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La Nouvelle de A à Z


Éditions Rhubarbe

 


La presse et la nouvelle : « A la différence du roman, le recueil de nouvelles n’est jamais conçu en vue de la prière d’insérer. Chacune des pièces détachées qui le composent correspond à l’idée, à l’humeur d’un moment, et il n’est pas possible à l’usage d’un critique un très bref et très substantiel résumé qui les dispense de lire le volume. » Cette pique de Marcel Aymé en 1950 est toujours d’actualité ! Peu de lecteurs de nouvelles, peu d’éditeurs, de critiques littéraires ou de libraires osent s’aventurer à promouvoir la nouvelle qui ne se vend pas. C’est sans compter René Godenne et son essai passionnant sur la nouvelle française et francophone ! Il s’adresse aux amoureux du genre et tente de convaincre les frileux à l’aimer et la lire. Sous la forme d’un abécédaire, cet impénitent liseur de nouvelles, vous offre son petit dictionnaire vagabond et amoureux de la nouvelle qui n’est autre qu’une promenade alphabétique à travers le temps, du XVe siècle aux années 2000. « A l’heure où la nouvelle est devenue plus un objet d’étude qu’un objet de lecture, il était opportun de donner vie à ce qui fait la substantifique moelle d’un genre, de donner aussi le plus souvent la parole aux nouvellistes. » C’est ce qu’il fait et de la plus belle façon, citant leurs merveilles, des textes qui donnent l’eau à la bouche et font noircir une page personnelle d’œuvres à découvrir ou relire.

Il séduit, ce lecteur historien belge plein de curiosité qui défend sa promise, se tenant, comme elle, à l’essentiel : le texte concis d’abord. Preuves à l’appui, de nombreuses citations en béquilles salvatrices (Maupassant, Mérimée, Daudet, Green, Morand, Buzzati, Barbey d’Aurevilly, Yourcenar, Blanc, Faye, Châteaureynaud, Daeninckx, Gunzig et des centaines d’autres), il parcourt le boitement des siècles littéraires où la nouvelle, frappée d’ostracisme, ne connut jamais de faste période puisqu’elle recense plus d’auteurs (et concours d’écriture) que de lecteurs, à l’image de la poésie et du théâtre, contrairement au roman considéré comme bien plus noble. Comme lui, elle a une histoire qui couvre six siècles. Cette promenade est donc l’histoire d’un handicap jamais comblé. Quel bonheur de lecture ! Le nouvelliste est un conteur qui travaille l’écriture car la nouvelle n’autorise aucun dérapage. Il n’est pas question ici de pleurer le manque de reconnaissance ou d’alimenter les incessantes luttes intestines du petit monde littéraire, ni de revenir sur les dissensions autour de la chute, du novella, du roman par nouvelles (je suis pourtant en désaccord avec René Godenne et sa vision intégriste qui lui fait parfois porter des oeillères, à chacun ses lectures!) mais bien de défendre une écriture précise qui dit tout en peu de mots, laisse la part grande au rêve. Un conseil de lecture de René Godenne que j'apprécie : « l’acte de lire une nouvelle est-il si rébarbatif qu’il éloigne le lecteur ? Je reprendrai ici quelques conseils personnels que j’avais placés dans une étude en 1995 : ne pas nécessairement commencer par le premier texte : parcourir d’abord la table des titres pour se faire une idée de la tonalité du livre […] ne pas nécessairement lire tous les textes ne pas oublier que la nouvelle ne développe pas, donc ne pas chercher à s’installer dans une histoire en fait, ne jamais lire un recueil comme un roman, perdre cette idée reçue que lire un recueil est chose difficile. Mieux vaut ouvrir un bon recueil qu’un mauvais roman (il y en a). Mais l’on ne sera prêts à devenir un lecteur inconditionnel de nouvelles que si l’on préfère tout savoir d’une histoire, d’une aventure, d’une vie en peu de mots et que l’on s’ennuie à la longueur. » Non seulement vous savourerez la variété de ses choix mais aussi vous instruirez. Saviez-vous par exemple que la première définition, en forme et due forme, de la nouvelle remonte à 1656 ? Elle tient du fabliau aux XVe et XVIe, se poursuit à l’inverse durant les XVIIe et XVIIe par une longueur plus affirmée avant de prendre le visage de notre conception actuelle au XIXe, puis évoluer au cours du XXe vers une dimension plus courte (en termes de pages) ne racontant pas nécessairement une histoire. Et… ne comptez pas sur moi pour paraphraser ces 150 pages, plongez, profitez du répertoire, des illustrations en noir et blanc aussi, tout vaut le détour ! Même si, sauf erreur de ma part, manque une grande nouvelliste française, Claude Pujade-Renaud, à l'origine avec Daniel Zimmermann de la feu revue Nouvelles, nouvelles (1985-1992).

Pascale Arguedas

 

L’auteur
René Godenne est né à Liège en 1937. Docteur ès Lettres, il a enseigné dans sa ville natale et à l'étranger. Prolixe et la plume facile, la bibliographie de René Godenne est fort abondante et portent sa signature livres, articles de périodiques, introductions à des réimpressions de textes du XVIIe siècles, notices, etc. Au talent de l'écrit est joint celui de la parole (interviews, conférences, débats, jurys, émissions diverses) pour ce "missionnaire" de la nouvelle qui ne veut négliger aucun moyen de communication.
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