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Trois Villes saintes


Éditions Gallimard

 

 

Employé par l'Institut d'Amérique Latine en 1967, JMG Le Clézio se prit de profonde passion pour cette région et pour les Indiens. Cette expérience impressionna fortement son œuvre et modifia sa vision du monde. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, il partagea la vie des Emberas et Waunanas, au cœur de la jungle panaméenne. Expérience humaine, culturelle et mystique d'une valeur irremplaçable, cette aventure contribua à forger un autre homme, un autre écrivain, apaisé, épanoui. Dès lors, il fut à la recherche d'une cohérence, d'un équilibre philosophique car la rencontre avec l'histoire primitive du Mexique, celle d'avant l'engloutissement conquistador, le révulse. Il s'est rendu au cœur du pays, là où vivent encore les Huichols, a appris les langues locales, a découvert les textes sacrés. Sachant le contexte, le lecteur situera mieux ce recueil de trois textes publié en 1980, en même temps que Désert, juste avant La Ronde et autres faits divers. JMG Le Clézio y évoque Les Séparés, un groupe maya ayant refusé l'intégration, et leurs villes saintes à l'est du Yucatan (péninsule nord du Mexique).

Des hommes, trois villes, Chancah, Tixcacal, Chun Pom, et la sècheresse qui agresse, la liberté étouffée par le silence des dieux qui savaient parler et se sont tus. Les arbres serrés de la forêt forment un mur épais dans l’air immobile. À travers les arbres, les hommes vêtus de blanc marchent lentement vers le secret, ils suivent les traces et reconnaissent l’itinéraire du rêve. C’est pour et comme cela qu’ils fuient, sur la route de poussière, au hasard. Ils avancent avec effort comme s’ils portaient un fardeau. Peut-être trouveront-ils un jour l’eau, l’eau ancienne, le langage perdu. Seuls ceux qui savent attendre seront sauvés « dans l’espace infini qui recule devant le regard, l’espace bleu scruté depuis des siècles » car il a fallu tant de prières et de sang sur cette terre sacrée qu’il est inconcevable que les dieux restent sourds et muets aux incantations. Les hommes attendent, l’eau, la liberté, la vengeance. Ils attendent et avancent avec peine, penchés en avant, à travers l’air chaud, enfonçant leurs pieds dans la poussière qui forme un nuage sous le pas, pour aller au bout du chemin vers l’endroit où il y a encore du langage et de la conscience, de la vie. Leurs regards fixes traversent l’espace et le temps, pareils à l’éclat des astres, et s’unissent à la belle lumière pour lire les textes sacrés. « Mais ce sont des rêves, n’est-ce pas, il ne s’est rien passé, ce sont les rêves que font les vieux hommes avant de mourir. » La lumière pâle et chaude recèle un songe où se meuvent d’étranges fantômes blancs. Les Séparés entendent les paroles qui ne sont plus des paroles de haine, de fièvre et d’esclavage. Ce sont seulement les mots de la liberté, pour ceux qui ne sont jamais vaincus. « Alors l’ombre du visiteur grandit, elle s’étend sur la place, elle cache le soleil. Il y a un grand silence et un grand calme. C’est le soir, peu avant la nuit, quand les premières gouttes d’eau froide tombent sur les feuilles des arbres et sur les toits des maisons. » Lisez Le Clézio, c’est très beau.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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