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Instantanés


 

Éditions Gallimard

 

 

Roger Grenier, écrivain, journaliste, éditeur, homme de radio est un excellent passeur à la plume élégante et à l'admiration contagieuse. Il est, et demeure pour moi, l'un des meilleurs biographes de Tchékhov. Quand j'ai lu, il y a une vingtaine d'années,  Regardez la neige qui tombe, j'ai été émerveillée. Et c'est grâce à cet ouvrage que je me suis lancée dans l'exploration de cette œuvre russe immense durant une décennie. D'aucuns soupçonnent l'importance d'un livre qui vous ouvre les portes de tant d'autres royaumes… Me sentant coupable et redevable de n'avoir jamais évoqué en ligne les livres de Roger Grenier, je profite de la parution du deuxième tome de ses Instantanés pour me dédouaner et refaire le plein de sésames car, évidemment, il vous donne encore envie de lire et découvrir.

Roger Grenier a quatre-vingt-quinze ans, une mémoire immense et une vie professionnelle qui lui valut des rencontres uniques. Il les évoque dans ces deux ouvrages de souvenirs, autour d'une galerie d'une quarantaine de portraits admirables qui nous font revivre un siècle de littérature : « En photographie, l'instantané est le contraire de la pose. Les auteurs dont j'ai saisi ici quelques instantanés ne posent pas. Il ne s'agit ni de biographie ni d'études de leurs œuvres. Simplement du souvenir que je garde d'eux. On reverra Dominique Aury entourée de ses animaux favoris, Albert Camus à Combat, Julio Cortázar, aussi insolite dans sa vie que dans ses nouvelles, Gaston Gallimard quand il était un jeune homme fou de littérature. Romain Gary mon voisin de la rue du Bac, Ionesco de retour en Mayenne, son pays d'enfance, Raymond Queneau tenant dans ses bras sa petite chienne tibétaine. Claude Roy sur le pont des Arts. Et l'on entendra de nouvelles paroles de Prévert. Vingt-cinq portraits. Tous ceux dont je parle ici, ou presque tous, je les ai connus personnellement. Et je continue à penser à eux, toujours avec sympathie et, pour quelques-uns, avec affection. »

Dans le tome II on l'écoutera nous confier l'intelligence lumineuse de Bachelard, son admiration envers Flannery O'Connor, son amitié envers beaucoup d'autres : Hector Bianciotti, Roger Caillois, J.-B. Pontalis, Louis Guilloux, Valery Larbaud, Henri Calet… et je n'en citerai pas plus car les deux ouvrages n'en font qu'un et méritent la surprise, formant une guirlande heureuse et lumineuse. Qu'ils soient écrivains, peintres ou sculpteurs, les amis évoqués sont des figures marquantes de leurs siècles, parfois (rarement) d'intimes inconnus, sans oublier Ulysse, son chien, qui partagea drôlement ses relations cordiales.

Roger Grenier c'est un style plein de ferveur dans le mot, un goût pour la confidence et l'anecdote, un sourire mélancolique, une grande tendresse et le tout se fond dans une atmosphère empreinte de fraternité, malice et taquinerie. Quand on le lit, on y est comme dans un doux et chaud cocon. L'amitié chez lui n'est pas un vain mot et la littérature peut-être le plus beau.

Pascale Arguedas

 

 

 

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