
Pas à pas, à l'écoute du silence

Éditions Des ronds dans l’O.
Tanguy Dohollau nous invite seul, pour la première fois, dans un roman graphique — après La Diagonale des jours réalisé en 1995 en compagnie d'Edmond Baudoin. Nous connaissions son talent de dessinateur, d’aquarelliste, d’illustrateur (Comment non ? Rendez-vous sur son site), son amour de la Bretagne, son attirance pour la philosophie chinoise, sa générosité envers les handicapés et son sens pédagogique (cf. sa biographie). L’on découvre aujourd’hui certains univers littéraires (François Cheng, Richard Weihe), cinématographiques (Ozu, Tarkovski) et musicaux (François Couturier, Claude Debussy) qui l’accompagnent depuis toujours. En synergie, ces nourritures humaines et artistiques ont façonné un esprit libre, d’une extrême sensibilité, mise au service d’autrui.
Attentif et curieux, Tanguy Dohollau tente de capter à l’encre de Chine l’essence du temps, la noblesse et la beauté du monde, la richesse et l’avantage de la simplicité, des êtres et des choses, en traitant en parallèle deux rencontres : celle d’une femme seule et aveugle avec un auteur SF à succès de bande dessinée ; l’œuvre de Chu-Ta, peintre, calligraphe, poète chinois du XVIIe (1626-1705). Plutôt que jouer sur l’opposition, c’est par un subtil jeu de miroir que Tanguy Dohollau a choisi de composer cet album, tout de nuances noir & blanc. Un album d’échos poétiques, picturaux, musicaux et cinématographiques. Un roman doux, humain, initiatique. Un éveil aux sens, une quête d’essence magnifiques.
Mariant habilement le lavis, la pointe mine, l’aquarelle et la calligraphie, Tanguy Dohollau alterne les plans larges, les gros plans — parfois sur des choses « insignifiantes » et pourtant essentielles —, les épures nichées au cœur de cases verticales, horizontales, plus ou moins hautes, larges. Un tracé fin, précis, détaillé, suivi d’une aquarelle humide, volontairement floue pour que le rêve s’envole. Un graphisme de l’attente, de la patience, de la lenteur. De l’écoute de soi, de l’autre, du silence. La pâte prend, indéniablement. En une centaine de pages une osmose s’établit entre l’écrivain-dessinateur et le lecteur, au même rythme que s’apprivoisent les protagonistes de l’histoire qui ne manquent ni d’humour ni de courage. Au plus près de la vie, de la nature, de l’art, de leur partage et de leur compréhension, découvrez Pas à pas, à l’écoute du silence… Sérénité, profondeur, élégance, intelligence, beauté, épanouissement garantis. Du grand art.
Pascale Arguedas
Lire le dossier sur Tanguy Dohollau.