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En lisant en écrivant


Éditions José Corti

 

 

« On écrit d'abord parce que d'autres avant vous ont écrit ». L’humble Julien Gracq, brillant lecteur, immense écrivain né en 1910, est l’un des rares auteurs publié de son vivant dans la Pléiade. Pertinent critique littéraire doublé d’un perspicace analyste, il a l’esprit éclatant de liberté, d’humour et de colère retenue. Il livre ses impressions de lectures et d’écriture dans ce remarquable recueil critique. D’En lisant en écrivant coule une eau de source, limpide et claire, instructive et passionnante. Dans une verve éblouissante, il nous offre des pages précieuses, denses et fournies, riches et variées. On retrouve avec joie sa respiration ample, le ton intense et magique de ses romans, la richesse de sa plume exquise qui demande une attention soutenue au risque de passer à côté d’une formule d’une verdeur jaillissante. Julien Gracq est le plus moderne de nos écrivains intemporels. Il éclaire ici la littérature à travers les siècles, la peinture, la musique, le cinéma, l’histoire. Il pose un regard pur et amoureux sur les belles lettres avec une sincérité non feinte qui touche le cœur car il sait prendre du recul et de la hauteur. Son esprit acerbe et raisonné, riche d’une culture formidable, vous invite à lui tirer la révérence, et dire simplement, merci.

Sans une réelle volonté d’agencement, en un simple regroupement thématique, Julien Gracq se promène tranquillement au fil de ses pages lues et écrites en voyeur attentif et curieux. Il lit, relit, puis étudie, commente et compare les époques, analyse les genres (roman, poésie, théâtre) même s’il déteste ces classifications. En brefs chapitres, il ausculte à la loupe les styles, les comportements, les tendances et les influences, nous remémorant des personnages inoubliables tels Odette de Crécy, Tonio Kröger ou l’enfant de La Steppe qui revivent admirablement sous nos yeux en trois lignes à peine ! À la fois pertinent et lumineux, il donne en toute humilité des leçons de lecture et d’écriture dans un climat de légèreté érudite propice à l’écoute. « Et si les manuels de la littérature qu’on enseigne dans les lycées prenaient désormais pour base des livres ou des pièces, et non des auteurs ? Une histoire de la littérature, contrairement à l’histoire tout court, ne devrait comporter que des noms de victoires, puisque les défaites n’y sont une victoire pour personne. » En pointant parfois les faiblesses, il ne cache pas son admiration pour Stendhal, Balzac, Flaubert, Zola à qui il consacre de nombreuses réflexions. N’oublie pas d’évoquer Chateaubriand, Hugo, Céline, Radiguet, Gide, Valéry. Souligne l’importance du mouvement littéraire allemand - dont Goethe, qu’il considère comme le génie contemporain de Napoléon et qui revient souvent -, le rôle prépondérant du surréalisme d’André Breton et la nécessaire qualité de la langue qui s’appauvrit déjà (publié en 1980). Il fait un détour par les demeures et les œuvres des poètes de Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire, Nerval, Mallarmé, des grands musiciens, Wagner dominant le lot. En lisant en écrivant, est une promenade littéraire, artistique, historique, humaine, un espace si vaste qu’on y vit en apprenant, prenant grand plaisir à replonger dans des souvenirs et des découvertes émues.

En lisant en écrivant, on est heureux : « Il y avait peut-être dans ce siècle (le 19e), comme on l’assure, un art de vivre : nous n’en avons plus l’emploi ; il y avait aussi des lumières sur la chose publique : nous en avons eu trop l’emploi. »

Lire quelques extraits édifiants.

Lire le dossier sur Julien Gracq.

Pascale Arguedas

L'auteur

Julien Gracq, mort le 22 décembre 2007 à l’âge de 97 ans, a légué l’ensemble de ses manuscrits à la bibliothèque nationale de France (BNF). Selon les termes du testament de l’écrivain, ce fonds comprend "les manuscrits de ses ouvrages publiés ainsi que ses manuscrits inédits ou partiellement inédits en sa possession au moment de sa mort".
La quasi-totalité des manuscrits de ses grands romans, récits et essais, y figurent donc, sous forme de dossiers de travail et de mises au net corrigées. On y trouve aussi les trente-cinq carnets que l’auteur du Rivage des Syrtes consignait au jour le jour et dont une partie n’a pas été publiée. Selon la volonté de l’écrivain, dont l’exécutrice testamentaire est Bernhild Boié, éditrice des œuvres de Gracq dans la "Bibliothèque de la Pléiade" (Gallimard), cette partie inédite ne pourra être divulguée pendant une période de vingt ans. Les chercheurs devraient pouvoir consulter ces archives à partir de l’automne prochain. Comme le voulait Julien Gracq, qui vivait retiré dans sa ville natale de Saint-Florent-Le-Vieil en Anjou, une copie numérique de l’intégralité du legs sera transmise à la Bibliothèque universitaire d’Angers qui abrite un fonds de documentation sur "l’enfant du pays".

 

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