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Révolutions


Éditions Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".

 

 

Entre histoire politique et histoire familiale, entre exil et poésie, entre descendance et génération se correspondent des destins, des noms, des lieux. Quête des origines, voici un récit polyphonique, de héros de fiction, de personnages, de souvenirs, d'anecdotes, d'échos en ricochets. Né à Ipoh, en Malaisie, citoyen de la couronne britannique, Jean Marro passe la plus grande partie de son enfance à l'île Maurice, sur laquelle son ancêtre Jean Eudes a débarqué au dix-huitième siècle. Tous les après-midi, en sortant de l'école, il se rend à la Kataviva, un immeuble à la façade décrépite, où réside une vieille tante aveugle. Jean ne cherche ni des souvenirs ni des idées. Tout juste à connaître le secret dont Catherine Marro est la dernière gardienne : Rozilis, la demeure perdue, l'Eden dont les siens ont été expulsés. Catherine, qui l'a choisi pour lui transmettre sa mémoire, exhume pour lui des trésors inépuisables. Au fil de ces rendez-vous où la musique des mots se mélange au pain perdu et à l'odeur du thé vanillé, Jean découvre les mystères du passé. Il porte à jamais en lui l'histoire familiale qui l'a fasciné. Qu'il vive à Londres, au Mexique et à Paris, ou qu'il évolue en âge en passant de l'adolescent, qui s'éveille à l'amour, au jeune soldat hanté par la fin de son sursis d'incorporation à la guerre d'Algérie.

Révolutions, d'une densité insondable, a un rythme lent empreint de tendresse, de nostalgie, de scepticisme. Tout y est, le contenu et le contenant : le rythme, la syntaxe, la poésie, l’émotion, l’histoire, la sagesse, l’horreur, la philosophie et en prime une harmonieuse et foisonnante conjugaison de modes d’écriture. Elégant virtuose, l’auteur parfume sa prose romanesque de carnets intimes, de lettres, de témoignages, d’extraits, de citations qui s’entrecroisent sans jamais se heurter à une fausse note. Il est certainement difficile de ne pas se sentir attiré par les couleurs de cette toile sur le passé et la mémoire. « La ville était dans le fond assez semblable au pavillon des grands vieillards de l’hôpital. Une falaise, au bord de laquelle les hommes et les femmes s’accrochaient, suspendus au-dessus de l’océan d’oubli, et la poussée des vivants les précipitaient cruellement, chaque jour, chaque nuit, à chaque instant. […] cette formule finale, au bas des lettres, qui avait le pouvoir d’une formule magique : Paix et respect ». Le Clézio, avec ce roman émouvant, s'expose comme il ne l'avait jamais fait. Brillant architecte de l’histoire intime et universelle, cet ouvrage est à mes yeux, un roman d’anthologie !

« Ce n’est pas le paradis qui est perdu, c’est le temps avec ses révolutions. Nice, dans les années cinquante et soixante, était l’endroit rêvé où rendre un culte intérieur et un peu désespéré à l’île Maurice de mes ancêtres. La réalité semblait ne cesser de s’y transformer, des populations très pauvres, venues de tous les coins de l’Europe et de l’Asie, des Russes, des Italiens, des Grecs, des émigrés africains, et les premiers rapatriés fuyant la guerre d’Algérie, s’y croisaient chaque jour, et quelque chose de la fabrication de la pensée classique, c’est-à-dire de la philosophie, y était encore perceptible. Peut-être, à un degré différent et sur un autre mode, ce qu’était Alger ou Beyrouth à la même époque. L’exil, la recherche d’une terre, font partie de ce qui m’a été donné premièrement. Il m’a toujours semblé, comme l’a dit Flannery O’Connor, qu’un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie, où le principal lui a été donné. » J. M. G. Le Clézio.

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Pascale Arguedas

Lire le dossier sur JMG Le Clézio.

 

 

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