans un quotidien où rien de palpitant ne se passe à moins que, en y regardant de plus près…

Exit le noir & blanc d'antan. Place à la couleur et à la peinture. Rabaté a du talent !

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Pascal Rabaté.

 

 

 

 

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