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Ballaciner


Éditions Gallimard, collection "Blanche". Préface de Gilles Jacob.

 

 

« Ballaciner, tomber du ciel de nu a ge en nuage au milieu des éclairs » Ballaciner, union sacrée de « ballade » et « ciné », délicieux néologisme inventé par JMG Le Clézio qui a toujours balancer entre littérature et cinéma. Pourquoi le film plutôt que le livre ? Comment répondre à cette question si ce n’est en se promenant dans sa propre filmographie et se faire son cinéma. Enfant, adolescent puis adulte toujours fasciné, il ne cesse de s’émerveiller face au miracle des images qui s’animent. Libérant les émotions, c’est l’écrivain cinéphile averti qui charme aujourd’hui le lecteur ami, alors que le festival de Cannes 2007 fête ses 60 ans, présidé par Gilles Jacob qui préface cet ouvrage (en expliquant comment il est devenu accro à la littérature) et l’a fait entrer au jury de la Cinéfondation et des courts-métrages. Le Clézio ouvre tendrement la chambre de ses secrets d’enfance quand il fit l’apprentissage de la « machine à rêves ». D’abord chez sa grand-mère à Nice, lors des projections familiales sur un drap blanc (avec un Pathé Baby à manivelle) où il éprouva pour la première fois l’émotion esthétique regardant les images tremblantes des films muets noir et blanc et découvrit le gag qui fait rire, peur, pleurer. Puis en fréquentant dans les années 50 le ciné-club Jean-Vigo où il fit le plein des classiques, découvra la critique et Les Cahiers du cinéma. Enfin, l’homme adulte qui a bourlingué, vu, vécu, beaucoup écrit un monde sur lequel il pose un regard, une poésie, un désir et un imaginaire dont le septième art est un superbe miroir.

On retrouve avec bonheur sa sensibilité, son humanisme, ses rêveries et ses engagements dans des valeurs qu’il défend : innocence, beauté, bonheur, art des regards, grâce des silences, l’inachevé dans le réel, l’infini dans l’éphémère et aussi sa révolte affichée contre la violence, la guerre et le mercantilisme banalisés (sur Hollywood : « On ne dira jamais assez de mal de cette machine à fric, des innombrables, innommables navets qu’elle a produits. ») Il n’est donc pas étonnant d’avoir de nombreuses affinités cinématographiques si l’on aime le lire, et noter, en confiance, tous les chefs-d’œuvre dont il suscite l’envie de découverte. Il commente avec un enthousiasme communicatif le cinéma japonais (Ozu, Mizoguchi, Kurosawa, Shindo), souligne sa culture qui a mis au monde la perfection, le sens de la mesure et la rigueur. Le cinéma italien d’après-guerre avec Pasolini qui inventa le paysage moderne, montra le charme et la vitalité de la jeunesse avec une fraternité rude ; avec Antonioni et Accattone finement analysé — qui réalisa l’une des plus belles et plus étranges histoire d’amour (L’avventura). Le cinéma iranien (Makhmalbaf, Kiarostami), coréen (Park Chan-wook, Lee Chang-dong, Lee Jeong-hyang), les grands classiques de Bergman (dont la surprenante analyse de Sourires d'une nuit d'été), et Vigo (L'Atalante), Dreyer (Ordet), sans oublier ses actrices de rêve (Judy Gardland, "toujours elle, elle pour toujours !"). On pourrait lui reprocher des absences de marque tels le cinéma tchèque de Milos Forman ou polonais de Kieslowski mais pour les amoureux des salles obscures, Ballaciner demeure un merveilleux film, un livre d’images sans images, plein d’émotions, une approche méditative, une incantation, une fascination. Un éloge qui fait « nuager » et voyager sur les plus beaux écrans du monde. Le Clézio est un passionné qui déclare son amour au fantastique, à l’irréel. De son histoire personnelle, il tisse un roman du cinéma. De son destin de cinéphile, il trace des liens invisibles entre films et livres, remuent des vagues sentimentales pour rendre un lecteur-spectateur complice et enchanté.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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