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La Douleur


Éditions Gallimard, collection "Folio".

 

 

La Deuxième Guerre Mondiale, Marguerite Duras l'a vécue à la fois comme femme dont le mari a été déporté, comme résistante, mais aussi, comme écrivain. Lucide, étonnée, désespérée parfois, elle a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que lui inspirait tout ce qu'elle voyait, ce qu'elle vivait, les gens qu'elle rencontrait ou affrontait. Ce sont ces récits et des extraits de son journal que Marguerite Duras a réunis sous La Douleur, Monsieur X. dit ici Pierre Rabier, Albert des Capitales, Ter le milicien, L'Ortie brisée et Aurélia Paris.

La Douleur est un récit autobiographique, le journal de l’absence éprouvante, de l’attente chargée de menaces, de la peur atroce, écrasante, du désespoir, de la honte de vivre en attendant le retour de Robert Antelme (Robert L. dans le texte), son mari, déporté dans un camp allemand. Elle ignore en cet avril 45, printemps de la Libération, s’il est toujours vivant. Errante dans une ville assommée, courant de bureau en bureau, maudissant son téléphone, ne mangeant plus, ne dormant plus, elle attend, elle guette, elle cherche le moindre signe d’espoir. La guerre continue en elle alors qu’alentour la joie de la Libération s’extériorise. Son groupe de résistants se réorganise pour encadrer le retour de ceux qui en revienne. Lui aussi en reviendra, dans un corps où la vie n’a plus de poids. Robert Antelme écrira son expérience concentrationnaire dans L’Espèce Humaine en 1947, bien avant la publication de La Douleur, et Marguerite Duras, pas encore l’auteur illustre qu’elle fût, faisait alors entendre dans son journal sa lutte éperdue contre les forces de la nuit, l’absolue nécessité du combat pour la vie. Les pages décrivant le retour et la lutte pour la vie de Robert Antelme sont très dures et magnifiques. La Douleur est un texte poignant, très émouvant, un témoignage sur la folie des hommes. L’écrire, pour Duras, fut probablement faire taire en elle la colère et la rage, une manière de supporter le supplice pour ne pas sombrer dans la folie, mais aussi, une façon de ne rien oublier. Les autres textes nous montrent une Marguerite Duras engagée dans la résistance. Une femme qui torture un donneur, a envie de faire l’amour avec un milicien à l’idée courte, chez qui la mystique du chef tient lieu d’idéologie et justifie le crime. Une femme écrivain qui rapporte une lutte de classe ou l’histoire de l’amour fou d’une vieille dame pour une petite fille juive abandonnée. « Apprenez à lire : ce sont des textes sacrés. », nous invective-t-elle. Ils le sont, en effet. Nous les lisons avec respect et émotion, car elle exprime sobrement des sentiments paroxystiques, sans effusion lyrique, en phrases courtes, brutales, hachées, d’une force bouleversante. Son style inimitable, violent et extrêmement juste, suggère l’ineffable et le communique pleinement. Un grand livre.

Pascale Arguedas

Marguerite Duras est entrée dans La Pléiade en 2011.

Lire le dossier sur Marguerite Duras.

 

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