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Le Petit Chat de neige


Éditions Rhubarbe

 


Michel Host fait dans le bref, le très bref et percutant. En deux coups de cuiller à pot (de rhubarbe acidulée) il campe une situation imagée. De quelques lignes à deux pages (ce sont les plus rares), l’écrivain croque des scènes de vie, graves sous l’ironie, grinçantes malgré le rire qu’elles déclenchent dans ces cinquante et trois poussières d’histoires dont la dernière éponyme donne le titre à l’ouvrage. On y passe du coq au hanneton pour finir dans la neige avec un chat. Entre temps on a voyagé dans tous ses états, surtout le burlesque, car forcé un poil sur la caricature occasionne souvent de grands éclats de vie.

À mi-chemin entre les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon et un inventaire à la Prévert, Michel Host s’inspire de faits-divers réels et de nos travers grotesques pour en faire ressortir la cruauté, l’absurde et le comique, dans une mécanique implacable sustentée de détails concrets. Abusant d’accents très libertaires, il s’en donne à cœur joie pour montrer d’un trait vif et du doigt les femmes et les enfants d’abord, mais aussi les hommes, dictateurs, politiques, artistes, les couples mal amourachés, les footeux, les petits princes bénis des raves parties, les incendiaires de banlieues, les fondus de télé, les drogués de la clope. L’homme moderne accro à la consommation se trimballe comme il peut dans ces pages — et plutôt mal, même lorsqu’il penche pour le versant écolo. Dépendant, sur terre comme au ciel, vivant ou mort, ses grincements de dents provoque le rire plutôt que la compassion. Michel Host joue sur un registre littéraire riche et varié — notice nécrologique, méthode d’éducation, petites annonces, recette de cuisine, leçon du jour, clichés réglementaires — et des langues tantôt familières, léchées, du terroir ou conventionnelles. Est-ce parce que la forme est contraignante que l’idée jaillit plus intense ? Pas toujours. Dans l’ensemble, on se régale, même si tout n’est pas de la même teneur. Mais dans le registre humoristique, il est difficile de tenir la longueur. Ne boudons pas notre plaisir et dépelotons le fil de cette pelote d’épines qu’il nous offre tel un bouquet d’orties. Il fait plus souvent rire que mal en écorchant nos habitudes et notre inhumanité car il gratouille là où ça démange, donc soulage, à grande doses d’ironie.


Un extrait : Aucun don
N’étant doué pour rien – sauf pour le sommeil peut-être – il ne peignait pas de tableaux, ne composait pas de musique ni n’écrivait quoi que ce fût. Il n’était exposé nulle part, on ne le jouait dans aucune salle de concert et il n’avait jamais dû chercher d’éditeur. Ainsi, il n’eut pas à souffrir de l’opinion des aveugles, des critiques des sourds, ni de la haine jalouse de chroniqueurs littéraires. On ne le vit jamais heureux pourtant, car il n’était pas non plus doué pour le bonheur.

Pascale Arguedas

 

Lire le dossier sur Michel Host.

 

 

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