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Une maison au bord des larmes


Éditions Balland

 

 

C'est la longue déchéance de son frère qu'évoque Vénus Khoury-Ghata dans ce récit à la fois lyrique et impitoyable. Doué, promis à un avenir poétique exceptionnel, mais déchiré entre l'Art, la drogue et un père tyrannique, ce frère s'abîme en lui-même ; il est le soleil noir de cette famille singulière autour de laquelle gravite, dans le Beyrouth des années 50 et 60, un univers de petites gens, dont plusieurs iront rejoindre la grande cohorte des morts de la guerre civile.

Comment assassine-t-on un poète ? Dans ce court roman intime, dédié à son frère brisé, Vénus Khoury-Ghata, douloureusement inspirée, se libère de sa souffrance et de sa honte. Un drame qui trouve enfin une voie de secours dans ces pages terriblement belles. Des phrases très simples et si denses, si empreintes d'émotions et de poésie, qu'elles ne peuvent que vous toucher.

Pascale Arguedas

 

Dédicace de l'auteur

Ma honte remonte à l'année 1950 lorsque mon père, moine défroqué devenu gendarme, jette ma mère et ses trois filles à la rue et ficelle son fils, le fils en lequel il a concentré ses ambitions et sa fureur, afin de l'enterrer vivant. Quarante années après, j'exhume deux morts et un mort-vivant, mon frère, pour les interroger. Mon frère qui ne fut pas enterré sous terre mais dans une trappe monastique puis dans un asile psychiatrique où il fut lobotomisé, ne se souvient pas plus de ses ivresses de liberté que de ses poèmes dédiés à Rimbaud, son frère d'enfer et d'Abyssinie. La guerre qui éclate au Liban vide les asiles. Le fou est rendu à sa mère. Ma mère, qui trouvait solution aux problèmes avec ses larmes, partage son délire et le suit lorsqu'il parcourt les rues à sa suite, indifférente aux bombardements. Ce livre aurait dû s'appeler « La honte ». Quarante ans après, je revois les voisins, attirés par nos cris, s'aligner devant notre fenêtre pour assister aux scènes que nous offrions. Nous étions scandaleux. Pauvres et scandaleux. Il y avait aussi les voisins. Comment oublier les Vinikof qui cherchaient un trésor, situé à cent kilomètres de la capitale. Entassés dans une vieille Packard avec leurs pelles et leurs fourches, ils suivaient à la lettre le plan dessiné par un mage arménien, convaincus d'être suivis par une bande de diables qui voulaient s'approprier le trésor. Il y avait aussi Melle Renée, morte en couches parce que son mari avait refusé qu'un docteur, donc un homme, relaie la sage-femme ignorante. Comment oublier Madame Latifé, la seule musulmane de ce quartier chrétien, qui, pour narguer mon père, poussait la radio très fort, trois fois par jour sur la voix du Muezzin. J'ai retrouvé ce quartier, il y a un mois, lors du salon du livre de Beyrouth. Mais mes jambes s'étaient immobilisées lorsque j'ai tenté de m'approcher de la maison de mon enfance, celle de mes souffrances. Lâchement j'ai fait demi-tour.

Lire le dossier sur Vénus Khoury-Ghata.

 

 

 

 

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