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La Maison aux orties


Éditions Actes Sud

 

 

Dans la chaleur étouffante d'un été parisien, la narratrice, une femme esseulée et veuve, cuisine, jardine, écrit et jette un regard derrière elle. Dans l'intimité de son isolement, elle retrouve son carnet de mémoire, remonte le cours de sa vie jusqu'aux lieux et visages d'antan, vers La Maison aux orties, maison de son enfance où les orties montaient à l'assaut des fenêtres et assaillent encore aujourd'hui ses pensées. Elle revient sur l'histoire de sa vie, de sa maison et de sa famille au Liban, de sa mère analphabète, de son frère poète envoyé par son père autoritaire chez les fous où il est mort. Elle l'avait déjà écrit magnifiquement dans Une maison au bord des larmes. Comme une suite, surgissent aujourd'hui des figures plus proches, celle de Jean, le mari tant aimé disparu trop tôt, M., l'amant peintre fantasque et narcissique, le drolatique M. Boilevent, son voisin de palier. Et encore un cercle littéraire avec Alain Bosquet, René Guy Cadou, J.C. Renaud, Jean Rousselot, et surtout Salomé, Casanova, Socrate, Platon et Lulu, ses fidèles compagnons félins.

Vénus Khoury-Ghata nous invite à une promenade poétique empreinte de grâce et d'élégance. Séduisante, sa voix de conteuse joue une musique aérienne, mystérieuse et envoûtante. Fantaisiste ou sombre, cette flâneuse traque les mots en une prose vagabonde aux allures de vers libres. Les images dessinent une autobiographie lyrique qui la hante et qu'elle ne cesse de revisiter tout au long de son œuvre. La nécessité de l'écriture s'impose à elle comme moyen de communication entre les vivants et les morts. Seuls maîtres à bord, les mots tirent les ficelles et l'entraînent vers une réalité enrobée de fiction, de vérités et de mensonges. Le verbe est flamboyant, la formule fait mouche dans un univers d'images sonores et rutilantes, de poses théâtrales et de situations relevant de l'absurde avec des tonalités faussement naïves et candides. Dans ce tourbillon poignant des drames familiaux, elle démêle l'écheveau où s'agitent des personnages cocasses et touchants, aux propos délirants et aux jugements délibérément insolites, provocateurs ou moqueurs. De fulgurants flash-back en scènes surgies du présent, ce roman cocasse et grave se plaît dans les clairs-obscurs et dépasse les chronologies pour tirer du temps toute la relativité de ses caprices et de ses extravagances. Les passeurs entre les deux mondes, celui des vivants illusoires et des prétendus morts, sont ses chats, imprévisibles et imaginatifs, qui flairent et hument les liens, invisibles mais réels, entre la présence et l'absence. Vénus Khoury-Ghata jette sur ses âmes sœurs une lumière étrange avec une tonique et originale fantaisie. Elle pénètre et fait jaillir les émotions, les humeurs, les effleurements, le charme inquiétant et la grâce apaisante, à travers un dialogue poétique entre les morts et les vivants.

La Maison aux orties était en liste pour le prix Renaudot 2006.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Vénus Khoury-Ghata.

 

 

 

 

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