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Pays à vendre


Éditions Sabine Wespieser

 

 

Nils Baker, privé au grand cœur sous ses dehors d'ours mal léché, a quitté Paris pour venir s'installer dans les Alpes-de-Haute-Provence, sur une terre qu'il cultive entre deux affaires locales. Une terre qui n'est pas à vendre malgré l'arrivée des investisseurs attirés par les promesses touristiques de la région. Embrouilles immobilières couvertes par les politiques locaux, meurtres, disparitions, Baker mène l'enquête. Dans sa propre ferme, il organise la résistance : en camp retranché avec son carré de fidèles, filles et garçons partageant une joyeuse communauté, il résiste, comme le dernier des Mohicans, aux intimidations des maffieux, qui eux ne plaisantent pas. L'aventure, plutôt cocasse, tourne bientôt à la tragédie. L 'enquête laisse place alors à un vrai roman dont les personnages, comme toujours chez André Bucher, trouvent dans la nature et sa magie païenne une ultime consolation.

Ce roman noir a été le premier roman écrit par André Bucher, dans un style radicalement différent des deux autres publiés précédemment, ce qui n'empêche pas le lecteur de demeurer admiratif devant une telle audace dans l'écriture. Il semble que l'auteur n'hésite pas à explorer, avec talent, différentes voies en gardant pour décor sa chère vallée du Jabron. Il se penche ici sur les années beatnik et libertaires avec son incomparable musique qui singularise tous ses ouvrages. Une musique très présente, au propre - avec les airs de Dylan, de Pink Floyd ou de Texas - comme au figuré, par son style très particulier qui colle aux personnages. Avec des mots calibrés pil poil, magiques, André Bucher propose une poésie touchante et nonchalante à la Brautigan qu'il cite magnifiquement (« Nous sommes rentrés en nous donnant la main. Les mains, c'est gentil, surtout quand elles reviennent de faire l'amour. ») On est conquis par la simplicité apparente de cette écriture qui arpente des chemins peu usités avec en permanence une sensibilité qui ne dérape jamais en sensiblerie. On sent son amour-haine pour cette terre : « J'aime bien voir labourer. C'est un spectacle dont je ne me lasse pas. On a l'impression d'être en ordre avec la terre, une fois les sillons empilés les uns à côté des autres, on dirait des rondins sur une île flottante. Un jour, on se retrouve avec les disques rayés et le dos en compote. Ça, c'est moins drôle. » Il ne faut pas croire que ce qui se dit, en dehors de la forme, sur l'écologie, l'environnement, la désertification des campagnes et les ambitions touristiques des vautours n'est pas empreint d'une gravité et d'une certaine colère. « La montagne devient toujours, pour celui qui lutte avec elle, à la longue, une histoire personnelle. » On le sent, on le vit par procuration  le temps d'une lecture, voire plus. En exergue, une citation de Masanobu Fukuoka, tirée de La Révolution d'un seul brin de paille  : « Ne sois pas un montagnard, sois une montagne. Et déclenche des avalanches en haussant les épaules. » C'est réussi Monsieur Bucher, attention derrière vous !

Pascale Arguedas

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