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Une vie française


Éditions de L'Olivier

 

 

Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58, à Pompidou après 68 et qui s'offrit à Giscard, puis à Mitterand avant de se jeter finalement dans les bras de Chirac. Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, Paul fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète, et se passionne pour les arbres, qu'il photographie. Une vraie série noire — krach boursier, faillite, accident mortel, folie — se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique. Si l'on retrouve la plupart des caractéristiques de l'œuvre de Jean-Paul Dubois — dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon —, c'est pour mieux se laisser entraîner dans une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres. Après cinq ans de silence, Jean-Paul Dubois traverse le siècle au pas de charge avec un roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales.

Jean-Paul Dubois montre le monde dans son absurdité, sa bêtise et sa lâcheté, mais sans jamais sombrer dans le désespoir. Il restitue l'époque, ses couleurs, ses contradictions, ses débats et ses désillusions. Il tourne autour du désir, de l'amour, des crises identitaires, de l'angoisse de vieillir, des illusions perdues. Avec un esprit pétillant autant que cinglant, il sait nous faire rire, même beaucoup. Il arrive aussi que l'émotion vous submerge. Le tragique côtoie l'épique, les morceaux de bravoure alternent avec les moments légers. Et puis il y a l'humour, l'ironie, la dérision et l'écriture vive, cursive, hachée. Ceux qui ont traversé cette époque vont sûrement se reconnaître et passer un bon moment de lecture. Moi, je m'y suis peu identifiée, peut-être à cause de mon jeune âge… J'ai lu ce roman comme une histoire bien écrite parmi tant d'autres. Un grand livre ? Certainement pour beaucoup d'entre vous.

Prix du roman Fnac 2004 et Femina 2004.

Pascale Arguedas

Interview de la Fnac, attention talent 2002.