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Petit Traité de désinvolture


Éditions José Corti et Seuil "Points".

 

 

Par une certaine fin d'après-midi automnale de l'avant-dernier siècle - au fond d'un jardin à moitié abandonné des alentours de Boston — une fillette nommée Alice James, tout en chantonnant une comptine anglaise sans queue ni tête, pousse nonchalamment une balançoire grinçante sur laquelle est juché son jeune frère Henry en culottes courtes. Ce dernier, se tournant vers elle, lui déclare alors très sérieusement : « Je crois qu'on peut appeler ça du plaisir parmi les difficultés. » Cette anecdote provient du journal d'Alice James où John Cowper Powys l'a remarquée puis notée lui-même dans son propre journal et où, pour finir, je l'ai lue. Ce mot d'enfant génial a ainsi voyagé de mémoire en mémoire pour venir s'inscrire aujourd'hui sur cet écran internet. A ceux qui seront sensibles à l'humour poétique, à la sage et profonde gravité de cette phrase prononcée il y a presque deux siècles par un garçonnet mélancolique au fond d'un jardin envahi par l'automne, à ceux qui restent encore capables d'éprouver de fugitives et intenses minutes de plaisir parmi les difficultés croissantes d'un monde bouleversé et parfois tellement infernal qu'on pourrait le croire au bord du désastre, à tous ceux-là donc, je dédie fraternellement mon Petit Traité de désinvolture. (Denis Grozdanovitch) Ainsi que les présente son auteur, voici des petites chroniques dilettantes et disparates où il est question du temps et de la vitesse, des îles et de la mélancolie... mais aussi des chats, des tortues et des Chinois. Grozdanovitch tient à la fois du poète méditatif et du moraliste habité d'une certaine insouciance qui lui permet de s'offrir le luxe - devenu rare - de la désinvolture contemplative.

Cette oeuvre est une parenthèse de fraîcheur qui se déguste comme une friandise. L'écriture est fine, l'auteur attachant et fort érudit. Grozdanovitch, « jeune » auteur quinquagénaire de la maturité, invite le lecteur en ami dans une trentaine de saynètes et de méditations métaphysiques sur l’art de tuer le temps… ou de le blesser ! Décalé, attardé, démodé, il fait l'éloge de l'oisiveté, du détachement, de la banalité. Il nous livre ses réflexions sans prétention qui font méditer, parfois longtemps. Qui font sourire aussi… Voici un de ses petits livres qu’on garde précieusement, qu’on lit et qu’on relit, qu’on partage avec ce désir d’attention toute particulière prêtée aux choses précieuses. Un grand petit traité qui ne demande qu’une seule attention pour que le lecteur soit gagné par l’extase : tentez d’avoir en toute occasion un détachement éclairé et songeur si cher à l’auteur.

Prix de la SDGL 2002.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Denis Grozdanovitch.

 

 

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