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L'Africain


Éditions Mercure de France, collection "Traits et Portraits" et Gallimard "Folio".

 

 

Voici la traversée éblouissante d'une enfance à la fois libre et tourmentée qu’offre Le Clézio en partageant son expérience radicale et formatrice de l'Afrique. La puissance et la beauté de ce livre résident dans la simultanéité de ces deux rencontres : l'Afrique et le père. « J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite, est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre. »

Comme deux pays rêvés, attendus, espérés. « L’arrivée en Afrique a été pour moi l’entrée dans l’antichambre du monde adulte. » C'est avec lucidité et tolérance qu’il revient sur la figure de son père qu’il a appris à craindre plutôt qu’à aimer. Sans jamais le juger, il évoque son autorité, sa discipline, son manque d'amour et de tendresse, mais aussi son exactitude et son respect, ce secret que l'Afrique lui a révélé : apprendre à être au monde, à le regarder, à le découvrir, simplement, avant qu'il ne disparaisse. « C’est à l’Afrique que je veux revenir sans cesse, à ma mémoire d’enfant. À la source de mes sentiments, et de mes déterminations. […] Quelque chose m’a été donné, quelque chose m’a été repris. Ce qui est définitivement absent de mon enfance : avoir eu un père, avoir grandi auprès de lui dans la douceur du foyer familial. […] Je ne veux pas parler d’exotisme : les enfants sont absolument étrangers à ce vice. Non parce qu’ils voient à travers les êtres et les choses, mais justement parce qu’ils ne voient qu’eux… »

Sur la fin de sa vie, son père était « un vieil homme dépaysé, exilé de sa vie et de sa passion, un survivant. » Discrètement il lui prête une voix : « il devait ressentir le passage du temps comme un souvenir qui se retire, abandonnant les laisses du souvenir. » Il ne s’agit pas de nostalgie mais de substance, de sensations, qui touchent, qui vibrent, qui résonnent comme une quête aboutie. Ce petit livre est d’une beauté pudique, intime, sensuelle, vraie : « Si je n’avais pas eu cette connaissance charnelle de l’Afrique, si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu ? » Le récit est agrémenté de photos et cartes en noir et blanc provenant des archives de l’auteur.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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