
Contrebande

Éditions Le Dilettante
André Blanchard récidive en publiant la suite de ses Carnets. Entre 2003 et 2005, ça ne s’arrange pas, pauvre de lui ! Sa vie à moitié morte continue à se dessiner entre les pages, heureusement sauvée de l’enfer — la mort d’un père parti trop jeune, un monde qui l’exaspère, une littérature qu’il défend et une autre qu’il enterre à grands coups de dents.
Ce moraliste des temps modernes est un cynique souriant, un désabusé qui égratigne les morts et les vivants à la sauce Cioran (bien qu’il s’en défende), grattant quotidiennement le papier comme un Léautaud. Direct, caustique, hanté par la mort, parfois d’une mauvaise foi toute humaine mais surtout d’une liberté heureusement scandaleuse, on lui pardonne car il nous fait sourire et aimer les francs, ceux qui ont une vraie personnalité assumée, vénérée par un petit nombre et souvent conspuée. Derrière le vernis, un homme à la coupe remplie de spleen s’enferme dans une vie de galerie… d’art où il travaille et ouvre l’œil ! L’oreille tendant pavillon noir aux inepties du coin et planétaires, il se venge d’une plume acide et travaillée sur le dos des politiques, de la société et à travers les siècles littéraires, ayant une prédilection pour ceux qui ne font pas l’actualité. Il ne peut pourtant s’empêcher de commenter l’obscénité contemporaine des acteurs de la chose : « la mauvaise littérature même sans l’ouvrir se ménage toujours un alibi […] quand la médiocrité vous barre le chemin, le rebrousser, c’est ne pas se salir. » Peut-on lui donner tort ? On adhère et on ne lui coupe pas le sifflet, au contraire ! On écoute ses phrases triées sur le volet, même si on ne partage pas tous ses délires, souvent d’une drôlerie rocambolesque. On aime ses petits apartés poétiques, doux et presque sereins : « Les feuilles font de la voltige. Les oiseaux, un moment vexés, se reprennent en voyant qu’elles n’iront pas plus loin. Ils perdent un abri, et gagnent en amour-propre. Ils sont on ne peut plus à leur place, au-dessus de nous. » Ce chroniqueur franc-tireur est un grand lecteur marginal qui avance sans brader ses mots, de guingois dans une vie qui ne le fait pas rire, et droit devant dans la grande littérature où il trouve matière à exister sans avoir à la vivre. Il pose de vraies questions : « Qu’est-ce qui devrait commander à tout écrivain ? Ne pas dire en trois mots ce qui tiendrait en deux. ». Il règle ses comptes parfois à hue et à dia mais avec humour et continue à s’en prendre à Dieu de plus en plus violemment. À force de s’enliser dans son refus de réussir, il risquerait bien d’y arriver, le bougre, avec sa sobre et noire ironie. Qu’il se méfie, on va se mettre à parler de lui !
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L’auteur
Loin de Paris, où il ne se rend plus guère depuis une douzaine d'années, André Blanchard vit avec une compagne, professeur de lettres classiques, et un vieux chat, dans une vieille maison du centre de Vesoul, après des années passées dans une HLM de la même ville. Aux petits boulots a succédé un emploi plus stable à l'accueil de la salle d'exposition locale, au milieu de peintures modernes qui lui inspirent des commentaires à l'acide.
Pascale Arguedas