accueil

      

 

 

Ourania


Éditions Gallimard, collection "Blanche" et "Folio".

 

 

Daniel Sillitoe, géographe français en mission au centre du Mexique, découvre deux cités voisines : l'Emporio destinée aux savants, Campos dédiée aux enfants. Mais les deux sont menacées. La première déplaît au pouvoir politique, la seconde est confrontée à la spéculation foncière. Et Daniel assiste au naufrage des deux.

Un formidable roman, fascinant, écrit par un Géant de la littérature française contemporaine. « […] la réalité est un secret, et c'est en rêvant qu'on est près du monde. » Dès la première page, JMG Le Clézio invite le lecteur à partager son Éden, son pays inventé, son innocence et son utopie humaniste. Il est sur son terrain de prédilection et décline une fois encore la beauté de l'amour, le temps pur de l'enfance, la force poétique de la nature. Il prône la richesse de la diversité linguistique, la soif d'égalité et de liberté. Il continue à dénoncer sa haine de la Guerre, le pouvoir dévastateur de l'argent, la cupidité des hommes, l'exploitation des enfants et de la main-d'œuvre féminine, l'agonie de l'écosystème. Il crache son mépris pour l'arrogance, la vanité, l'égoïsme, le tourisme voyeur, lutte contre l'intolérance, la méchanceté, la bêtise, le monde mercantile et industriel. Avec un cœur en or de révolutionnaire solidaire, il combat toujours le pouvoir du savoir, la tragédie des exilés et des opprimés, l'exploitation sexuelle et économique dûe au capitalisme et à la mondialisation. JMG Le Clézio est le justicier des peuples arc-en-ciel…

Son Ourania, « pays du ciel », est un roman spatial et temporel, imprégné de mythes, d'histoire, d'ethnologie et de religion. C'est un livre ensorcelant en forme de conte, de chant sensuel. Un hymne au paradis perdu, au temps de l'innocence. Campos a réellement existé. C'est l'Afrique de son père : « […] pas d'école, nous vivions, nous les enfants, en bande et en totale liberté. C'est là que j'ai découvert un ciel étoilé sans bornes. Il n'y avait pas de religion à proprement parler, pas d'église, et nous parlions un mélange d'anglais, de pidgin et d'ibo. J'ai imaginé que si les circonstances m'avaient maintenu dans cet état, j'aurais eu très tôt accès à l'information sexuelle. Autrement dit, d'une certaine façon, pour moi Campos a réellement existé. » Et pourtant, l'auteur n'est pas rassurant, pataugeant dans la boue du monde en des termes éloquents, souillants, meurtrissants. Mais attention, « pas de morale, sauf le culte de la vérité. Et un goût d'amour qui irrigue tout. » Tout est là, l'alchimie opère en un mot : l'harmonie. Harmonie d'une écriture simple, sans chichi, dérangeante et poétique avec un doux mélange de violence, de tristesse, de rébellion et de rêve, de bonheur, de paix et de lumière. Quelques très belles métaphores, des odeurs, des couleurs, des paysages, des belles âmes et une construction originale. Le lecteur est royalement servi et vit, le temps d'une lecture, son rêve légendaire. JMG Le Clézio est un grand écrivain qui n'hésite pas à se mouiller, renouvelant son écriture, son style. Il a cette propension à nous faire croire en la magie littéraire, nous donnant le sentiment étrange de retrouver celui qu'on a toujours aimé lire, comme on retrouve toujours avec plaisir d'anciens amis, tout en découvrant un nouveau talent qui surprend par son audace. On écoute ses histoires, on rêve à ses éclairs poétiques qui dansent au-dessus des volcans. « Une force qui débordait de l'histoire comme la lave d'un cratère, avançait avec lenteur, avec majesté, une force pareille à la vie. » JMG Le Clézio est un mystère qui aimante, un rêveur immature et naïf ? Peut-être, mais son rêve un peu fou d'un monde meilleur où « les gens des villages de la montagne disent qu'ils existent, que leur langue et leur histoire ne sont pas éteintes, qu'ils ont une voix au chapitre dans le livre général de la patrie », me pousse à espérer qu'il ne cessera d'épandre son parfum de légende de son écriture toujours plus riche.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

© 2002-2020 - Pascale Arguedas
Les textes et graphiques sont la propriété exclusive du site, ou de leurs auteurs lorsque indiqué. Ils ne peuvent être reproduits sans autorisation préalable. Le site contient des liens externes vers d'autres sites. Le contenu et la présentation de ces sites demeurent la responsabilité de leur propriétaire.