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La Dernière Leçon


Éditions Seuil, collections "Cadre rouge" et "Points".

 

 

Noëlle Châtelet raconte la mort, choisie et annoncée, de sa mère. Voici le portrait d'une vieille dame de quatre-vingt-douze ans, ancienne sage-femme, femme de tempérament, atypique, généreuse, drôle, qui donne une formidable leçon de vie et d'amour en brisant les tabous qui entourent la mort et son cortège d'émotions macabres. Elle fait vivre à ses enfants l'expérience du deuil par avance, où bien vivre c'est aussi bien partir, en le mûrissant tendrement. Elle ne fuyait pas la vie mais l'extrême vieillesse. Une immense fatigue, des fous rires, une soif de liberté, de choisir. L'apprentissage progressif du détachement et de l'absence est difficile évidemment, la transmission, la préparation de ses enfants à cette disparition demandent une grande force morale. Un traitement homéopathique de l'âme pour s'immuniser contre la violence de la mort. Un récit émouvant, un superbe hymne à la vie, un « rire diamant » brillant d'intelligence et de respect.

Dans ce récit troublant et bouleversant, Noëlle Châtelet interroge le lecteur et ouvre un débat incontournable : « Tu m'apprenais ta mort comme tu m'avais appris à manger et à écrire, me corrigeant, me reprenant, prête à voler à mon secours, prompte à me soutenir. » Un récit extrêmement émouvant car c'est une bouleversante réflexion sur la liberté de mourir (choix qui était courant dans l'Antiquité et plus près de nous en Inde ou en Afrique). Un livre vivant de sagesse où l'auteur montre que la mort peut être quelque chose qui se prépare, comme le travail de deuil. La délivrance, mot qu'on utilise pour la naissance et que disait sa mère au sujet de sa mort. Travail de l'accouchement, travail de deuil, un cycle, une boucle qui doit se boucler dans la paix si possible... Deux éléments donnent le ton intime et pudique à ce récit : l'annonce d'un « calendrier » et le choix de la forme épistolaire, à la deuxième personne dans la lettre d'une fille à sa mère qui ne la lira jamais. Une forme déterminante qui crée une proximité immédiate pour le lecteur qui prend sa première leçon : « Allez, vas-y, n'aie pas peur » dans une scène générique transmise par une photo. Dans son style si sensible, une langue lumineuse, on s'attache à la beauté d'une connivence, d'une complicité toujours vivante. Noëlle Châtelet parvient à ne jamais rendre impudique le partage, pourtant sans détours, de cette expérience, à faire ressentir toutes les contradictions, tous les remous. La force de ce livre vient aussi de son écriture souple, serrée, et sa beauté tient à son ton de conversation intime. On comprend bien plus que ne peut l'imaginer l'auteur qui, sans le moindre pathos, trouve le baume des mots pour dire nos indicibles. Le rire conjure les larmes, une belle philosophie de vie pour rendre la mort bien vivante.

Prix Renaudot des lycéens 2004.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Noëlle Châtelet.

 

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