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Désert


Édition Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".

 

 

La toute jeune Lalla a pour ancêtres les « hommes bleus », guerriers du désert du Rio de Oro, chassés et traqués du sud au nord par les conquérants français, puis impitoyablement massacrés. Mais le sang des hommes bleus a survécu en Lalla. La vie de la petite Maure, dans un bidonville d’une grande cité proche de la mer, est constamment doublée, dominée par l’épopée chantante, obstinée, orgueilleuse de la race que les maîtres d’autrefois avaient cru vaincre. Lalla, enfant du désert, est fascinée par l’apparition d’un mystérieux homme bleu qu’elle nomme Es Er, c’est à dire « Le Secret ». Marquée par la puissance de la nature et des légendes, par son amour pour le Hartani, un jeune berger muet qui lui révèle son corps, par son évasion manquée vers « leur » désert avant l’exil à Marseille dans un quartier misérable car ses frères immigrés végètent. Lalla a beau travailler dans un hôtel sordide, être enceinte du Hartani, devenir une cover-girl célèbre grâce à un photographe de mode ébloui par sa beauté, rien n’éteindra au cœur de la jeune femme sa foi religieuse et sa passion du désert. Un jour, elle y retournera toute seule, en rescapée de l’enfer des hommes.

Voici l’histoire de la jeune Lalla, aux prises avec les colonisateurs français (1909-1912), dans le Sud marocain. Nourrie au sein des déserts, abreuvée de légendes intimes et porteuse de l'histoire des peuples, Lalla erre inlassablement sur le chemin du retour. La certitude de l'appartenance, le souvenir des paysages perdus constituent les forces vitales que ne peuvent ébranler la vulgarité des hommes ou l'emprise de la ville. Lalla échoue dans le sordide quartier du « panier » de Marseille, mais avec la lumière du désert dans les yeux et le sang des guerriers du Rio de Oro dans les veines. Si la force de l'identité rend tout exil cruel, elle tient aussi lieu d'espoir. JMG Le Clézio traque une beauté originelle que notre civilisation a perdue mais dont la société des « hommes bleus » du désert a su conserver le souvenir, malgré le développement de la modernité. L’écriture est d'une simplicité trompeuse, élégante, raffinée, chargée de sens, de couleurs, de chaleur, de beauté, d’émotions. L’auteur le dit si bien d’ailleurs : « La langue française me va comme un gant »! Un roman envoûtant, magnifique !

JMG Le Clézio a reçu pour Le Désert le grand prix Paul-Morand, décerné pour la première fois par l'Académie française.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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