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L'Inconnu sur la terre


Éditions Gallimard, collection "L’Imaginaire".

 

 

Écrit en 1978 en même temps que Mondo et autres histoires, cet Inconnu sur la terre est une immense hymne à la vie et aux éléments. JMG Le Clézio y consigne tous les moments heureux d'une existence éveillée, celle d’un Petit prince scrutant le monde de son regard immaculé. Il voyage dans un pays où le langage n’existerait pas et nous ramène ses trophées magiques couchés entre les feuilles de cahiers d'écolier. C’est donc une longue histoire qui pourrait être celle d'un oiseau, d'un poisson et d'un arbre, car elle parle beaucoup du ciel, de la mer et de la terre où avancent les racines, celle d’un petit garçon inconnu, un peu perdu dans des nuages en forme de dune, qui aime la lumière extrême du jour et qui nous offre en toute simplicité une lecture merveilleuse, d’une audace puérile apaisante et d’une réussite littéraire informelle. «Le langage est dangereux quand il se suffit à lui-même. Aimer ce qu’on écrit, ou s’aimer soi-même, c’est un peu se détruire.» JMG Le Clézio tente de créer dans cet essai poétique, sous forme de petits textes qui s’emboîtent et sont ornés de dessins, un langage sans mots, un langage son et lumière qui ne ferait qu'éclairer, illuminer, révéler le silence de la beauté. À la fin de cette très longue journée qui se passe «depuis la première heure de l'aube jusqu'à la nuit», rien n'a changé. Rien et presque tout, notre regard surtout, par une heureuse contagion.

JMG Le Clézio aime la vie, le silence, la simplicité, la fuite onirique et la liberté. Cette ode à la contemplation du monde est écrite en fragments dont il rassemble les morceaux de beauté pour la reconstruire, la recomposer. Il parle des choses qu’il aime et glisse un regard amoureux sur la «vraie» vie, celle pleine de vertu, d’âme, de trésors. Son écriture fluide se fait la transcription de son regard sur une fleur, un fruit, une pierre, un arbre, le ciel, la mer, le visage d'enfants rieurs, le secret de la lumière qu’il faut vivre sans tenter de la comprendre. Il en restitue l'éclat du simple en posant un regard autre, franchissant les frontières en un souffle plein de paix et de musique. Ceux qui connaissent cette musique savent qu’ils ne seront jamais seuls : «La beauté est dans le regard qui ne comprend pas. Elle n’est pas dans les mots intelligents qui rassurent les niais.» Elle est dans les langages fugitifs, olfactifs, tactiles, gustatifs, dans les vibrations, les ondes, la chaleur, les chants des oiseaux, le temps lisse et non dans «cette fausse science du langage par le langage, qui invente ses propres monstres.» Toujours à l’affut de signes et à l’écoute des désirs, JMG Le Clézio emplit de beauté les espaces vides. Une beauté qui dit des choses fortes, relie l’âme à la matière, ouvre la mémoire et ressemble à l’origine même du langage. L’horizon est ouvert, un vent de paix souffle, on souhaite «devenir soi-même petit, si petit qu'on est à l'ombre d'une herbe et d'une fleur, et vivre au soleil, dans la poussière, sous le vent dans une seule journée longue comme une saison». Formes, odeurs, couleurs, sons, fondent une joie indicible sans laquelle il ne peut y avoir d’intelligence au monde. Le vertige se cache dans le secret du dénuement, la simplicité, le savoir des pauvres pareil au temps où il n’y avait pas encore de mots sur terre. Harmonie, magie, incantation, poésie, illumination très douce... Les livres de JMG Le Clézio sont des demeures fraternelles, des jardins éternels. Ses mots en liberté apportent la paix. Le lire et le relire est un luxe qui éblouit, étourdit : «C’est cela que je voudrais : peindre la lumière, la lumière pure, seule, sans objet. Je voudrais la saisir sur les vieux murs, ou bien dans les étincelles de la mer, ou encore sur la carlingue d’aluminium d’un avion très haut dans le ciel. Je voudrais la prendre, comme une pensée absolue qui vibrerait éternellement dans l’éther. La seule monnaie que je voudrais avoir : les étincelles blanches, sur la mer.»

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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