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Étoile errante


Éditions Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".

 

 

Pendant l'été 1943, dans un petit village de l'arrière-pays niçois transformé en ghetto par les occupants italiens, Esther découvre ce que peut signifier être juif en temps de guerre : adolescente jusqu'alors sereine, elle va connaître la peur, l'humiliation, la fuite à travers les montagnes, la mort de son père. Une fois la guerre terminée, Esther décide avec sa mère de rejoindre le jeune État d'Israël. Au cours du voyage, sur un bateau surpeuplé, secoué par les tempêtes, harcelé par les autorités, elle découvrira la force de la prière et de la religion. Mais la Terre promise ne lui apportera pas la paix. C’est en arrivant qu'elle fait la rencontre, fugitive et brûlante comme un rêve, de Nejma, qui quitte son pays avec les colonnes de Palestiniens en direction des camps de réfugiés. Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne, ne se rencontreront plus. Elles n'auront échangé qu'un regard et leurs noms. Mais, dans leurs exils respectifs, elles ne cesseront plus de penser l'une à l'autre. Séparées par la guerre, elles crient ensemble contre la guerre. Comme dans Onitsha, avec lequel il forme un diptyque, on retrouve dans Étoile errante le récit d'un voyage vers la conscience de soi. Tant que le mal existera, tant que des enfants continueront d'être captifs de la guerre, tant que l'idée de la nécessité de la violence ne sera pas rejetée, Esther et Nejma resteront des étoiles errantes.

Le Clézio cherche les signes du malheur et ceux de la paix au coeur même de la vie avec le soleil et la terre, la naissance et la mort, l'énigme des origines et de l'avenir, la mémoire et l'oubli. Rencontre fugitive que rien ne peut effacer, deux interrogations sur le mal, sur la survie, sur la guerre ; alliance de l'eau et du soleil, de la brume et du rocher, de la terre et du vent. Le Clézio dépouille sa phrase jusqu'à l'extrême, jusqu'à la limite de la transparence. Non, il n’est pas trop simpliste ou trop naïf. Au contraire, il envoûte avec ces phrases lumineuses qui bouleversent par leur beauté. L'écriture, par sa force, n'agit qu'en pénétrant le lecteur en attente d'un rituel qui s'apparente à la magie et qui lui donne la visibilité. « Les phrases passaient, c’étaient les ondes qui avançaient comme la trace du vent sur l’eau. »

« J’ouvre les yeux, la mer et la lumière me brûlent jusqu’au fond de mon corps, mais j’aime cela. Je respire, je suis libre. Déjà je suis portée par le vent, par les vagues. Le voyage a commencé. » Bon voyage, ami lecteur !

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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