accueil

     

 

 

Une saison de machettes


Éditions Seuil, collection "Fiction & Cie".



Après avoir recueilli les récits des rescapés tutsis du génocide rwandais Dans le nu de la vie, Jean Hatzfeld a fait parler les acteurs hutus du génocide. Après de longs séjours sur place, il a écouté, dans la prison où ils étaient enfermés, la plupart déjà jugés, une bande d’amis originaires de la même région qui, comme ils disent, sont allés « au boulot » ensemble, c’est-à-dire que, pendant plusieurs semaines, chaque jour, de la même façon que l’on va cultiver son champ, ils ont systématiquement « coupé » leurs « avoisinants », avec l’idée claire de faire totalement disparaître les Tutsis. Ils se sont confiés à l’auteur de façon complètement libre et directe sans soucis d’atténuer leur responsabilité, avec un naturel stupéfiant, y compris pour Hatzfeld. Jamais aucun « génocidaire » du siècle n’a témoigné de cette façon. C’est ce qui fait d’Une saison de machettes un livre exceptionnel, unique, d’une force sans exemple. On a là, éclairée par les commentaires précis de l’auteur, une sorte de saisie à la base des phénomènes qui conduisent des hommes ordinaires à exterminer de façon atroce et si possible jusqu’au dernier des voisins. Parmi les actes de barbarie, il y a une spécificité du génocide.

Hatzfeld analyse, dans cette enquête sous forme de récit, le processus du génocide rwandais où environ cinq Tutsis sur six ont été tués en moins de six semaines. Un rendement qui s’est révélé être très supérieur à celui du génocide juif et gitan. Les chapitres alternent les témoignages des tueurs et les analyses de l’auteur. Un récit d’une précision et d’une cruauté glaçante. Nulle trace de repentir dans les témoignages, ni de mauvaise conscience. Il insiste sur la distinction évidente entre un crime de guerre et un génocide : « Mais confondre ces crimes de guerre – même lorsqu’ils tendent, dans leur folie collective, à réduire une communauté civile – avec un projet explicité et organisé d’extermination est une méprise intellectuelle et politique symptomatique de notre culture du sensationnel. » Il soulève des questions sur le pardon des tueurs, l’oubli des rescapés, dénonce le départ des casques bleus.

Une saison de machettes est un ouvrage essentiel qui force le lecteur, frappé de stupeur, à garder les yeux ouverts pour regarder en face la banalisation du mal, et qui apporte autant de questions que de réponses. Nauséeux, terrible…

Prix Femina 2003 et Joseph-Kessel 2004.

Lire le dossier sur Jean Hatzfeld.

Pascale Arguedas

 

L'auteur

Jean Hatzfeld, « a longtemps été reporter de guerre à Libération, couvrant les principaux conflits armés de ces vingt dernières années, racontant la vie bouleversée des populations. Il fut l'un des rares journalistes à entrer dans Vukovar pilonnée par les Serbes, l'un des rares à rester terré dans les caves avec les habitants pour écrire ce qu'ils vivaient. Grièvement blessé par un sniper à Sarajevo en 1992, il fut contraint de rentrer pour plusieurs mois en France. Sur son expérience en ex-Yougoslavie, il écrivit alors L'Air de la guerre. » (Extrait de la synthèse d'un entretien avec Muriel Bernardin et Delphine Descaves, pour L'œil électrique n°19)

 

 

© 2002-2020 - Pascale Arguedas
Les textes et graphiques sont la propriété exclusive du site, ou de leurs auteurs lorsque indiqué. Ils ne peuvent être reproduits sans autorisation préalable. Le site contient des liens externes vers d'autres sites. Le contenu et la présentation de ces sites demeurent la responsabilité de leur propriétaire.