accueil

      

 

 

Diego & Frida


Éditions Stock et Gallimard, collection "Folio".

 

 

Lorsque Frida annonce son intention d'épouser Diego Rivera, son père a ce commentaire acide : « Ce seront les noces d'un éléphant et d'une colombe. » Tout le monde reçoit avec scepticisme la nouvelle du mariage de cette fille turbulente mais de santé fragile avec le « génie » des muralistes mexicains, qui a le double de son âge, le triple de son poids, une réputation d’« ogre » et de séducteur, ce communiste athée qui ose peindre à la gloire des Indiens des fresques incitant les ouvriers à prendre machettes et fusils pour jeter à bas la trinité démoniaque du Mexique le prêtre, le bourgeois, l'homme de loi. Diego & Frida raconte l'histoire d'un couple hors du commun. Histoire de leur rencontre, le passé chargé de Diego et l'expérience de la douleur et de la solitude pour Frida. Leur foi dans la révolution, leur rencontre avec Trotski et Breton, l'aventure américaine et la surprenante fascination exercée par Henry Ford. Leur rôle enfin dans le renouvellement du monde de l'art. Étrange histoire d'amour, qui se construit et s'exprime par la peinture, tandis que Diego et Frida poursuivent une oeuvre à la fois dissemblable et complémentaire. L'art et la révolution sont les seuls points communs de ces deux êtres qui ont exploré toutes les formes de la déraison. Pour Diego, Frida est cette femme douée de magie entrevue chez sa nourrice indienne. Et, pour Frida, Diego est l'enfant tout-puissant que son ventre n'a pas pu porter. Ils forment donc un couple indestructible, mythique, aussi parfait et contradictoire que la dualité mexicaine originelle, Ometecuhtli et Omecihuatl. Quand elle s'éteint à quarante-six ans, Frida laisse l'insupportable souvenir de son ardeur, de sa beauté inquiète dans le reflet des miroirs vides. Malgré le tourbillon d'honneurs qui entoure Diego, la solitude n'est pas supportable. Il meurt en 1957, seulement trois ans après elle.

Lorsque Le Clézio écrit ces deux biographies, exercices rares et nouveaux, il pensait produire tout d’abord un ouvrage très documenté. Mais très vite, l’oeuvre devient une biographie du couple Rivera qui élargit l'histoire, celle des individus, celle des peuples, aux dimensions de la légende. L’auteur décrit ce Mexique amérindien comme un besoin de retour aux sources (les siennes) : beauté intérieure, magnifique et tragique d'une utopie. Diego et Frida sont des personnages romanesques, mais leur aventure individuelle intéresse moins le romancier que la manière dont ils ont incarné quelques mythes majeurs, en particulier le mythe amoureux. Un divorce, suivi d'un remariage : l'un sans l'autre, ils cessent d'être une légende. Mais le mythe amoureux ne se sépare pas non plus du mythe de la révolution, lui-même étroitement lié, dans le Mexique des années 30-40, à celui de la tradition indienne. Un exercice nouveau qui perturbe le lecteur des romans et nouvelles de cet auteur. Mais c’est très intéressant, car on croirait voir évoqué le monde de Le Clézio lui-même !

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

© 2002-2020 - Pascale Arguedas
Les textes et graphiques sont la propriété exclusive du site, ou de leurs auteurs lorsque indiqué. Ils ne peuvent être reproduits sans autorisation préalable. Le site contient des liens externes vers d'autres sites. Le contenu et la présentation de ces sites demeurent la responsabilité de leur propriétaire.