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JMG Le Clézio


Éditions Le Chêne et Gallimard, collection "Folio".

 

 

Attiré par le désert parce qu'il en attend quelque chose d'humain, et par les Indiens parce que nous avons tant à apprendre d'eux, J. M. G. Le Clézio est un « nomade immobile ». Depuis qu'un matin de 1948, un cargo hollandais le mena jusqu'au Nigeria pour retrouver un père qu'il n'avait jamais vu, il sait que vie et écriture ne font qu'un. Depuis l'époque où il est allé chez les Emberas, il est à la recherche d'une cohérence et d'un équilibre philosophique. Des maisons sans murs, un temps qui revient, du bonheur à conquérir, Le Clézio n'est pas un rêveur. Sa littérature dénonce, provoque, combat. Conçu à partir de longues conversations que Gérard de Cortanze a eues avec l'auteur du Procès-verbal, ce livre tente de soulever des pans du voile. En suivant à la trace un écrivain qui « n'invente pas mais transmet », cet essai biographique évoque les étapes d'une vie et d'une oeuvre qui s'apparentent à une longue quête : celle d'une maison familiale perdue.

Que l’on connaisse ou pas l’univers de Le Clézio, ce livre est précieux car Gérard de Cortanze, en s’appuyant sur la bibliographie prodigieuse de Le Clézio, tente de cerner l’homme à travers ses œuvres et sa vie. « Je ne cherche pas un dieu, mais un homme ; je ne cherche pas un paradis, mais une terre. » Il montre les influences, fait les jonctions, défend des points de vue, fait la lumière sur des faces cachées que l’auteur n’a jamais voulu publié, dessin, bande dessinée, aquarelle, poésie. Gérard de Cortanze décrit Le Clézio comme un nomade immobile et non un voyageur ou un errant, un homme qui considère que « le mouvement est la seule façon d’être en harmonie avec cette insécurité continuelle », un homme qui cherche sa place dans l’univers, qui nomadise contrairement à l’errant qui n’a pas de but. Un homme qui marche pour se connaître, pour se trouver, pour observer. « Fuyant les yeux des autres qui le vident de sa substance, l’homme qui marche avance vers son écriture. » J.M.G. Le Clézio semble remonter les étapes de sa vie sous la forme d’une quête, celle d'une maison familiale perdue. « On n’écrit jamais que sur ce qu’on aime… » Les voyages réels ou imaginaires lui viennent de ses lectures : « le livre libère, fait sortir de soi, pousse à aller ailleurs. La faille, la libération naissent du temps du livre et de la lecture, et créent du langage, c’est-à-dire de la matière. […] On ne peut pas dormir tranquille à côté d’un livre ouvert, comme si on n’était pas sûr de ce qui allait en sortir. Je crois profondément que les livres sont les éléments les plus dangereux d’une époque, les plus beaux aussi, les plus risqués pour celui qui les lit et celui qui les écrit. Lire ou écrire, je ne vois pas la différence, c’est un tout. » Cet ouvrage est un très beau livre.

Pascale Arguedas

 

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