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L'Or


Éditions Gallimard, collection "La Bibliothèque".

 

 

Cendrars est un conteur hors pair !

Suisse, 1834. Johann August Suter, 31 ans, sans le sou, veut de l'or. De l'or ! Il quitte sa famille, son pays et part pour l'Amérique, prend le bateau, débarque à New York, pousse sa route jusqu'en Californie. Il achète une parcelle de terre, creuse une mine, négocie avec les Indiens, les Mexicains, le Gouvernement californien, fait venir des ouvriers, du bétail, des machines. Au bout de dix ans d'un travail acharné, Sutter est à son apogée. Nommé général, il est en passe de devenir l'homme le plus riche du pays. Mais le destin en a décidé autrement. En janvier 1848, son charpentier Marshall découvre de l'or sur ses terres. C'est le début de la tragédie de Sutter : ses ouvriers s'enfuient, ses terres sont dévastées par les milliers de chercheurs d'or qui affluent. Sa femme, venue le rejoindre, meurt d'épuisement à son arrivée. Il engage une procédure juridique contre l'État américain. Il réclame justice ! Sans résultats. Pendant des années, il continue son procès, inutilement, se fait escroquer, incendier, perd ses deux fils, et sa fille le renie. En 1880, sept petits voyous croisent un vieillard brisé et lui annoncent en plaisantant : « Général ! général !" tu as gagné ! Le congrès vient de se prononcer ! Il te donne 100 millions de dollars ! » Johan August Sutter se dresse tout raide, ne dit qu'un seul mot : « Merci ! », puis meurt sous le coup de l'émotion. Le Congrès n'avait même pas siégé ce jour-là.

Grand voyageur et aventurier, l'œuvre fiévreuse et violente de Cendrars est nourrie de ses expériences et de ses souvenirs. Ce général aventurier suisse a réellement existé et fondé La Nouvelle Helvétie, un petit État en Californie. On suit donc l'ascension, aussi vertigineuse que la chute, de ce général armé d'un incroyable courage.  Mais l'or ne rend pas heureux, il rend seulement riche et envieux. « La découverte de l'or m'a ruiné. Je ne comprends pas. » Blaise Cendrars fait une analyse psychologique très fine de ce pionnier et une critique en règle de cette épopée diabolique qui fit de nombreuses victimes. Son écriture est simple, moderne, poétique et vivante. Quel rythme dans ces phrases courtes, ses énumérations, ses interrogations, ses rimes ! On plonge illico dans une aventure sans temps morts. Que de bonheur et d'émotion à lire et à relire cette découverte du mythe de la ruée vers l'or ! Cendrars termine son roman sur un ton ironique qui lui sied à ravir : « Qui veut de l'Or ? Qui veut de l'Or ? »

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Blaise Cendrars.

 

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