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Quelques ombres


Éditions Le Dilettante

 

 

Huit nouvelles, huit thèmes rassemblés autour d’un mot : humanité. Cruel, tendre, sensible, ironique et terrible, Pierre Charras laisse traîner son regard acéré dans les coins d’ombre, les instants de rupture. Il  ne cesse de pétrir les énigmes et les faiblesses d’homme. Ce fourailleur de béances et d’états d’âmes excelle dans le court, le ciblé, le ressenti et l’indicible qu’il parvient pourtant à dire. Il dissèque en une tendresse infinie et une douleur exquise nos comportements et les maux de société, s’appuyant sur une observation minutieuse et une plume lumineuse. Il n’épargne personne et rien ne lui échappe. Jusque dans les moindres détails, recoins, il voit, sent, comprend, imagine, écrit, brassant merveilleusement des histoires inventées ou vécues qui reviennent le hanter au fil des livres : le théâtre, le métro ou le train, la maladie d’amour, l’Histoire, la mort, le rendez-vous manqué, le handicap, et bien sûr, l’enfance.

Encore un très beau recueil de nouvelles de Pierre Charras. Quel écrivain, quelle écriture, que d’émotions ! Ce petit livre est épatant. Les lecteurs de fragments seront comblés et les apprentis écrivains sacrément envieux. L’auteur installe en quelques mots simples un nid, une atmosphère, un univers. Il avance doucement, monte le son puis surprend par une chute mortelle ou bien il ironise, dramatise, caresse, joue la comédie, prend les tripes et nous aspire dans une spirale de métastases de l’indifférence, de la haine, de la peur ou de l’incompréhension. Mais il nous dorlote aussi avec des monceaux d’espoir, d’amours irisés de tendresse, de candeur juvénile. On passe du chaud au froid. Le tiède et la mélasse, il ne connaît pas, préfère flirter avec les songes, jouer avec nos nerfs, diffuser de la lumière à travers des paupières closes. Alliant mystérieusement dérive et réalité, onirisme et pragmatisme, Pierre Charras est un soleil noir, un voile d’écume blanche qui se déchire sur les rochers de l’absence. Il nous tient serré avec sa mélancolie, sa compassion, son amour de l’autre, ses dénonciations et son air de ne pas y toucher alors qu’il sait nous poignarder cruellement, nous faire sourire aux morts et embrasser ses légendes. C’est un phénomène cet écrivain qui pèse chaque mot, l’éclaire, le sent, l’essore pour ne garder que le juste poids, celui du vertige qui grignotera le lecteur à chaque page, redoutant de tourner la suivante. Happé pourtant, il dévorera et boira ces Quelques ombres jusqu’à la lie. Comment se défendre face à un tel pouvoir ? En le lisant et le relisant.

Lire un extrait.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Pierre Charras.