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La Lumière des polders


Éditions Arléa

 

 

Polder : mot fascinant, un peu mystérieux, pour désigner cette région mystérieuse et fascinante - victoire des hommes sur la mer -, qui s'étire le long de la côte, depuis le Nord de la France jusqu'à la Zélande hollandaise. Entre le ciel et l'eau, la lumière y est partout souveraine - lumière mouillée qui baigne un paysage où le mystère, et une sorte de beauté inquiétante s'éprouvent à vif. Paysage du Nord, les polders s'étendent sur une zone sans frontière, un nord improbable dont on ne sait où il commence ni où il finit. Peut-on dire que les polders engendrent un état d'âme ? Sans nul doute, si on prend la peine de les découvrir accompagné. Ainsi, au fil des saisons, le narrateur visite cette région avec une femme qu'il ne nomme pas, avec sa fille encore enfant, son fils adolescent, sans oublier un critique d'art, un amateur de bicyclette, et un prêtre octogénaire et aveugle. Leur présence à ses côtés met en lumière toutes les facettes de l'insaisissable. Variations musicales sur une région unique, ces récits ne sont pas loin d'une déclaration d'amour au paysage, que chaque rencontre, chaque être, vient éclairer d'une lumière nouvelle.

Voici un livre rare qui fait enfin l'éloge des polders ! Il était temps qu'Alain Bertrand vienne donner quelques coups de pédales vigoureux et lumineux pour chasser d'un coup de vent vivifiant ce halo de bruine poussiéreux que les littérateurs ne cessent de semer sur les polders. D'un ton contenu et poétique, attentif aux couleurs du ciel, à la course des nuages, aux peupliers des chemins, aux tulipes humides et au regard des vaches, il fait aussi la lumière sur les gens qui les traversent. Contant avec talent ce paysage où l'on «ne croise que soi à perte de vue», Alain Bertrand, caressant, voluptueux, attentif et sournois, parcourt ces surfaces planes balayées par des pluies obliques en compagnie d'une curieuse pharmacienne, de flamandes blondes aux mollets ventrus qui servent de sacrées bières, d'un vieux prêtre en perte de vitesse, d'un critique d'art qui « pèse trois colonnes dans un quotidien du soir », et nous convie à un pique-nique familial mémorable. Le vélo semble être l'engin rêvé pour remonter la piste des souvenirs d'enfance car « la bicyclette est une manière d'enfance éternelle, de celle qui n'a pas besoin de jambes pour pédaler ». En danseuse, à contrevent ou en zig-zag, rien ne distrait cet ardennais amoureux de son plat pays pour jouer une belle fugue en six mouvements. « Une douce euphorie vous gagne: le vent vous rince le visage, la lumière vous essuie les yeux; bientôt, vous êtes ailleurs, c'est-à-dire nulle part. » Le bonheur littéraire serait-il au bout du dérailleur onirique ? Certainement !

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Alain Bertrand.

 

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