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Histoire du pied et autres fantaisies


Éditions Gallimard

 

 

Étrange, atypique, séduisant ouvrage de JMG Le Clézio qui réunit dix textes — des nouvelles peut-être, certaines se rapprochant plus de la novella sud-américaine ; des réflexions aussi, penchant parfois vers l’essai bref — sous la forme d'un kaléidoscope où nous le retrouvons tout entier, lui et ses thèmes, ses rêves et compassion pour les bâillonnés exploités à qui il offre sa plume en défense. Ce patchwork « fantaisiste » est un hymne à l’imagination, à la liberté, à l’instinct, à l’art de la création. JMG Le Clézio est un conteur que j’affectionne pour son style fluide, sa prose poétique, son humanisme et ses prises de position. J’ai le sentiment qu’il s’est libéré d’un carcan, que son écriture s’en trouve délivrée et que ce livre d’histoires (au diable les étiquettes académiques — roman, nouvelles, essais — que j’aime décoller !) enrichit ses premiers ouvrages, ceux de Bogo et d’Adam Pollo, car de La Guerre il en est fortement question ici, qu’elle que soit la forme qu’elle épouse : réelle et meurtrière, égoïste et futile au sein de la société, esclavagiste et salissante pour les femmes humiliées et battantes, ces femmes-courage à qui il rend justice sur papier.

La première moitié du recueil est africaine, tragique et merveilleusement africaine. Elle chante l’amour, l’amitié, l’appel du grand large, la soif de liberté, elle pleure la souffrance et le prix à payer. La plus belle histoire est celle de L’Arbre Yana qui rappelle celle de L’Ivrogne dans la brousse du Nigérian Amos Tutuola. JMG Le Clézio me ravit lorsqu’il renoue avec les mythes, ces lueurs qui éclairent, d’une douce lumière, quelques ombres sur le chemin des ancêtres. La mémoire et le passé sont les socles des bâtisseurs, elles aident et fortifient, permettent de mieux appréhender, affronter un présent difficile. Pourquoi la littérature française contemporaine ne s’appuie-t-elle pas plus souvent sur la mythologie et la magie des contes, elle aurait tant à y gagner pour s’élever ! La seconde partie peut paraître décousue, pourtant un fil ténu la relie à l’ensemble : l’esprit d’aventure d’un écrivain qui ose nous offrir de beaux vagabondages littéraires en marge des grands courants, laissant courir son imagination. C’est en changeant de cap géographique, parfois historique, toujours à échelle humaine (à ras d'homme jusqu'à la prise de parole d’un enfant mort-né), plongeant sous terre (guettant d'un regard attentif les gens du métro) ou en se penchant pour donner voix au chapitre à des vies minuscules (Nos vies d’araignées) qu’il nous entraîne dans des aventures assez sombres, miroir du monde. Poétique, fantastique, merveilleux, tour à tour l’écrivain, en quête d'un Bonheur auquel plus personne ne croit tant le terme est galvaudé, explore divers registres littéraires. Nous croisons même son Inconnu sur la terre qui lance son chant d’admiration cosmologique.

Entre rêve et réalité, JMG Le Clézio navigue dans les eaux internationales d’un univers personnel, métaphorique, qui tend à l’universel. S’il aime être surpris autant que cet écrivain « chasseur », le lecteur va-nu-pieds, qui préfère l’authenticité aux masques, suivra. Enveloppé de sensualité, touché par la malice mais aussi balloté, désorienté parfois selon les courants, il devra se dépatouiller comme dans la vie, au cœur de la rudesse et de l’âpreté, des écarts de destins individuels et collectifs, se réchauffant aux images fraternelles de petits rien qui forment un grand tout (ritournelle de l’appel à la mer, illusions d’enfance…) et garder l’espérance. Car elle est toujours présente chez cet écrivain du monde, d'une paix espérée.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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