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Bonne nuit, doux prince


Éditions Mercure de France, collection "Bleue".

 

 

La douceur du titre évoque l’amour bouleversant d’un homme qui dit adieu à son père parti trop tôt, bien des années avant. « Dis, sais-tu que je t’aime ? Que je n’ai jamais cessé de t’aimer ? » Le narrateur n’en finit pas d’être un petit garçon qui tisonne dans sa solitude adulte des souvenirs d’antan. Ils ne se sont jamais rien dit. Il est trop tard à présent, sinon en écrivant pour sortir de l’isolement, pour s’en parler à soi-même et aux autres, pour faire le tour des joies, des déceptions et de l’amour qui était l’affaire de leurs vies. Un amour pudique rempli d’occasions manquées, de silences et de non-dits, d’intentions et de désirs non avoués, de générosité et de gestes qui n’ont pas eu lieu. Pierre Charras nous invite à faire le tour de cette famille, davantage honnête que modeste, qui vécut heureuse malgré les séparations, la pauvreté et le manque d’instruction. Les plus belles bouffées émergeantes sont tactiles. Une main serrée protégeant l’enfant de tout sauf de la peur des gens et des choses. Un regard d’espoir, d’inquiétude, d’attente, chargé d’amour. Un soupir de plaisir lors des journées insouciantes de pêche en rivière entre père et fils. Dans ce  cocon familial en forme de trio où la mère aurait voulu avoir mis au monde son mari tant elle l’aimait, le fils est la consolation, la preuve de cet amour, non pas le destinataire. La douleur inonde alors, fait remonter les sanglots des mauvaises pentes, celle des espoirs déçus, des incompréhensions, d’un fils répudié qui ne reverra son père qu’à l’article de la mort.

À la fois tendre, sensible et pleine de compassion, cette histoire est empreinte de nostalgie, traversée par un temps sépia, une époque de début de siècle. On feuillette cette lecture comme un album photo de famille en noir et  blanc où de belles âmes sont en marche, vivant chichement et amoureusement, allant au cinéma voir des navets qui forgeront en creux le goût pour le beau, évitant les dangers pour conserver l’équilibre précaire de cette aventure terriblement humaine qu’est la vie simple. Avec une écriture épurée, des mots justes et quelques métaphores, l’auteur partage une émotion magnifique qui ne tombe pas dans le pathos. Elle nous parcourt de frissons savamment distillés, de baumes au cœur et de coups de poignard : « Comme un cul-de-jatte qui a mal aux jambes j’ai mal à mon père. » On quitte ce roman bouleversé, touché par la grâce d’une écriture aérienne, intime et fine, d’une sensibilité fragile et belle, d’un style retenu et digne, qui soulignent la complexité des rapports humains. Bien que douloureuse, voici une très belle déclaration d’amour : « Oui, oui, je le sais. Et moi aussi, je t’aime. »

Bonne nuit, doux prince a fait partie de la première sélection du prix Renaudot, du Renaudot des lycéens, du Femina 2006 et de la deuxième sélection du Prix du style 2006. Il a reçu le Grand Prix Poncetton de la SGDL 2006 qui récompense un auteur pour l'ensemble de son oeuvre ; le Prix des Romancières 2007, dans le cadre du Salon du Livre de Saint-Louis, qui récompense un auteur de roman grand public ; le prix Initiales Automne 2006.

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Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Pierre Charras.

 

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