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Francis Bacon,

Le ring de la douleur


Éditions Ramsay/Archambaud et Le Dilettante.

 

 

Francis pénètre dans le Centre Pompidou un peu par hasard et assiste à une exposition organisée en l’honneur d’un certain Francis Bacon. Soudain c’est le choc. Esthétique, humain, existentiel. Une douleur sans langage et infiniment signifiante s’installe entre le spectateur candide – aux jambes et au cœur un peu lourds - et la figure peinte. Confronté aux toiles vertigineuses de Bacon, il se retrouve soudain face à tout ce qui l’oppresse, tout ce qui lui leste durablement les épaules. Mais ces images violentes, au lieu de le blesser, vont prendre en charge ses propres douleurs et il sortira de l’exposition libéré de ses terreurs.

Quatre-vingt-dix pages à peine et un violent uppercut dans le ventre qui vous envoie dans les pommes, fait défiler les étoiles. Vertiges des toiles dont on n’apprend quasiment rien mais qui sont le miroir d’une douleur insupportable. On les reçoit en pleine poire, on souffre, et on n’en revient pas que si peu de mots puissent faire aussi mal, puissent être aussi beaux, puissent rendre K.O. Magistral Ring de la douleur de Pierre Charras qui fait fort, très fort, en évoquant les bribes de vie d’un homme qui reçoit la révélation de sa singularité en regardant une œuvre exceptionnelle ! Les souvenirs remontent à la surface, dégueulent leur bile couleur grenat dans les cordes nouées des souvenirs : la viande pourfendue de la boucherie familiale, une jeune fille aux cannes croisée dans une librairie, un idiot à la plage, une danseuse en boîte, des cris d’animaux mordus à mort, des coups portés, le corps mort du père… Tableau après tableau, en triptyque parfois, cet éventail de la souffrance s’épanouit en brefs chapitres et laisse déborder une ombre d’oiseau de proie qui gagne la nuit, petit à petit. On avance, le souffle de plus en plus court. On halète, sous le choc. Les enchaînements sont rapides, terrifiants. On est ivre de douleur, de beauté, d'émotion. Puis le tourment s’en va comme le sang d’une blessure, doucement. Après le chaos, chacun renaît et parle le même langage : le peintre avec ses couleurs, le spectateur et le lecteur avec ses yeux et Pierre Charras avec ses mots, son style éblouissant... Lisez ce magnifique ouvrage si vous avez le moral au-dessus de zéro, sinon vous volerez en éclats. C’est terrible, si beau, qu’on cherche encore les justes mots qui n’existent probablement dans aucun dico…

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Pierre Charras.

 

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