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Hasard suivi d'Angoli Mala


Éditions Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".

 

 

Nassima quitte sa mère, et, déguisée en garçon, s'embarque en cachette à bord du Azzar. D'instinct, cette petite métisse effarouchée et perdue apprivoise les deux occupants du bateau, des hommes rudes et silencieux. Bravito, jeune Indien, élevé à Panamá par un pasteur noir américain, retrouve son village natal au bord du fleuve. Là, il réapprend les gestes et les coutumes de ses ancêtres. Pourchassé par les contrebandiers et les policiers véreux, il se cache dans la forêt, où il vit comme un animal sauvage. Les deux courts romans (ou longues nouvelles), Hasard et Angoli Mala, sont écrits à quinze ans d'intervalle. Ils évoquent pourtant le même apprentissage, celui de l'amour, de la nature, du mal aussi. Lequel est le miroir de l'autre ?

Ces deux histoires entremêlent deux récits, deux destins. Elles s'enfoncent dans les profondeurs océanes ou forestières, à la recherche d'un absolu qui se dérobe toujours à leur soif hallucinée. On retrouve dans chacune d’elle, la quête d'absolu, l'initiation, l'apprentissage douloureux de la liberté, le prix à payer pour toute chose, les mirages du monde civilisé, l'amour de la nature, la richesse du métissage, le désir de retrouver ses racines, la soif d'amour, la beauté des corps, le passage de l'enfance à l'adolescence. Une fête des sens où l'homme se fusionne aux éléments. Un souffle immense soulève les mots, remplit la voile de l'âme, gonflée par cette force mouvante qui l'emporte au-delà d'elle-même. Oui, c'est bien du pays de l'âme dont il s'agit, où palpite une secrète tendresse parmi tant de douleur, d'abandon et de soif. Avec Le Clézio, on s'évade, et ce qui paraît baigné de quiétude prend des ampleurs incommensurables, aux courbes à la fois douces et inégales. On part à l'aventure, dans des lieux à la fois ordinaires et complexes. Tout y est tranquille, et pourtant on ne s’ennuie pas : on entre si bien dans ces vies qu'il nous décrit, qu’elles deviennent nôtres.

Le style et la poésie de Le Clézio sont riches d'une subtilité qu'on ne saurait qualifier. Il y a quelque chose d'unique et de calme celée dans ses récits, dans ses histoires de vécus qui se déroulent dans des terres lointaines, si différentes, si sauvages. Des phrases limpides, denses, superbes.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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