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Aucun de nous ne reviendra


Éditions de Minuit

 

Saviez-vous que la souffrance n'a pas de limite
l'horreur pas de frontière
Le saviez-vous
Vous qui savez.
Charlotte Delbo

 

« Aucun de nous ne reviendra. Aucun de nous n'aurait dû revenir. » Ainsi se termine ce livre écrit en 1946 par Charlotte Delbo qui a mis du temps à le publier (1970). Aucun de nous ne reviendra est le premier opus du triptyque Auschwitz et après, constitué d'Une connaissance inutile et de Mesure de nos jours, tous deux publiés l'année suivante. Ils rappellent les Carnets d'oflag de Georges Hyvernaud, Nuit et brouillard de Jean Cayrol. Sauf qu'ici, c'est de femmes dont il s'agit, ou plutôt de ce qu'il en reste quand le temps est aboli, quand seule la barbarie vit. Des femmes déportées dans le convoi du 24 janvier 1943 à destination d'Auschwitz-Birkenau. Arrêtée et déportée parce qu'elle faisait partie d'un mouvement de résistance — le réseau Politzer — Charlotte Delbo, communiste et combattante, se souvient en écrivant pour les autres et pour elle-même. Elle écrit à toute allure, au retour, sur un cahier à spirale qui respire l'urgence du souvenir et la fulgurance, un abyssal désespoir et un mal à survivre. Elle signe une douloureuse et bouleversante incantation, dite par une voix tendre et déchirante.

« (…) il est une gare où ceux-là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent/ une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus./ C'est la plus grande gare du monde./ C'est à cette gare qu'ils arrivent, qu'ils viennent de n'importe où./ Ils y arrivent après des jours et après des nuits (…) Tous ont emporté ce qu'ils avaient de plus cher parce qu'il ne faut pas laisser ce qui est cher quand on part au loin./ Tous ont emporté leur vie, c'était surtout sa vie qu'il fallait prendre avec soi./ Et quand ils arrivent/ ils croient qu'ils sont arrivés/ en enfer/ possible. Pourtant ils n'y croyaient pas./ Ils ignoraient qu'on prît le train pour l'enfer mais puisqu'ils y sont ils s'arment et se sentent prêt à l'affronter/ avec (...) les vieux parents avec les souvenirs de famille et les papiers de famille./ Ils ne savent pas qu'à cette gare-là on n'arrive pas (…) »

 

 

 

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